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Croncels

Eglise St Gilles
Eglise St Gilles

Le quartier de Croncels, marécageux, ne faisait pas partie de la ville gallo-romaine.

         Avant 854, Croncels s’appelle Crunscellum, au XII° siècle, c’est un village. En dehors de la ville de Troyes, se groupent sur les 4 principales entrées de la ville, 4 bourgs, qui sont complètement détachés et dont l’isolement est maintenu longtemps pour les besoins de la défense de la ville. L’existence du bourg de Croncels est constatée en l’an 854, sous Louis-le-Chauve roi de France, et, dès le XIII° siècle, il a son enceinte particulière.

          

La porte de Croncels est la plus ancienne de Troyes. Elle est désignée dans une charte, dès 1157, sous le nom de Cronciaulx. Elle tire son nom du village de Croncels, qui a depuis formé le faubourg. En 1364, cette porte est appelée Porte du Saint-Esprit, à cause de l’hôpital du Saint-Esprit qui est dans son voisinage. Elle est encore nommée Porte de Bourgogne, parce qu’elle est l’entrée de la ville du côté de cette province. Dans son état primitif, la porte de Croncels se compose d’un porche à arcades en ogives avec des coulisses pour la herse. 2 pavillons carrés en pierre de Bourguignons existaient de chaque côté, et étaient reliés par un étage au-dessus du porche. Là se trouve la chambre du guet. Le tout est surmonté de 3 combles avec un petit campanile dans lequel est la cloche d’alarme pour le quartier. En dehors, vers le faubourg, il y a un pont-levis et un petit pont dormant pour les gens de pied, sur le large fossé que remplissent les eaux de la Seine. En 1524, dans le grand incendie qui consume le Quartier- Haut, la porte de Croncels est réduite en cendres. Elle est reconstruite quelques années après. Le porche est prolongé et flanqué de 2 grosses tours demi-circulaires. Ces annexes reçoivent de l’artillerie. A l’étage supérieur, il y a aussi des meurtrières. Au-dessus de la porte et sous les fenêtres de la chambre de guet, on lisait sur une pierre polie, les vers suivants, en latin, posés en 1615 : « Pour ses murs, pour sa porte et pour lui Troyes espère dans l’appui généreux du fils et de la mère ».

La porte de Croncels a vu sous son porche plusieurs réceptions solennelles. En novembre 1582, les députés des 13 cantons suisses, venus en France pour renouveler leur alliance avec le roi Henri III, passent par Troyes. Ils sont reçus à la porte de Croncels, harangués par le corps de ville en présence de la milice bourgeoise, puis introduits et traités avec magnificence. Le 4 juin 1588, le cardinal de Guise, qui s’est récemment emparé de Reims et de Châlons, vient devant Troyes pour entraîner les habitants dans son parti. Le prélat se présente à la porte Saint-Jacques, mais les officiers municipaux, prévenus par un ordre du roi, refusent de le recevoir. Il tourne la ville et vient à la porte de Croncels, où la garde le somme de se retirer. Quelques jours après, avec l’appui des troyens favorables aux Guise, le cardinal est introduit par cette porte. L’acte d’union est passé, le serment prêté, et la ville de Troyes soumise à la Ligue. En 1590, à la mort de Henri III, le pape Sixte-Quint envoie à Paris le cardinal Cajetano son légat, pour empêcher Henri de Béarn de monter sur le trône de France, tant qu’il ne serait pas dans le giron de l’église romaine. Le cardinal arrive à Troyes le 9 janvier, avec plusieurs prélats et officiers de sa suite. Le corps de ville prend ses dispositions pour la réception. Le comte de Saint-Pol, qui commande dans la ville, escorte le prélat avec 6.000 hommes. Les officiers du corps de ville vont au-devant du cardinal jusqu’à Bréviandes. A la porte de Croncels, le dais lui est offert, mais il refuse. Le clergé le conduit processionnellement à la cathédrale, au son de toutes les cloches, les boutiques sont fermées et les rues tapissées. En 1629, quand Louis Xiii se rend en Dauphiné pour aller avec une armée au secours du duc de Mantoue, il passe par Troyes et entre par la porte de Croncels, sans cérémonial, le 23 janvier. En 1650, Louis XIV étant à Dijon, donne avis au maire de Troyes qu’il passera par sa ville pour s’en retourner à Paris. La Cour arrive par la porte de Croncels le 28 avril. Le 3 septembre 1653, la marquise de Praslin fait son entrée à Troyes par la porte de Croncels. Le 29 octobre 1663, les députés des cantons suisses catholiques, qui vont à Paris renouveler leur alliance avec la France, arrivent à Troyes par la porte de Croncels, où « ils sont reçus honorablement », et traités splendidement au palais épiscopal. En 1805, lorsque Napoléon 1er et l’impératrice Joséphine se rendant en Italie, passent par Troyes, le maire de Troyes fait élever un arc de triomphe à 3 portiques, porté sur des pilastres d’ordre ionique, de 12 mètres de hauteur à la porte de Croncels. Sur la frise de l’entablement on lit : « A Napoléon ». Dans le fronton sont peintes des couronnes, et au milieu il est écrit : « Il les mérite toutes ». La figure de la Paix et celle de l’Abondance s’élèvent au-dessus des portiques établis de chaque côté. C’est par cette porte de Croncels que le 3 avril, sort l’Empereur à cheval, pour inspecter la Seine. Le lendemain, l’Empereur et l’Impératrice reçoivent à la porte de Croncels les hommages des autorités et prennent le chemin de Bar-sur-Seine, au milieu des acclamations de la foule enthousiaste. Le 6 avril, le pape Pie VII, avec plusieurs cardinaux, sort de Troyes par la porte de Croncels, retournant en Italie. En 1808, la porte de Croncels n’existe plus, elle est remplacée par des barrières de bois, qui ferment l’entrée de la ville au midi.

Dans le bourg ou quartier de Croncels, en 1170, Roscelin de Villehardouin donne à l’abbaye de Mores une maison.

L’une des foires de Troyes se tient au faubourg Croncels et se nomme la foire du Clos. Sa durée est de 15 jours. Elle commence le 22 janvier, jours de la saint Vincent. Cette foire, fondée en 1157, par le comte de Champagne Henri 1er, le chapitre de Saint-Etienne en prélève les principaux revenus, notamment les droits de péage, et la moitié des revenus des maisons du Clos où se tient cette foire.

En 1267, l’abbaye de Montier-la-Celle possède les 2/3 de la dîme des vignes dépendant du territoire de Croncels, le comte de Champagne recevant l’autre tiers. D’un commun accord, cette redevance est remplacée en mars, par un droit de 4 sous tournois par arpent de vigne.

En 1370, 1406 et 1534, le quartier de Croncels est aussi appelé quartier du Saint-Esprit.

Au XIII° siècle, sur le canal des Trévois qui passe à Croncels, se placent les fabriques de draps, les ateliers des teinturiers puis ceux des tanneurs.

Vers la fin du XIII° siècle est créée dans la prévôté de Troyes la mairie royale de Croncels.

En 1358, les ouvriers drapiers ne veulent plus se soumettre aux anciennes coutumes. Il se mettent en grève. Les maîtres drapiers de la rue de Croncels se plaignent au lieutenant du bailli, et lui disent : « de toute ancienneté, nos ouvriers se mettaient à l’œuvre dès le point du jour, à partir de carême, prenant jusqu’à la St-Remy, et de la St-Remy jusqu’à Carême prenant, ils commençaient à la lumière (aux flamerons) et continuaient leur travail jusqu’à la nuit, sans qu’il y ait heure fixe. Nos ouvriers apportaient leur pain dès le matin pour leur nourriture de la journée, et, s’ils voulaient du potage, leurs femmes l’apportaient sur leur métier, afin de perdre moins de temps que s’ils allaient prendre leurs repas à leurs hostels ou ailleurs, et à partir de la St-Remy jusqu’à Carême prenant, ils préparaient, après leur travail ordinaire et à la lumière, les matières qu’ils mettaient en œuvre. Pendant ce travail, les maîtres devaient aux ouvriers le feu et la lumière. Les ouvriers devaient aussi faire ces différents préparatifs aux jours de fête, sauf aux fêtes des apôtres. Quand un chef d’hôtel ou maître tisserand meurt, les ouvriers sont tenus de travailler jusqu’au moment où l’on porte le corps en terre. Mais depuis un certain temps, sous prétexte d’une messe que l’on fait chanter depuis peu, tous les ouvriers, valets ou apprentis ne vont plus travailler. Il en est de même lorsqu’on célèbre, à l’église St-Gilles, la messe des confrères, ou lorsqu’il meurt quelques uns des leurs. Ils cessent de travailler jusqu’à l’enterrement, puis ils vont boire et font ce qu’ils peuvent pour ensuite aller prendre leur repas. De plus ils exigent 2 ou 3 sous de ce qui leur était payé 6 ou 8 deniers. Ils ne veulent pas recevoir d’étrangers parmi eux, quoique ceux-ci soient bons ouvriers. Cet état de chose est nouveau, et tend à compromettre l’industrie de la draperie ». Pierre de Fontaine déclare que l’industrie de la draperie profite à la ville de Troyes, qu’il y a nécessité de veiller à sa conservation, et, pour y parvenir, il décide que dorénavant les maîtres tisserands ne sont plus tenus de faire tisser leurs draps non seulement dans la rue de Croncels, mais partout où ils voudront. Les draps, fabriqués hors de la rue de Croncels, qui ne sont pas de qualité suffisante, sont confisqués comme s’ils avaient été tissés dans la rue de Croncels. Cette ordonnance est faite dans le but de ne pas faire augmenter le prix de la fabrication et de contraindre les ouvriers de la rue de Croncels à travailler « pour gagner leur pain ». Croncels n’en reste pas moins le centre de la fabrication de la draperie jusqu’en 1840, où disparaît cette industrie de la ville de Troyes.

         Vers le milieu du XIV° siècle, le bourg de Croncels a son enceinte particulière, ses ressources financières et son administration, indépendantes de celles de la ville de Troyes.

En 1391, la cour tranche, par voie d’arrêt, une difficulté élevée entre la ville de Troyes et le bourg de Croncels, relative à l’entrée des droits de moulage, levés dans l’intérêt de l’œuvre des fortifications. Une partie des droits a été, depuis un certain nombre d’années, concédée aux habitants de Croncels, afin de les aider aux frais qu’entraîne la construction des fortifications de ce bourg. Malgré cette concession, la ville n’a rien payé. Les habitants de Croncels se plaignent à la cour qui décide que la ville de Troyes, pour les années écoulées doit payer aux habitants de Croncels, 300 livres tournois.

En 1419,quand le duc de Bourgogne fait diriger 1.600 combattants vers la ville de Toucy, le Conseil de ville de Troyes prend ses mesures contre un siège qui est à redouter. La plus grande partie du bourg de Croncels est sacrifiée aux nécessités de la guerre. On y compte alors 400 ménages. Ce bourg est brûlé et entièrement ruiné, ainsi que l’église de St-Gilles, siège de la confrérie des tisserands en draps, qui est « abattue ».

           

          Le 5 juillet 1429, Jeanne d’Arc conduisant le roi se faire couronner à Reims, se rend devant la cité de Troyes « qui est grande et grosse ville ». Elle campe au couchant du bourg de Croncels, qui peu après est investi.  

    

La porte de Croncels ou des Trévois est utilisée surtout pour livrer les productions maraîchères à Troyes.

En 1500, la population de Troyes est de 26.689 habitants, dont 6.150 au quartier de Croncels.

Des assemblées secrètes de réformés se tiennent au faubourg Croncels, près du couvent des Chartreux, en 1554.

Dans le cours de novembre 1558, des lansquenets sont logés au faubourg Croncels. Sous prétexte que leur solde ne leur est pas payée, cette troupe demande à emprunter sur les habitants de Troyes une somme de 3.000 livres. Le Conseil de ville refuse net, en se plaignant « des pilleries, insolences et désordres », que cette troupe commet depuis 4 jours au faubourg Croncels.

Début 1572, les protestants de Troyes, qui reviennent d’Isle-Aumont, sont assaillis au faubourg Croncels « par la populace ameutée » à coups de pierres. Certains sont blessés, et un enfant tué dans les bras de sa mère.

En 1610, s’élève au faubourg Croncels, la maison des Capucins. En 1618, les toitures des maisons en paille sont interdites dans le faubourg Croncels, dont les habitants doivent se munir de 800 seaux pour les secours contre l’incendie.

En 1626, les Chartreux viennent au faubourg Croncels. Le monastère est considérable. On va en pèlerinage au couvent en juin de chaque année, pour vénérer les reliques de sainte Syre. Les bâtiments des Chartreux sont vendus lors de la Révolution, et ont disparu.

En 1637, les pères de la Mission sont établis dans une maison du faubourg Croncels.

En 1668, Louis XIV entre à Troyes par le faubourg Croncels.

Le 27 septembre 1686, le feu consume 10 maisons faubourg Croncels

 

Dès 1157, il est fait mention d'une rue de Croncels à Troyes.

 

Anecdote : Le 5 février 1814, après la bataille de Brienne et celle de La Rothière, l’armée française se replie sur Troyes, pour y prendre des positions favorables. L’Empereur fait occuper Croncels et Bréviandes. Le lendemain, vers 9 h, les habitants de l’extrémité du faubourg Croncels sont requis de dresser un foyer pour l’Empereur qui doit déjeuner au bivouac. L’écuyer de service indique même l’endroit le plus convenable, à 10 mètres de l’angle de la muraille de l’ancienne maison des Chartreux. Pierre, habitant d’une chaumière voisine, se hâte d’apporter une table, une chaise et quelques bourrées. Le feu pétille lorsque l’Empereur paraît. Soucieux et inquiet, l’Empereur se fait dérouler des cartes topographiques. Tout à coup, le bruit se répand que les ennemis approchent. Napoléon s’élance sur son cheval, et, suivi de quelques officiers, part comme un trait sur la route de Maisons-Blanches. Trois minutes après, il revient au grand trot et s’arrête dans l’endroit où les officiers lui ont préparé son déjeuner. Appuyé sur une chaise, il prend à la hâte quelque nourriture, et remarque un jeune garçon de 12 ans qui, de la pointe de son couteau, écrit sur la muraille. L‘illustre conquérant se lève, s’approche et lit cette inscription :

Napoléon 1er, Empereur des Français, a déjeuné ici le 6 février 1814.

L’enfant, que la crainte et le respect ont éloigné, entend bientôt la voix de l’Empereur qui l’appelle et lui remet une pièce d’or. Beaucoup d’enfants, alléchés par cet exemple, chargent aussitôt la muraille d’inscriptions, mais Napoléon vient de reprendre la direction de Troyes, emportant avec lui les vœux et les regrets des habitants de Croncels.

Pierre, que le prince de Neufchâtel récompensa largement de ses bons offices, conserva religieusement la table et la chaise touchées par Napoléon. Il les montrait avec un noble orgueil et s’attendrissait jusqu’aux larmes quand il racontait qu’il avait « servi son Empereur ».

 

 

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