Troyes et l'Aube précurseurs



Le Blanc de Troyes



          " Elle a les allures d’une tradition quasi légendaire, cette petite industrie toute spéciale, qui, s’exerce depuis des siècles chez nous, à nos portes, sans bruit, sans réclame tapageuse… et qui cependant porte honorablement le nom de notre ville parmi le vaste monde : Blanc de Troyes "  (M. Lalore 1888).

       

         Vous connaissez ce produit, de son nom scientifique : le carbonate de chaux, l’impalpable poudre blanche extraite de la craie dont est formé le sous-sol de la terre de Champagne, et qui, purifiée, sert à divers usages artistiques, industriels et ménagers.

Aujourd’hui, beaucoup de personnes (même à Troyes !!!) désignent ce produit de notre terroir sous l’appellation usurpée de " Blanc d’Espagne ".

 

La fabrication du Blanc de Troyes se perd dans la nuit des temps.       

Au XVI° siècle, notre Blanc est en pleine renommée. On crie dans le royaume, comme à Paris : " Croye (craie) de Champagne, croye ! ". La craie de Champagne, c’est le Blanc de Troyes, il n’a pas de concurrent !!

 

Ce nom est une demi-usurpation, car notre ville n’était que le second stade de son existence. La matière première en était, en effet, fournie par des carrières situées sur le territoire de Vireloup, au hameau de Vaudepart, à 19 kilomètres de Troyes. C’est une caractéristique du blanc minéral d’être désigné non sous le nom de la petite localité d’où il est extrait de terre, et parfois même travaillé, mais sous celui de la ville voisine plus représentatif.

Ce sont les vinaigriers de Troyes qui travaillent d’avril à fin octobre à faire sécher les moellons de craie dans les greniers des maisons. En effet, la moindre gelée dissoudrait les pains.

La craie brute de Vireloup " est voiturée à Troyes, y est broyée et manipulée par 7 ou 8 fabricants vinaigriers. Elle y est mise en pains de 2 à 4 livres… Il s’en fait des envois dans toute la France et à l’étranger… "

A quoi sert le Blanc de Troyes ?

A l’apprêt des tissus tricotés, pour blanchir des portes des cloisons, des murs, des plafonds, pour dégraisser les serges, certains gros draps et même des couvertures en laine, comme font " la plupart des Couverturiers de Pathey en Beauce, au lieu de les blanchir au soufre ".

On en met une première couche sur les moulures qu’on se propose de dorer, les peintres en bâtiments, les plâtriers, les doreurs…

Il entre dans la composition de certains papiers et cartons, il est avec l’huile de lin, la base du mastic employé par les vitriers, on l’utilise au nettoyage des vitres, des métaux précieux, en petits morceaux de formes appropriées, il est bâton de craie dont on use à l’école et ailleurs, la plaque blanche ou teintée des tailleurs à l’essayage, le petit cube servant à frotter l’extrémité des queues de billard…

Dans le Dictionnaire de Commerce de 1723, il est décrit que " les Modernes en font quelque usage en médecine ".

La soierie lyonnaise utilise le Blanc de Troyes : " lorsque le tissage arrive près de l’extrémité des fils, il faut les relier à ceux-ci d’autres fils qui permettront de poursuivre l’opération. Ce travail de patience est fait par une femme, la tordeuse, qui relie un à un, entre ses doigts enduits d’un mélange d’huile minérale et de blanc de Troyes, quelques 8 ou 10.000 fils en l’espace de quelques heures… "

Certains avancent que cette justice rendue à notre Blanc serait due au distingué Troyen Edouard Herriot, maire de Lyon pendant 36 ans.

En 1747, un mémoire inséré dans l’Histoire de l’Académie royale des Sciences traite de ce sujet : " La craie est le seul moellon et presque la seule pierre qu’on emploie à Troyes dans les bâtiments… On tire de Vireloup et de tous les villages circonvoisins la craie que l’on préfère à toutes les autres pour le Blanc de Troyes… le procédé de fabrication renferme une adresse par laquelle on accélère la préparation n’aurait pas été indigne d’un physicien ou d’un Artiste habile, ne doit apparemment son origine qu’au hasard, car les Ouvriers en blanc ne sont pas des plus fins, et il n’y a pas lieu de croire que ceux qui les ont précédés l’aient été davantage… "

Il y a aussi de la craie dans tous les villages autour de Vireloup, mais là, on s’en sert à bâtir, car elle est moins blanche.

En 1800, le Manuel du fabricant de papier dit que " Le blanc de Troyes s’emploie (entre autres usages) pour rendre les cartons plus fermes et plus unis ".

En effet, la charge en kaolin sert à rendre les papiers plus lourds pour la vente au poids, ou plus lisses pour l’écriture et l’impression.

Pour être vendu à Paris, le Blanc de Troyes arrivait par la Seine.

Lors de l’Exposition des artisans et manufactures qui eut lieu au Louvre en 1802, " … M. Lenoble, pharmacien à Troyes, a présenté du Blanc de Troyes qui a été reconnu très fin et d’une bonne qualité. On doit lui savoir gré des essais qu’il a faits pour pouvoir donner à bon compte un article d’une consommation aussi étendue… "

Le Dictionnaire de Géographie de 1880 signale des carrières de craie dans le département de l’Aube, connues sous le nom de Blanc de Troyes.

La Grande Encyclopédie, en 1889, parlant de la craie au mot Blanc, dit : "On la connait sous son nom d'origine : blanc de Troyes".

L’extraction de la craie de même que la fabrication du blanc passaient inaperçus des administrateurs de la région. Il n’en est question dans aucune des statistiques publiées à cette époque. De même, ni les cahiers de Vireloup pour les Etats généraux comme ceux des maîtres-vinaigriers de Troyes n’y font allusion : pour les uns comme pour les autres, c’était un "extra " professionnel sans importance.

 

Il y a en 1925, une visite des élèves de l'école d'Agriculture d'Hiver, à la ferme du château de Bucey et à l'usine de Blanc de Fontvannes. La carte postale ci-dessous représente cette usine. Depuis 1880, un nommé Masson y avait établi 9 fours, dont 4 destinés à cuire la brique ordinaire et 4 autres pour la brique calcaire. Une production de Blanc de Champagne a donc existé depuis l'origine de l'entreprise, dont l'activité a cessé lors de la seconde guerre mondiale.


La concurrence faite au Blanc de Troyes n’en a pas affaibli sa renommée séculaire, et les dictionnaires, celui de l’Académie entre autres et les ouvrages spécialisés la perpétuent et son emploi en subsiste encore loin de Troyes !

Le terme Blanc de Troyes désigne toujours le plus pur, le plus fin, le plus blanc produit de la craie.

 

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