C'est notre histoire



Expédition de Saint-Domingue


 

En 1492, Christophe Colomb découvre l’île d’Haïti, d’abord colonisée par les Espagnols. En 1697, la partie occidentale est cédée à la France. L’île connaît dès le début de la colonisation, l’importation de très nombreux esclaves noirs, amenés d’Afrique. Lorsque la Révolution éclate en France, des guerres sociales agitent la population noire de l’île.

 

Cette île doit son nom momentané de « Saint-Domingue », aux dominicains espagnols qui contribuèrent à l’évangéliser.

 

Le 21 juin 1791, le bataillon de l’Aube de la Garde Nationale, soit 600 des 6.000 hommes volontaires, désireux de combattre, sollicite et obtient d’aller à Saint-Domingue réprimer la révolte, dont les événements ensanglantent l’île pendant 24 ans. Il s’y distingue à ce point, qu’en 1792, le gouverneur de l’île écrit : « Je répondrais des mesures qui me sont prescrites, si j’avais encore 3 bataillons d’une conduite aussi sûre que celui de l’Aube ».

 

Les volontaires aubois se sont battus dans cette ancienne possession française, pour tenter d’y maintenir la présence de leur patrie, pour mater les esclaves du nord soulevés et faire appliquer le décret du 4 avril 1792 en faveur des gens de couleur libres déclarés citoyens.

 

Le 1er bataillon de l’Aube, formé à Troyes, a été recruté essentiellement dans les districts de Troyes, Bar-sur-Seine, Bar-sur-Aube et Arcis-sur-Aube. La profession ou le métier des parents des engagés sont divers : procureur, médecin, aubergiste, épicier, grainetier, charcutier, laboureur… Ils sont surtout issus de la petite bourgeoisie locale, avec une proportion assez élevée de boutiquiers et de paysans aisés. Mais la majeure partie du bataillon est composée de ruraux de condition modeste, même de domestiques. Il y a également de nombreux volontaires qui ont des parents dans le bataillon : frères, cousins…

 

Le bataillon s’embarque sur 2 bâtiments marchands, la Sainte-Anne et le Jeune Anacharsis. Ils appareillent de La Rochelle le 22 juillet, arrivent au Cap le 17 septembre, et débarquent le 3 octobre aux Cailles, 3° port de la colonie Saint-Domingue (après le Cap Français et Port-au-Prince), ville tranquille où les tensions nées de l’esclavage ne sont pas aussi grandes que dans la capitale et dans le nord de l’île. Ils logent « chez les bourgeois qui les accueillent chaleureusement, chacun est fêté, c’est à celui qui les recevrait ». Les gardes nationales des Cayes les accueillent par une adresse émouvante : « A nos frères les gardes nationales de l’Aube. Il vous a été facile d’apercevoir combien les cœurs sont épanouis à votre aspect… votre arrivée semble détourner le poids du malheur qui allait nous écraser, et soulever le voile de l’avenir pour nous laisse entrevoir une perspective plus riante et la fin de nos maux…».

 

Quelques jours après, 300 de nos hommes repoussent les brigands (ils sont souvent 2 à 3.000 !), ces nègres révoltés qui descendent dans la plaine, voler, incendier et assassiner. Ils en tuent et blessent une centaine : « Nous les trouvions étendus comme des chiens dans les cannes à sucre. Nous leur coupions la tête, les oreilles, pour les rapporter à notre camp, c’était une vraie jouissance pour nous ». Le lieutenant Colonel commandant le détachement de l’Aube se réjouit des résultats de ses opérations : « tous les jours, 20 ou 30 nègres se détachent de nos ennemis et viennent implorer le pardon de leur maître et la grâce de rentrer dans leur atelier. 10 jours après la prise des Platons, il est rentré en plaine 3.000 nègres, il y a 28 sucreries qui roulent. Enfin une partie du sud est délivrée de ses maux. On peut dire que cette belle terre était perdue sans les gardes nationales de l’Aube. Un chef noir, ami des blancs, servait avec un tel dévouement leur cause, qu’on lui avait donné carte blanche. Un soir, il s’empare de 2 incendiaires, leur arrache lui-même les dents et les yeux, puis il les fait goudronner de la tête aux pieds, les empale avec des pieux et les fait brûler avec de la paille de canne à sucre. Ces misérables crièrent si fort au secours que tout le camp en fut alarmé…».

 

La situation sanitaire ne tarde pas à devenir catastrophique : 35 % de nos volontaires sont soignés à l’hôpital et 28 % décèdent. Ce bilan ne tient pas compte des très nombreux malades soignés sur les habitations du bas de la plaine ou chez les habitants de la ville des Cayes. Il convient d’y ajouter les volontaires qui sont morts dans les camps, de maladie ou des suites de leurs blessures. Le 23 janvier1793, le bataillon de l’Aube a déjà perdu 115 hommes par la maladie. Soit près de 20 % des effectifs en un peu plus de 3 mois.

 

Le climat, en premier lieu, a été l’ennemi le plus cruel : des pluies diluviennes pendant 15 jours, alors que les volontaires n’ont pas de tentes. La nourriture : la ration du soldat est médiocre, le pillage répété des habitations de la plaine avait entraîné la disparition du gros et du petit bétail. Cause aussi, les fatigues excessives que la vie des camps entraînait pour ces jeunes soldats mal acclimatés et mal nourris. Caractère foudroyant de l’épidémie : « beaucoup de volontaires tombent malades, ils le sont 4 jours au bout desquels ils meurent ».

 L’insalubrité des hôpitaux est notoire, absence d’hygiène. A la mi-janvier, quelques premiers signes d’acclimatation paraissent.

 

Parti en 1798, à 21 ans, Jean Meffroy natif de Pel-et-Der, après avoir participé à de nombreuses campagnes européennes, se retrouve à Saint-Domingue en 1803 et en vit la phase cruciale, comme sergent de l’armée napoléonienne du Consulat. Ce militaire relate la malheureuse campagne vue à l’échelon de sa compagnie. A la suite du désastre dans lequel est alors entraîné son corps de troupe, il est fait prisonnier par les Anglais, au large de la Jamaïque. Il séjourne plus de 10 ans dans les pontons britanniques, au large de Bristol. La narration par lui de ces événements de portée internationale, sont méconnus.

 

Joseph-louis d’Arbois de Jubainville, (dont le petit-neveu fut archiviste départemental de l’Aube, et dont l’arrière-petit-neveu fut médecin à Troyes) adjudant-commandant, faisant fonction de général de brigade, fait partie de l’expédition du général Leclerc à Saint-Domingue en 1802. Il commande un district de l’Ile et, en février 1803, il opère dans la partie Sud. Il se met en marche contre les brigands qui s’étaient établis dans la plaine du Cul-de-Sac, et, en quelques jours, parvient à les chasser. Le 27 pluviose an X, il attaque avec succès  un camp retranché de 1.200 brigands. Nommé officiellement général de brigade, il commande la Province de Jérémie pendant 15 mois, à la satisfaction du capitaine général et des habitants qui n’en parlaient qu’avec admiration. Les brigands s’étant emparé de Tiburon, point important à cause de sa position, le général d’Arbois les chasse et se rend maître de la place le 30 pluviose an XI. Il a un cheval tué sous lui.  

 

Passé au service de la marine, il est fait prisonnier par les Anglais le 29 juin 1803 lors de la capitulation de Rochambeau. Malade, on le débarque au Port Royal de la Jamaïque en novembre, où il décède le  17 novembre. Le général y est enterré avec les honneurs militaires dus à son grade.   

 

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