C'est notre histoire



Napoléon et l'enfant de choeur


Lucien Blaisois
Lucien Blaisois

La bataille de Montmirail s’est déroulée le 11 février 1814 lors de la campagne de France. Elle opposait l'armée française de Napoléon 1er aux troupes russes et prussiennes.

 

L’ennemi reçoit des renforts, et bientôt les tirailleurs se retirent, lorsque paraît la division du général Ricard, chargé par l’empereur d’enlever ce point important, avec recommandation de s’y maintenir. Les tirailleurs de la garde se rallient à cette division, et le général s’avance au milieu d’eux pour leur demander quelques renseignements topographiques. « Monsieur le général, s’écrit Lucien Blaisois, le jeune Troyen qui habite chez ses grands-parents, en entrant dans le cercle formé par les officiers, je suis du pays, et si vous le voulez, je vais vous conduire par un chemin moins dangereux que celui que vous suivez. Vous verrez la mine que feront les cosaques lorsque vous les surprendrez ». Le général, surpris de cette proposition, frappé surtout de l’étrange costume d’enfant de chœur, de celui qui la lui faisait, hésitait à accepter Lucien pour guide. Mais, le bon témoignage que rendirent de lui les tirailleurs lui permit d’avoir la gloire de diriger la marche. Lucien conduisit les Français avec tant de bonheur que les Russes furent surpris au moment même où ils se croyaient à l’abri de toute attaque. Le combat commença, mais les ennemis, poussés la baïonnette dans les reins, rompirent l’ordre qu’ils avaient jusqu’alors conservé, et le combat devint une véritable déroute. Le général Ricard, se croyant suivi de ses grenadiers, lança son cheval sur l’arrière-garde des fuyards dont une partie venait de disparaître dans une des rues latérales  de la place de l’église. Bientôt, une main vigoureuse saisit sa monture qui se cabre et le renverse à terre. Il n’avait pas eu le temps de se relever que 4 pièces de canon, traînées par les Russes à l’entrée de la rue, pour protéger leur retraite, vomissent 4 volées de mitraille. Le cheval fut tué et entraîna Lucien dans sa chute, mais cet enfant se releva et vint tendre la main au général qu’il avait sauvé. A quelques heures de là, Napoléon avait remporté une victoire de plus : la bataille de Montmirail était gagnée !

 

Le soir, l’empereur, entouré de ses généraux, se faisait rendre compte des particularités de cette glorieuse journée. Le général Ricard raconta la prouesse du brave enfant de chœur. Napoléon témoigna le désir de le voir. Des officiers s’adressèrent au curé, qui indiqua la demeure de la grand' mère de Blaisois où le on trouva encore vêtu de son aube toute maculée de poudre et de sang, de sa calotte rouge entamée par un coup de sabre, et dormant les poings fermés sur la paille fraîche. On le réveille, on lui annonce qu’on va le conduire devant l’empereur. « Et ma miche ? », fait le pauvre enfant, se frottant les yeux et répondant avant tout aux sollicitations de son estomac. Lucien devait en effet éprouver toutes les douleurs de la faim. A son retour chez sa mère, il avait trouvé la maison pillée, dévastée, saccagée de fond en comble. Le pain encore à l’état de pâte avait été retiré du four et dévoré par les pillards, de sorte que Blaisois, accablé de fatigue, s’était endormi à jeun. « Venez toujours, lui dit un officier d’ordonnance, l’empereur de doit pas attendre, et l’on aura soin de pourvoir à votre souper ». Lucien tremblait de tous ses membres lorsqu’il parut devant Napoléon. « C’est donc vous, mon petit drôle, lui dit en souriant l’empereur, qui vous permettez de porter la main sur un officier général, et qui faites le coup de fusil contre les Russes au lieu de servir la messe ? ». « Oui, sire, répondit Blaisois, en baissant les yeux et en se grattant l’oreille. Mais, pourquoi ces Russes venaient-ils manger ma miche au beurre ? ». Un murmure d’hilarité se fit entendre parmi le groupe des officiers qui entouraient l’empereur. Lui, au contraire, redevint sérieux. Il prit la main de l’enfant de chœur, et la serrant avec effusion : « Bien ! Mon garçon ! bien, dit-il, si chacun défendait comme toi sa miche au beurre, la France serait bien vite sauvée ! … Tu es trop jeune pour faire la guerre, reprit-il après un instant de silence, mais je me souviendrai de toi… général Ricard, prenez note de cela. On fit souper l’enfant de chœur, puis on le renvoya les poches garnies de quelques napoléons destinés à réparer les pertes éprouvées par sa mère.

 

Ces braves gens durent croire leur avenir assuré, mais dès ce moment les événements marchèrent avec une telle rapidité que la promesse sur laquelle ils comptaient fut oubliée, et que peu après, le vainqueur de Marengo et de Montmirail partait pour l’exil.

 

14 mois s’étaient écoulés, remonté sur le trône après être tombé une première fois, Napoléon passait en revue une partie de sa garde dans la cour des Tuileries. Déjà, il avait parcouru les rangs, et il allait se placer devant le pavillon de l’Horloge pour commander le défilé des troupes, lorsqu’un jeune garçon se glissant entre les officiers généraux de sa suite, éleva en l’air son chapeau qu’il agita en s’écriant : « Sire ! Vous avez oublié l’enfant de chœur de Montmirail ! ».

 

L’empereur s’arrêta, et ordonna que l’on permette au jeune homme de s’approcher. « Tu as raison, mon ami, lui dit-il, mais c’est un peu la faute du général que tu as sauvé et qui, lui, a oublié bien autre chose ! (Le général Ricard avait suivi les Bourbons à Gand). As-tu toujours envie de combattre les ennemis de la France ? ». « Si bien l’envie, Sire, que j’ai demandé à entrer comme trompette dans ce magnifique régiment (et il désignait de la main les guides, chasseurs à cheval de la garde) mais on me trouve trop jeune… et l’on me refuse ». « Tu mérites mieux que cela, cependant ! répondit Napoléon avec un soupir, mais en ce moment la France a besoin de tous ses enfants. Suis-moi ». Il revint au pas sur le front du régiment qu’avait désigné Blaisois, et s’adressant à celui qui le commandait : « Colonel, lui dit-il, dès ce moment ce jeune homme fait partie de mes chasseurs en qualité de trompette. C’est un cadeau que je vous fais, entendez-vous, un véritable cadeau, et vous pourrez bientôt juger vous-même ».

 

Le 18 juin 1815, lorsque le canon prussien achevait d’écraser les derniers débris de la garde, Napoléon, décidé à ne pas survivre à son désastre, s’élança dans la mêlée avec désespoir. Tout à coup un jeune trompette, dont le visage imberbe était sillonné de 2 ou 3 larges blessures, précipite son cheval en avant du sien et lui fait un bouclier de sa poitrine. Napoléon le reconnait, c’est Blaisois, l’enfant de chœur. « Où sont mes chasseurs ? » lui demande-t-il. « Sire, répondit le jeune homme en faisant un effort pour porter la main à son colback et rendre le salut militaire, ils sont morts !... et je vais les rejoindre ! ». Il ferma les yeux et sa main lâcha les rênes de sa monture. Un biscaïen venait de lui traverser la poitrine. « Noble enfant ! dit le grand homme d’une voix qui trahissait toute la douleur dont son âme était navrée… Noble enfantDe qui donc le ciel aura-t-il pitié ? ».   

 


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