C'est notre histoire



Le 60° d’Artillerie


 

Il est bon de rappeler pour les générations anciennes et futures la vie d’un régiment troyen, le 60° d’Artillerie et proposer aux jeunes l’exemple de leurs aînés.

 

Troyes abrite en effet le 60° d’Artillerie d’avril 1910 à août 1914.

 

Le 60° est créé parmi les régiments nouveaux, nés de la loi de 1919 qui, devant la menace allemande d’alors, vise à étoffer d’avantage l’Armée française.

 

Troyes a donc le privilège et l’honneur d’accueillir le 60°.

 

La Ville manifeste, en 1907 le désir d’être dotée d’une Garnison importante. Le Ministère pose comme conditions que la Ville aurait à s’engager par convention à fournir, d’abord une subvention de 1.200.000 Frs, un terrain de 20 hectares pour une caserne, la fourniture gratuite de 85 litres d’eau par jour par homme et par cheval, l’hospitalisation gratuite  des malades à concurrence de 4% des effectifs.

 

Le Ministère, de son côté, s’engage à bâtir une caserne pour 12 batteries d’artillerie en cas d’attribution d’un régiment d’artillerie. Les pourparlers avancent rapidement en 1908.

 

Le 1er décembre 1909, une lettre de l’Union des Syndicats est adressée à la Ville de Troyes, protestant contre l’idée de construire une nouvelle caserne, contre l’augmentation massive de la garnison, ce qui aurait pour résultat inévitable la hausse du coût de la vie.

 

Se pose la question d’un terrain de manœuvres et d’un champ de tir, dit une lettre du Préfet au Maire de Rosières, en date du 8 avril 1910, qui envisage d’exproprier 50 hectares sur le territoire de Rosières au prix de 400.000 frs. Les terrains se trouvent derrière le réservoir des Hauts-Clos, la rue des Lombards et la rue des Chartreux. Une Convention définitive est signée le 18 mai 1910 : les locaux seront prêts pour le 1er mars 1910 et les hangars pour le 15 avril.

 

Le 60° d’Artillerie est attribué, venant de Neufchchâteau, pour être caserné au Quartier Songis.

 

Le Régiment se compose de 12 batteries dont 6 ou 9 à effectif ordinaire et 6 ou 3 à effectif renforcé. Pour 6 batteries ordinaires, l’effectif est de : 50 officiers, 130 sous-officiers, 1.340 hommes et 1.075 chevaux.

 

Nous lisons dans La Tribune de l’Aube du 3 avril 1910 : « La quartier Songis est prêt. Le 60° d’Artillerie arrivera à Troyes vers 16 h. Elle sera reçue officiellement place de la Préfecture. La population est invitée à accueillir notre nouvelle garnison ».

 

Le 4 avril : « Le 60° a fait une entrée triomphale à Troyes. Partout, les artilleurs ont été l’objet de manifestations empreintes de la plus vive sympathie. La foule accourue était  innombrable. Il était impossible de circuler dans les rues Saint-Jacques, de la cité et place de la Préfecture où la Municipalité devait recevoir le Colonel commandant le régiment et les officiers. Un grand nombre de maisons étaient pavoisées. Il est 17 h quand la colonne signalée par des cyclistes débouche au pont-de Saint-Jacques. Les trompettes du régiment jettent dans l’air leurs notes cuivrées, les chevaux dressent la tête, de la foule compacte s’élèvent des acclamations enthousiastes où revient souvent <<Vive le 60°>>. A l’intersection des rues Kléber et Hennequin, 3 gracieuses fillettes offrent au Colonel une magnifique gerbe de fleurs et en sont remerciées par le Colonel très ému…»…

 

Le 31 juillet 1914, le Colonel commandant le 60° reçoit à Songis le télégramme : « Faites partir troupes de couverture. Embarquement des batteries dans la journée du 1er août. Débarquement dans la région Pont-Saint-Vincent/Nancy où le 60° constituera l’artillerie du XX° Corps d’Armée commandé par le Général Foch…».

 

Le régiment livre son 1er combat le 14 août sur la frontière de Lorraine. Il a des pertes élevées lors de la retraite du 20 août.

 

Au cours de la bataille du 24 août au 13 septembre, le 60° fait face aux situations les plus dures, et par ses tirs, disperse un fort parti de cavalerie saxonne. Il détruit en quelques minutes une batterie du 8° Régiment d’Artillerie Bavarois, avec 95 % de pertes d’hommes et de chevaux pour l’ennemi.

 

Un groupe du 60° arrête à lui seul une brigade bavaroise attaquant en masse. Les pièces ont tiré à la vitesse maximum (+ de 20 coups par minute). L’affaire a été réglée en 5 minutes !

 

La population nancéenne fait un accueil délirant à ceux du 60°.

 

Il participe en mai 1915 à l’attaque menée par le 20° Corps, d’un seul bond d’Arras à la crête de Vimy.

 

En juin, le 60° est cité à l’ordre de l’Armée. L’Etendard du 60° se voit remettre la Croix de Guerre.

 

En février 1916, l’enfer de Verdun se déchaîne. Le 60° est appelé d’urgence dans la région de Douaumont. Ses pièces tirent nuit et jour. Il est à nouveau cité à l’ordre de l’Armée : «…a tenu pendant 11 jours consécutifs, nuit et jour, en terrain découvert, sans relève possible, sous un effroyable bombardement de tous calibres, un secteur dont elle n’a pas perdu un pouce de terrain et dont elle ne sortait que pour tenter des contre-attaques en vue d’arrêter l’offensive ennemie ».

 

Fait unique dans l’histoire de la guerre 14-18, des citations accompagnées de félicitations officielles furent décernées par le Tsar de Russie, et publiées alors que les unités étaient encore en ligne.

 

En juillet 1916, le 60° participe à l’attaque de la Somme, en liaison, avec l’Armée anglaise, et perd une quarantaine de pièces.

 

En avril 1917, il soutient las attaques tragiques et meurtrières du Chemin des Dames.

 

En septembre 1917, le 60° reçoit la fourragère aux couleurs de la Croix de Guerre.

 

Le 27 mai 1918, les Allemands percent le front du Chemin des Dames, et cherchent à franchir la Marne. Après une marche de 180 kms en 2 jours, le régiment prend position au sud de la Marne et en interdit les passages. Il écrit là une des plus belles pages de son histoire. Le 30 mai, il prend sous son feu les troupes allemandes qui tentent de forcer le passage. Les quelques passerelles allemandes établies sur la rivière sont démolies, ainsi que les bateaux et radeaux. Ils font prisonnier les Allemands passés au sud. Une très belle citation à l’ordre de l’Armée les récompense.

 

Le 11 novembre, l’Armistice est signé, le 60° revient à Troyes le 9 août 1919, portant l’écusson du 120° d’Artillerie.

 

Saluons la mémoire des morts du 60° : 32 officiers, 619 sous-officiers et soldats.

 

Recréé en 1939, le 60°, après une belle campagne se bat encore après l’armistice du 25 juin 1940.

 

Le 60° Régiment d’Artillerie est reconstitué en Allemagne le 1er juillet 1970.   

 

Le magnifique square au chevet de l’église Saint-Martin-ès-Vignes,  porte le nom du régiment d’artillerie, et une stèle en rappelle à tous les Troyens, le souvenir.

 

 

 

 

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