Le Département



Chappes


« L’origine de Chappes se perd dans la poussière des siècles » écrit en 1865, l’académicien Prosper Adnot.

 

         Chappes fut tout d’abord une station romaine. C’était ensuite le siège d’un château féodal qui perdit toute son importance lors de la réunion de la Bourgogne à la France. On y battait monnaie !

 

         Chappes, en latin Cappoe, quelquefois Caput, Cappa, Capas, Cadappa et aussi Capis (1178, 1205 et 1218), et même Cappia en 1632, était dès les premiers temps de la monarchie déjà un lieu important, non seulement à cause de sa situation sur la frontière de la Bourgogne, mais encore à cause de son fort qui défendait le passage de la Seine, et aussi en raison de son port sur cette rivière qui, favorisant le commerce entre les 2 puissances, la Champagne et la Bourgogne, fixait les artisans et les marchands au milieu des habitants de Chappes.

 

         Dès 724, Cherembert, un des plus grands terriens du pays a surpassé tous les autres bienfaiteurs en libéralité, car c’est de lui que l’abbaye de Montier-la-Celle posséda jusqu’à sa suppression à la fin du XVIII° siècle, la seigneurie de Chappes.

 

         En 753, Cherembert, « pour le rachat de son âme et pour obtenir les récompenses éternelles », fait donation à la même abbaye, « de tout ce qui, dans la ville de Chappes existe en terres, maisons, châteaux, forêts, vignes, prés, moulins, les 2 rives de la Seine, les serfs, les gens libres…».

 

Si à cette époque déjà la ville de Chappes possédait des moulins à eau, il fallait qu’elle eut acquis une certaine importance, puisque, bien que connus à Rome du temps d’Auguste, les moulins à eau n’avaient été introduits en France qu’au commencement de la monarchie.

 

         Les comtes de Troyes qui avaient, au XI° siècle, usurpé les droits de l’abbaye de Saint-Loup, s’en dessaisirent et les cédèrent, sous le règne du roi Robert II le Pieux (996-1031), aux seigneurs de Chappes, mais ceux-ci n’en usèrent que pour tourmenter, paraît-il, les religieux, ce qu’ils firent jusqu’à Clérenbaut 1er, qui, à cause de l’affreuse maladie dont son fils Clérenbaut-le-Ladre était atteint (la lèpre), remit et céda tous ses droits à Pierre de Marey, prévôt de Saint-Loup, et archidiacre de Troyes.

 

         En 1137, l’évêque de Troyes, Hatton (1122-1146), fonde l’abbaye de Larrivour à l’instante prière de saint Bernard de Clairvaux et du comte de Champagne Thibaut. Clérambault, seigneur de Chappes, fait don à cette abbaye de la forêt de Belmont et de celle de Dosches. En 1205, son fils, aussi seigneur de Chappes, fait remise à ce même monastère de Larrivour, de ses prés, terres et bois de Dosches.

 

En 1199, Clérambault de Chappes fait une donation en faveur de l’Hôtel-Dieu-le-Comte. En 1218, Guy de Chappes veut que ses gens livrent, chaque année, aux envoyés de l’Hôtel-Dieu de Troyes, 3 muids de vin rouge, destinés au vin des messes. En outre, il fonde une rente annuelle pour acheter des écuelles et des petits pots de terre aux malades. Parmi les bienfaiteurs de l’Hôtel-Dieu-le-Comte figurent donc en 1199 Clérambaud de Chappes, en 1205 Hélissant, dame de Chappes, en 1218, Guy de Chappes.

 

         Chappes était divisée en haute et basse ville : la haute ville se trouvait sur la rive droite de la Seine et était défendue par le château, la basse ville était comprise dans l’enceinte formée par les fossés des fortifications, et renfermait l’église paroissiale dédiée à saint Loup, évêque de Troyes. L’une et l’autre étaient habitées par des artisans et des manufacturiers, aux différents corps desquels étaient affectées certaines rues qui en ont conservé le nom.

 

         Une industrie qui parait avoir acquis une plus grande importance que les autres, est celle des peaux et fourrures, de la tannerie et de la parcheminerie.

 

La haute ville était de la mouvance des comtes de Champagne. La basse ville relevait de l’abbaye de Montier-la-Celle par suite des donations citées plus haut.

 

         Le prieuré était sous le titre de Saint-Michel.

 

         Le chevalier Geoffroy de Villehardouin, maréchal de Champagne, donne une part importante aux seigneurs de Chappes Clérambault, lors de la conquête de Constantinople, en 1204.

 

         A l’époque de l’invasion anglaise, le roi Jean II le Bon (1350-1364) ayant assemblé ses troupes, fait appel à la noblesse française pour repousser l’ennemi. Avec d’autres, le sire de Chappes prend les armes et se réunit sous la bannière royale.

 

         En 1368, le tiers de la vicomté qui avait appartenu à la famille de Chappes, passe dans le domaine du roi.

 

         Les seigneurs de Chappes exerçaient dans ce pays tous les droits consacrés par la féodalité la plus rigoureuse. Dans le XIV° siècle, Dreux de Chappes y voulut ajouter celui d’obliger toutes les femmes et filles de sa seigneurie à façonner ses chanvres, et à lui fournir chacune 4 livres de fil, dont il leur donnerait la matière. Sur les plaintes des gens de Chappes, portées au Parlement, par arrêt du 6 août 1378, le bailli de Troyes fut commis pour informer les faits. L’affaire n’eut pas de suite et le sire de Chappes dut abandonner ses prétentions.

 

         La terre de Chappes passa de la maison qui en avait porté le nom à Pierre de Montaigu, sire de Malain qui, ayant épousé Jeanne de Chappes, fille de Dreux, et héritière de cette maison, en fournit son aveu au marquis d’Isle, en juillet 1382. Le sire de Malain la vendit à Hutin d’Aumont conseiller,  premier chambellan du duc de Bourgogne.

 

         Au XV° siècle, la châtellenie de Chappes appartenait à la famille d’Aumont.

 

         Le 5 novembre 1430, Jacques d’Aumont, seigneur de Chappes, fait le siège de Bar-sur-Seine. Il ouvre une tranchée qui lui permet de pénétrer dans la ville avec les siens. Il fait prisonnier Saladin d’Anglure, et s’empare des sceaux de la ville qui furent plus tard rachetés par le bailli Oudart Chapotel, puis il livre plusieurs maisons au pillage. La garnison du château et la milice bourgeoise s’efforcent de venir au secours du quartier menacé. Les Armagnacs, obligés de fuir par la brèche qu’ils ont faite, perdent plusieurs des leurs.

 

         En 1431, le château de Chappes était au pouvoir des Anglais. Il fut assiégé et pris par les Français, malgré les Bourguignons, qui étaient venus pour en faire lever le siège. Quelques temps après, Chappes fut repris par les Anglais qui furent délogés une seconde fois, par Barbazan, qui y mit garnison au nom du roi Charles VII (1422-1461). Après leur soumission au roi Charles VII, les habitants de Troyes avaient pris part au siège du château de Chappes « qui était des plus considérables et des mieux fortifiés des environs ». C’est le premier siège auquel les Troyens assistèrent.

 

         La même année, Jean de Chaumont, capitaine d’une bande de gens de guerre, et qui tenait alors en sa possession et sous son commandement le château de Chappes, taxait arbitrairement les habitants et se livrait, lui et ses gens, à toutes sortes d’excès et de violences. Quatre compagnons de la garnison de Chappes, sous le commandement de ce même capitaine, prirent un jour, sur la paroisse de Piney, 1 homme et 3 chevaux, puis les conduisirent à Chappes. Ils mirent l’homme « en fosse », et vendirent 2 des chevaux à Troyes. Ce même capitaine fit commandement aux habitants de Villemoyenne, de Chappes et d’autres lieux circonvoisins, de faire conduire tous leurs blés  dans ce dernier pays et non ailleurs. Il fit même fauciller et conduire à Chappes les blés de plusieurs pauvres laboureurs de la seigneurie d’Isle, qui étaient en l’obéissance du roi.

 

         Le 28 août, le bailli reçu des lettres du roi, ordonnant la démolition du château de Chappes.

 

         Après la reddition du château de Chappes et aussi après l’expulsion des Anglais, les seigneurs de Chappes firent reconstruire, dans l’emplacement de celui qui avait été démoli, un autre château qui n’était plus alors qu’une maison de plaisance, bien qu’en raison de sa position, il pût être encore défendu avantageusement. Ce dernier a été entièrement détruit à l’époque de la Révolution, en 1789.

 

         Chappes, avant les évènements de 1793, était une châtellenie dépendant de la Généralité de Champagne, il ressortissait du bailliage et de l’Election de Troyes, dont il suivait par conséquent la coutume. On y comptait alors 68 feux (multiplier par 4 ou 5 habitants).

 

         Le savant et illustre troyen Grosley a été le dernier bailli.

 

Il existait une chapelle de Saint-Thomas-de-Nazareth, construite sur le bord de la Seine, derrière l’église actuelle. Les seigneurs de Chappes étaient collateurs (qui avaient le droit de conférer un bénéfice ecclésiastique) à cette chapelle.

 

Chappes avait également un hospice dépendant de la Commanderie du Temple de Troyes, de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

 

Il existait une ancienne verrerie.

 

L’église de Chappes, située sur la rive gauche de la seine, en face du Château, date de l’époque romane, mais l’abside et les 2 chapelles collatérales ont été remaniées au xvi° siècle. Les vitraux sont classés parmi les monuments historiques. Le plafond en planches de la nef, peint en camaïeu, provient d’une des grandes salles de l’ancien château. Huit confréries existaient anciennement à l’église de Chappes. Il y avait la confrérie de saint-Loup qui jouissait d’une très grande réputation, et qui se composait d’un nombre considérable de membres de tous les pays du diocèse, celles du saint-Sacrement, du Saint-Nom-de-Jésus, de Saint-Eloy, de la Sainte-Vierge, de Saint-Jean, de Saint-Nicolas et de Sainte-Catherine.

 

Parmi les illustres personnages qui ont habité ou pris naissance à Chappes, citons Pierre de Chappes, qui y a vu le jour. Il mourut en mars 1336. Successivement chanoine de Reims et d’Amiens, trésorier de l’église de Laon, conseiller au Parlement de Paris, nommé chancelier en janvier 1316, il garda les sceaux jusqu’en janvier 1320, élu évêque d’Arras en 1319, il passa à l’évêché de Chartres en 1326, et fut créé cardinal en décembre 1327. C’est lui qui, étant chancelier, conseilla au roi d’adopter pour toute la France un même poids, une même mesure et une même monnaie. Ce projet, ayant failli susciter une révolte, dut être abandonné.   

 

         Au XIV° siècle, la ville de Troyes donne à l’une de ses portes le nom de « Porte de Chappes ».

 


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