Histoires d'eaux



Les Roues


De tous temps, les maires et échevins apportent le plus grand soin à prévenir toute espèce de dépôts pouvant faire obstacle au libre écoulement de l’eau à travers la ville.

 

Qu’y a-t-il dans les rus qui empêche l’eau de descendre aux moulins ?

 

On trouve une multitude de pieux destinés à supporter les lavoirs, il y a plusieurs empiètements faits sur le lit des canaux et 6 roues à aubes dites volantes, dont 5 sont placées dans des coursiers qui rétrécissent le lit du canal, une rue en occupe même toute la largeur.

 

Plus tard il y aura 9 roues.

 

Chaque roue fait tourner sa paire de meules.

 

Les roues placées dans les coursiers ont latéralement des vannes qui permettent de faciliter, au besoin, l’écoulement de l’eau.

 

Lors des grands curages de 1381, les moulins de la Dérivation présentent un total de 25 roues, dont 4 ensembles pour les moulins de Pétal, de la Paresse et de La Tour.

 

Après 1382, les dépenses se soldent au moyen d’une contribution de 20 livres tournois, qui frappe annuellement, chaque roue de la Dérivation.

 

Une ordonnance de l’échevinage du 16 juillet 1625 renouvelle les anciennes interdictions de ne rien mettre en travers des rus. D’autres ordonnances des 17 novembre 1625, 31 décembre 1767, 5 septembre 1768, 24 juin 1815 et un arrêté de M. le Préfet de l’Aube du 14 mai 1819, remettent en vigueur ces mesures de police, en l’étendant aux pieux, planches, escaliers, bancs, lavoirs dormants, et autres constructions nuisibles au « libre et entier cours des eaux ». La perte de force que ces obstacles font éprouver aux moulins n’en est pas le seul inconvénient. La stagnation de l’eau qui transforme les canaux en mares croupissantes et fétides, pendant l’été et l’exhaussement du niveau qui fait infiltrer l’eau jusque dans les caves voisines, pendant l’hiver, au point qu’il est impossible alors de faire usage de ces caves, motivent de nombreuses pétitions des propriétaires et habitants riverains, et des propriétaires des moulins, dans lesquelles ils réclament le rétablissement de l’ancien régime des eaux.

 

Le 14 septembre 1819, le maire fait afficher un avis important, pour une enquête de commodo et incommodo, concernant l’intention du sieur Laurent Baudoin, manufacturier, demandant à établir une Roue volante sur le Canal du Grand Ru, pour le service de sa filature.

 

Dans une lettre écrite à M. le Préfet, le 9 juillet 1832, le maire de Troyes indique qu’en plus des divers préjudices subis, il y a les épidémies comme l’apparition du choléra-morbus dans la ville, qui exerce beaucoup de ravages parmi les habitants voisins des dits canaux, de même que dans les autres quartiers de la ville. Si les propriétaires des roues tiennent leur droit du bon vouloir de l’administration, celle-ci peut le leur enlever du moment que l’exercice lui en paraît nuisible.

 

Les créanciers des sieurs Soucin-Lavocat, tanneurs à Troyes, rappellent au maire, que de leur établissement dépend un moulin à tan, qui est mu par une grande roue, placée sur le canal du Grand-Ru bordant de chaque côté les dépendances dudit établissement, que cette roue a été établie en vertu d’un arrêté du maire en date du 15 novembre 1814, et que les propriétaires ont toujours joui des avantages (sans aucune contestation ni difficultés) de cette roue et de l’usine qu’elle fait fonctionner, depuis son établissement qui est le plus ancien de ceux de semblables roues sur les canaux traversins de la Ville. En conséquence, ils demandent de bien vouloir conserver l’usage de cette roue faisant mouvoir un moulin à tan et les avantages qu’elle procure à l’établissement de tannerie de leurs débiteurs.

 

Le maire fait afficher un « Avis pour enquête », le 31 août 1833.

 

         Liste des roues :

 

1-) roue Ferrand : la première roue fut construite par M. Ferrand, et destinée à faire mouvoir sa mécanique à filature de coton, la filature étant plus régulière au moyen de ce mécanisme dont les mouvements sont plus uniformes que ceux des bras. Mais, après avoir accordé une première autorisation en 1803, il est difficile pour l’ingénieur en chef du département de l’Aube d’en refuser une seconde, puis une troisième. Bientôt on se passe d’autorisation, et c’est ainsi que neuf roues s’échelonnent sur un cours d’eau qui ne peut fournir de la force qu’à une seule. Dès ce moment, il semble que le lit des canaux est au premier occupant, et il n’y a pas de motif pour que chaque propriétaire, bordant un canal, ne vienne y établir une roue à aubes,

 

         2-) roue Baudouin : M. Baudouin fait construire une roue en 1813, au-dessous de celle de M. Ferrand,

 

         3-) roue Soucin et Lavocat : l’autorisation est demandée aussi en 1813,

 

         4-) roue Noël-Blavoyer : il n’y eut que 8 consentements et 24 oppositions,

 

         5-) roue Geoffroy-Saintraint : il possède déjà une roue et en 1819, il en demande la reconstruction qui lui est refusée par 24 opposants,

 

         6-) roue Vivien-Michon : en 1826, il ne rencontre que 2 oppositions,

 

         7-) roue Tirouflet-Duhamel : en 1830, le maire, Nicolas Vernier, lui refuse l’autorisation de la construire. Mais, elle est déjà en place et elle tourne alors sans autorisation.

 

         Il est démontré que la force motrice utilisée par les roues hydrauliques établies sur les rus est très faible pendant la plus grande partie de l’année.

 

Les douze moulins (voir ce chapitre) ont à l’origine 32 roues qui peuvent employer une force théorique de 608 chevaux, et développer une force réelle de 152 chevaux.

 


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