Les Crimes


Disparition de Jean-Patrice Kaminski


A la une des journaux de Troyes, le 7 février 1966, occupant presque la page entière, une photo de petit garçon et le titre : " Jean-Patrice (7 ans) a-t-il été enlevé ? Disparu depuis vendredi soir, l’enfant aurait été vu en compagnie d’un jeune homme blond en blouson noir. Mais il aurait pu tomber dans la Seine ".

Le vendredi 4 février , à 18 h 30, Angèle Kaminski arrive comme un ouragan, dans la cour de l’école Auguste Millard. Jean-Patrice n’est pas rentré à la maison. Son fils de 7 ans revient habituellement en courant, pressé de revoir son train électrique. Dans les locaux scolaires, elle ne rencontre que des femmes de ménage. Elle file au commissariat central. Les inspecteurs sont ennuyés : une autre maman l’a précédée pour signaler, elle aussi, la disparition de son fils. Le premier est vite rattrapé, mais pas Jean-Patrice Kaminski ! Les talkies-walkies des cars de Police Secours répètent avec insistance : " 1.25 m environ, cheveux châtain clair coupés courts, yeux verts, anorak marron clair, blouse de nylon bleu rayé, pantalon bleu-marine, à rayures bleu ciel, chaussures montantes de toile beige ". La chasse à l’homme suscite à Troyes une immense vague d’émotion. La peine atroce d’une famille qui cherche l’un des siens, tout le monde la prend en pitié ! Mais s’il s’ajoute au mystère l’hypothèse d’un enlèvement, la pitié se mue en effervescence. Les Kaminski habitent dans le quartier bas. Tout près coule la Seine. Jusqu’à 21 heures, M. et Mme Kaminski cherchent leur enfant dans les rues de Troyes. Policiers et sapeurs-pompiers explorent les berges de la Seine. Sans plus de résultat !

Enquête auprès des maîtres et des élèves de l’école : les 3 premiers témoignages laissent croire à un enlèvement : 2 garçons de 11 ans, rapportent que lors de la sortie des classes, ils avaient vu Jean-Patrice se faire aborder en face de l’école, sur le trottoir du cours Jacquin, par un jeune homme : " C’était un monsieur aux cheveux jaunes. Très grand, il portait un blue jean et un blouson noir. Il a dit : Viens avec moi, et a emmené Jean-Patrice dans la direction du boulevard Danton ". Un des enfants ajoute : " Cet homme, je l’ai déjà vu dans le car de papa ". Le père de Marc conduit, en effet, un autocar de la ville, mais jamais 2 jours de suite sur la même ligne, ce qui rend toute recherche aléatoire. Il ne s’agit que de témoignages d’enfants. Le directeur de l’école montre le livret scolaire du petit Kaminski : " absent le vendredi 4 février entre 14 h et 18 h ". 

Cet homme blond, ils sont 3 à en parler sans s’être concertés…

L’accident ? Pour se rendre en classe, l’enfant doit emprunter le pont Saint-Jacques, qui enjambe la Seine, et longer le fleuve sur quelques centaines de mètres. Les enfants rapportent : " Jean-Patrice monte souvent sur le parapet du pont. Parfois aussi, il descend sur la berge et s’amuse à jeter des branches dans l’eau ".

L’enlèvement ? L’homme blond, policiers et gendarmes le cherchent en vain. Journaux et bulletins radiophoniques alertent les Troyens, et c’est une vague de témoins. 2 adolescents ont vu un homme promener un enfant sur le boulevard Danton. Mme Yvette Calvière dit : " A 18 h 30 je me trouvais avec mon chien dans mon jardin. Près de moi sont passés un homme très grand et un garçonnet ". M. Marcel Barbou : " A 19 heures, dans le parc de stationnement près de la gare, j’ai vu un homme blond faire monter un enfant à bord d‘une petite voiture. Si tu ne montes pas, a dit l’inconnu, je te donnes une taloche . Le gamin a répondu : Non, je ne veux pas monter avec vous !  Mme Germaine Bolle, a vu, peu après 12 h, un individu se promener en mangeant un sandwich près du lavoir de la Cité des Amis. Quant à Mme Turin, charcutière avenue du 1er Mai, elle a, à 17 h 15, vendu un friand à un jeune homme.

Ce qui empêche, en outre, les policiers de se rallier à l’hypothèse d’un enlèvement, c’est le trou de 4 heures et 45 minutes pendant lequel personne n’a rencontré Jean-Patrice. De 13 h 15, moment où Mme Kaminski l’a quitté, à 18 h, moment où ses camarades disent l’avoir vu devant l’école, qu’a donc fait l’enfant ?

Ou le petit Kaminski a été enlevé à 18 h, ou il s’est noyé dès 13 h 15, et c’est un autre gosse qui a été remarqué en compagnie d’un homme.

M. Richardot, préfet de l’Aube, organise les recherches. Le lit de la Seine est exploré par 3 hommes-grenouilles. Des sapeurs-pompiers ont mis un canot à l’eau et promènent leurs grappins le long des berges. Les jours suivants, tous pensent à un enlèvement.

Le courrier du mardi, apporte aux Kaminski, une lettre postée la veille, place d’Italie à Paris : " Monsieur, c’est moi qui ai enlevé votre enfant. J’exige une rançon d’un million d’anciens francs. Si vous êtes d’accord, je vous prie de vous rendre mercredi, à midi, au café-tabac La Coccinelle, 60 boulevard Ornano à Paris, où je vous communiquerai mes instructions. En aucun cas vous ne devez prévenir la police. Si vous le faites, vous ne reverrez pas votre Jean-patrice vivant. La rançon sera en coupures de 5.000 francs ". Des inspecteurs se rendent au café. Une souricière est organisée, mais le texte de la lettre a été rendu public, et l’homme se garde de venir ! Le jeudi suivant, M. Kaminski reçoit une nouvelle missive l’invitant à se présenter le lendemain à 10 h, au café La Bastille. Le père de Jean-Patrice doit apporter la rançon enveloppée dans un journal et attendre les instructions téléphoniques. Cette fois, le secret est bien gardé. Nanti d’un million, prêté par des parents et amis, M. Kaminski vient à La Bastille, y patiente 3 heures, et reçoit enfin, par téléphone, les consignes : " Prenez le premier métro en direction du pont de Neuilly, montez en 1ère, vous aurez un mouchoir blanc à la main. Vous déposerez votre paquet dans un porte-bagages, et vous descendrez à l’Hôtel-de-Ville. A 17 h, vous retournerez au café La Bastille. On vous expliquera comment récupérer Jean-Patrice ". M. Kaminski prend le métro. Des policiers sont mêlés aux voyageurs. " Hôtel de Ville " : le père de Jean-Patrice descend. La liasse de billets reste dans le porte-bagages. " Pont de Neuilly " : personne ne récupérant la rançon, un policier joue le voyageur scrupuleux, et va confier le paquet au chef de station. A peine a-t-il tourné les talons, qu’un homme, grand, mal rasé, vêtu d’un pardessus mastic, se présente : " J’ai oublié un paquet dans la rame qui vient d’arriver ". La rançon récupérée, il reprend le métro en sens inverse, suivi des inspecteurs qui l’ont surveillé. Pourquoi ne pas l’arrêter immédiatement ? Parce qu’il est peut-être le ravisseur de Jean-Patrice. L’inconnu descend à la station Châtelet, entre dans un grand magasin, où il s’achète un imperméable et une valise. Il est plus de 17 h 30. L’homme n’ayant pas appelé M. Kaminski, la preuve est faite qu’il n’est pas le ravisseur de Jean-Patrice. Les policiers l’arrêtent. Jean-Antoine Perrot dit : " Je ne voulais que gagner un peu d’argent, je n’ai demandé qu’un million aux Kaminski, qui ne sont pas riches. Je vous jure que je n’ai pas enlevé leur enfant ". Il est transféré à Troyes. Sa tentative de chantage lui vaudra 5 ans de prison.

Mais, Jean-Patrice reste introuvable. Depuis sa disparition, plus de 300 personnes ont été entendues. Il reste cette Seine près de laquelle Patrice aimait folâtrer, sans souci du danger. Les jours… les semaines… les mois… passent.

Coup de théâtre, le 14 juillet. Le corps d’un enfant est découvert dans la Seine à Fouchy, par un pêcheur. Les parents de Jean-Patrice identifient les débris de vêtements. Mais, le mystère des circonstances de la noyade reste entier. L’autopsie ne révèle aucune trace suspecte.

On doit donc conclure… à une chute accidentelle dans la Seine !

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