les Crimes


Claude Buffet-Roger Bontems


Claude Buffet
Claude Buffet

Prison de Clairvaux
Prison de Clairvaux

Le mercredi 29 novembre 1972, Claude Buffet et Roger Bontems sont guillotinés dans la cour d’honneur de la maison d’arrêt de la prison de La Santé.

Ils ont tous deux été condamnés à mort par la cour d'assises de Troyes.

 

Claude Buffet est un adolescent rebelle et asocial qui s'engage dans la Légion étrangère à 20 ans. Envoyé en Indochine, il déserte après Dien Bien Phu et rejoint les rangs du Viêt-minh. Spécialiste des vols à l'arrachée et des agressions à main armée, il se marie et devient père en 1959.

Le 18 janvier 1967, Claude Buffet vole un taxi. Le lendemain, en quête d'un mauvais coup, il joue les chauffeurs. Soudain, il avise une belle jeune femme, élégamment vêtue, qui l'interpelle. Buffet la charge, comme un vrai chauffeur de taxi, mais au lieu de suivre la direction qu'elle désire, il l'entraîne dans une voie isolée près du Bois de Boulogne. Se retournant vers elle, il la menace d'un pistolet et réclame son sac. La jeune femme refuse, résiste, hurle. Buffet tire. Elle s'écroule. Buffet, est arrêté le 8 février. 

Le 15 octobre 1970, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et est envoyé à la centrale de Clairvaux. Il partage sa cellule avec un autre malfaiteur, du nom de Roger Bontems qui purge alors une peine de vingt ans de réclusion.

Le matin du 21 septembre 1971, à l'heure du petit déjeuner, Buffet et Bontems se plaignent de douleurs abdominales. Ils sont envoyés à l'infirmerie accompagnés par quatre gardiens. A peine y sont-ils entrés que Buffet repousse un surveillant, qui en entraîne deux autres dans sa chute. Avec Bontems, il s'enferme dans l'infirmerie avec trois otages : le gardien Guy Girardot, l'infirmière Nicole Comte et un détenu-infirmier, finalement relâché.

Le procureur de la République de Troyes se rend à Clairvaux en apprenant la prise d’otages. Il y reste jusqu’à l’assaut. C’est à lui que Buffet offre d’échanger les otages, s’il se livre en leur lieu et place.

Lorsque les gendarmes et gardiens forcent la porte du laboratoire où se trouvent les otages et les détenus, ils braquent sur Buffet et Bontems, une puissante lance d’incendie, dont le jet les renverse, mais les otages baignent dans leur sang.

Buffet et Bontems sont conduits à l’hôpital, après leur lynchage par les gardiens auxquels les gendarmes les ont arrachés.

A Clairvaux, un petit couteau Opinel, est en vente libre à la cantine. C’est cela l’arme de Bontems. Buffet, lui, a un poignard, long de 20 centimètres, large de 8, fabriqué par un détenu de Clairvaux, pour 20 paquets de cigarettes. Ils ont aussi une matraque, également faite sur place. Une véritable armurerie, Clairvaux. Tous les détenus ont leurs couteaux. Tous les gardiens le savent. Le directeur aussi. Tous ont peur les uns des autres.

 

Les prévenus sont jugés devant les assises de l'Aube du 26 au 29 juin 1978. 

L’Administration choisit de détenir Buffet et Bontems, pour la durée du procès, à la maison d’arrêt de Troyes, au quartier des femmes. Pour mieux assurer leur surveillance, elle a fait évacuer ce quartier. Elle a aussi fait venir en renfort, des gendarmes.

A Troyes se joue alors un grand procès, il y règne une atmosphère de festival.

Envahie de journalistes, la ville se sent au cœur de l’actualité. Les radios, les télévisions, les journaux sont pleins de l’Affaire.

Philippe Lemaire défend Buffet et Robert Badinter Bontems.

Lorsque Buffet et Bontems arrivent au Palais, une longue clameur s’élève dans la rue : " A mort ! ". Une sonorisation permet à ceux qui ne peuvent pénétrer dans la salle, de suivre de l’extérieur les débats. Des postes de transmission ont été aménagés pour les journalistes qui sont très nombreux.

Buffet reconnaît avoir égorgé seul le gardien, puis donné un coup de poignard à la gorge de l’infirmière.

Badinter fait tout ce qu’il peut pour sauver la tête de Bontemps.

Après l’audition des témoins, et l’audience du troisième jour, la cour se retire. La sonnerie retentit, la cour entre. Le président annonce le verdict : la peine de mort.

Dans le public c'est la liesse, du fond de la salle, autour du Palais, les applaudissements montent et les bravos… La foule hurle de joie et de haine mêlées.

 

Badinter dit à Bontems : " Vous serez gracié par le Président de la République ", et il donne des instructions pour faire son pourvoi en cassation. 

Buffet, lui, veut mourir, ou plutôt qu’on le tue. Il ne demande donc pas de recours en grâce. Et pour s’assurer contre le risque d’une clémence pour lui insupportable, il prend le soin d’écrire au Président de la République qu’il s’emploierait, s’il était gracié, à commettre de nouveaux meurtres.

Le pourvoi de Bontems rejeté, sa vie ne dépend plus que du Président de la République. Robert Badinter et Philippe Lemaire rencontrent Georges Pompidou. Quelques jours après ils reçoivent une communication téléphonique du Parquet général : " Maître, l’exécution est fixée cette nuit, à 4 h ½, comme d’habitude ".

La guillotine est dans la cour. Un dais noir immense tendu la cache aux regards des fenêtres. Dans le bureau du directeur, se retrouvent le procureur de la République de Troyes qui a requis la mort, l’un des conseillers qui a jugé, un médecin et l’aumônier de la Santé. Le directeur dit : " Il y a un problème. Qui doit-on exécuter en premier ? Buffet ou Bontems? " Buffet attend la mort, Bontems la grâce. Buffet ne peut fléchir. Quelle sera la réaction de Bontems ? Il faut donc pour lui que l'attente soit la plus brève possible, que les choses aillent vite, très vite. Bontems passera le premier. Ils arrivent dans sa cellule : " Alors c’est oui ou c’est non ? ". Il comprend et écrit à ses parents. L'aumônier lui donne la communion, Bontems étreint le prêtre, puis ses deux avocats.

Le bourreau (qui a participé à 362 exécutions) s'approche. Les aides lient les chevilles du condamné, lui attachent les bras dans le dos, et d'un coup de ciseaux, taillent une large échancrure dans le col de la chemise. Bontems est remis debout et rapidement entraîné dans la cour, derrière le rideau noir. Dans le silence le cortège ne voit rien, mais entend distinctement un coup mat et le clac-clac de la planche qui bascule le corps décapité dans un réceptacle.

Sept minutes plus tard c’est le tour de Buffet. Lui aussi communie, puis livre son corps aux aides du bourreau. Un bruit mat, clac-clac. Il est 5 h 20.

 

Cette exécution est la dernière qui eut lieu à Paris. Après Buffet et Bontems, seuls quatre condamnés furent guillotinés en France.

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