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Logettes de Saint-Jean-au-Marché


De curieuses logettes flanquaient autrefois le côté nord de l’église Saint-Jean et se situaient du côté impair de la rue Molé. Elles ont connu une longue histoire qui s’étend du XIV° siècle, jusqu’en 1935 avec la disparition de la dernière maison. La façade nord de l’église, sur la rue Molé, était en partie cachée par de vieilles maisons basses au-dessus des quelles s’élevaient les contreforts de la nef, ce qui n’était pas sans donner à cette partie du monument, une couleur toute pittoresque et moyenâgeuse. Parmi les nombreux documents iconographiques que nous connaissons sur ce sujet, il y a l’ouvrage de Lucien Morel-Payen, illustré d’un dessin de Robert Vallois de 1837, 2 dessins de Fichot, une vue photographique plongeante, qui figurait à l’exposition de l’église Saint-Jean en 1980, un cliché pris du sol par le photographe Brunon et diffusé en 1929 sous le titre « Maisons adossées anciennement à l’église Saint-Jean-au-Marché, rue Molé ». En 1523, on prévoyait que ces obstacles à la libre circulation dans les rues voisines de l’église Saint-Jean-au-Marché, empêcheraient la facile distribution des secours en cas d‘incendie… En 1618, le conseil de ville ne donne pas son approbation pour la construction des logettes. Il dit avec raison que ces constructions gêneraient le libre passage dans une rue déjà étroite et que cela ne peut se faire sans ôter de la décoration à la rue. Néanmoins, les logettes sont quand même construites. A l’époque de Jeanne d’Arc, on les nomme « logettes » ou « maisonnettes ». L’historien Théophile Boutiot dit à ce sujet en 1870 : « La ville prospère et la population augmente. Le quartier du commerce, celui des Changes, la paroisse de Saint-Jean-au-Marché convertissent leurs anciens étals, leurs vieilles halles, en habitations. Ainsi, on voit disparaître 32 étals à pain, joignant la place de la Charbonnerie à celle du Pilori, la halle aux cordonniers, abandonnée depuis 1479, les ouvroirs et les étals de la place des Changes (Marché au Pain). Des constructions s’élèvent autour de la Prévôté, sur une place « en la Charbonnerie près du Château du Pilori, sur l’emplacement d’anciens étal à vendre le sel, le pain et autres marchandises ». Ces modifications sont postérieures au grand incendie de 1524, qui détruisit tout le cœur de la ville. Auparavant, « les rues étaient encombrées d’auvents et la circulation était entravée dans tous les quartiers populaires et marchands. Fichot a écrit au XIX° siècle, sur le côté septentrional de Saint-Jean : « Au début de sa construction, le porche devait être isolé par le cimetière, qui se prolongeait de l’ouest à l’est. Les marguilliers de Saint-Jean vendirent les terrains libres pour se procurer les fonds nécessaires à la reconstruction totale de leur église. 2 maisons s’élèvent à gauche du porche, la deuxième, sur l’angle de la rue Molé, comprend 3 étages avec son pignon. 7 autres maisons font suite à cette dernière sur toute la longueur du bas-côté. Elles se composent d’un rez-de-chaussée et d’un seul étage. Une seule s’est élevée d’un deuxième étage depuis peu de temps. Côté septentrional, en suivant : 2 petites maisons et la place d’une 3° qui n’existe plus cachaient d’une extrémité à l’autre, tous les murs et les fenêtres de ce bas-côté. Ce sont, en grande partie, toutes ces maisons qui ont compromis la solidité de l’édifice par leurs caves mal établies et l’écoulement des eaux ». Lignes prophétiques, quand on se souvient que l’énorme clocher s’est effondré en mai 1911 (ma grand-mère habitait rue Ambroise Cottet, et ce bruit énorme l’a réveillée), entraînant les maisons qui y étaient adossées.  En juillet 1910, un journal de Paris, « L’univers » écrit : «…les baraques délabrées qui entourent l’église Saint-Jean, en compromettent le bon état intérieur et la plupart de ces masures sont aujourd’hui sans habitants ou abandonnées à des occupants sans titres. C’est ainsi que récemment, un mouleur s’est installé dans l’une d’elles sans aucune espèce d’autorisation et continue, en dépit de toutes les observations à y exercer son industrie nuisible à un monument aussi ancien par l’humidité qu’elle entretient au pied de ses œuvres vives. Si la ville a l’intention de maintenir à cet endroit des logements gratuits que ne place-t-elle là quelque assisté du Bureau de Bienfaisance, il y apporterait, au lieu de plâtre et d’eau, un peu de chaleur et de vie ». Tous les historiens locaux admettent l’existence des fameuses logettes, qui auraient pu contribuer au délabrement de la base du clocher. Voici quelques uns des hôtes successifs des logettes : au 5 de la rue Molé, en 1864, la maison n’avait ni cave ni grenier. Les propriétaires de cette maison la louèrent à de petits ouvriers : en 1881, Augustine Néola, marchande de gâteaux, célèbre à Troyes pendant longtemps sous le surnom de Poil-de-Rat, en 1901, un cordonnier et une raccoutreuse. En 1913, la maison était habitée par un rapin qui fit l’objet de l’écho suivant, dans la presse locale : « Singulière découverte. M. Textier, artiste peintre, 5, rue Molé, a trouvé hier, sur son escalier, dans un obscur recoin, une valise qui renfermait un… chien momifié ». Louis Merlin a brossé  un portrait savoureux de la mère Poil de rat, morte de froid le 4 février 1917 : « Elle tenait au coin des mails et de la cour de la gare, un éventaire où elle vendait quelques gâteaux secs – toujours les mêmes, semblait-il, tant ils étaient secs. L’endroit, au surplus, était, par temps non moins sec, le carrefour de tous les courants d’air de la ville ce qui, alors que les rues n’étaient pas goudronnées, soulevait par bon vent un malstrom de poussière blanche. Soucieuse de la bonne présentation de sa marchandise, la mère Poil de Rat humectait légèrement les gâteaux secs par un crachotement diffus et astiquait les galettes à grands coups de brosse à chaussures ». Les archives municipales, lors du recensement de la population de 1913, nous indique que l’artiste bohême Charles Masse  habitait seul au n° 1, où il se droguait et où il décéda le 22 septembre 1913, une seringue à la main. Le n° 5 abritait une famille de cordonniers, soit 5 personnes. On a beaucoup épilogué pour et contre ces masures dont le pittoresque ne sera guère apparu qu’à quelques personnes du passé. Par contre, en décembre 1911, le Président de la Société Académique, Henri Renaud a dit : «…Je crains fort que la vieille église, dégagée des constructions qui s’étaient blotties autour d’elle, ne perde beaucoup à cet isolement pour laquelle elle n’avait pas été faite…».

 


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