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Opportunité de l’adoption de la Semaine anglaise - 1913

Madame Martine Aubry, qu’auriez-vous fait en 1913  ? ? ?

         La 4 avril 1913, la Chambre de Commerce adopte à l’unanimité la déclaration ci-dessous, qu’elle adresse à M. le Ministre du Commerce et au Ministre du Travail et de la Prévoyance.

         « Il y a quelques années, nous étions partisans convaincus de la semaine anglaise. Cette journée et demie de repos amène une détente bienfaisante des nerfs surmenés par le travail intensif de l’usine. Elle permet à la ménagère de s’approvisionner pour le dimanche et de faire la toilette de son foyer et des marmots, l’homme jardine, et le lendemain, s’il fait beau, c’est la joyeuse partie de campagne pour toute la famille. Les avantages ne sont pas moindres pour le patron.

         Mais aujourd’hui, il est trop tard ou trop tôt pour instituer le congé si désirable du samedi. Il fallait le faire avant la loi de 1900, réduisant à 10 heures la journée de travail des enfants et des femmes dans l’industrie. Au lieu de réduire à 60 heures avec un maximum de 10 heures par jour le temps de travail, il aurait fallu, tout en réduisant les heures de travail à 60, laisser le maximum de 11 heures. Les industriels auraient eu le choix entre le régime actuel et celui de la semaine anglaise dont beaucoup étaient partisans, et, d’un commun accord entre patrons et ouvriers, la semaine anglaise serait entrée dans nos usages. Le gain d’une demi-journée de repos était incomparablement plus avantageux à l’ouvrier, même enfant ou femme, que la réduction d’une heure par jour du temps de présence à l’usine.

         L’habitude des 11 heures existait et n’impliquait pas le surmenage, car il ne faut pas confondre 11 heures de présence avec 11 heures de travail. Les casse-croûte étaient compris dans les heures de travail, et l’ouvrier prend son temps. De plus, il n’y a pas de règlement d’usine qui ait raison de l’impérieux besoin de la cigarette, qu’on la fume, bien que l’inspection du travail n’exige pas encore de locaux réservés à cet usage.

         En France donc, le régime de 11 heures était en réalité de 10 heures de travail effectif. Par la loi de 1900, on établit celui de 9 heures, en adoptant la semaine anglaise, on instituerait celui de 8 heures.

Les gens s’étonnent de l’augmentation du coût de la vie, de la cherté de tout ! Comme s’il n’était pas évident que l’abondance seule des produits en permet le bon marché.

  En réalité, tout s’enchaîne : la question de la semaine anglaise, c’est la question de la journée de 10 heures pour les adultes sous une autre forme.

Le 2 février 1912, nous avons pris une délibération à ce sujet. Tous les arguments de ce rapport, approuvé à l’unanimité, contre le projet Justin Godart (député de Lyon, futur sous-secrétaire d’Etat), ont conservé leur valeur et militent contre la semaine anglaise : augmentation des frais généraux des industriels, des prix de revient, et par suite des prix des objets, période de troubles, grèves pour l’augmentation des salaires, invasion des produits étrangers, chômages forcés, exportation entravée

Est-ce à dire qu’il faut renoncer à jamais à l’espoir de voir s’établir chez nous le repos si désirable du samedi ? Non, nous disons : il n’est pas réalisable aujourd’hui, il l’est d’autant moins que la loi sur le service de 3 ans, inévitable si l’on veut conserver quelque chance de paix, va raréfier la main d’œuvre déjà trop rare en France, mais il pourra l’être plus tard à deux conditions au moins : la première, c’est de réaliser une entente internationale qui égalisera les conditions de lutte entre les nations économiques rivales.

La seconde condition : il faudrait que l’ouvrier français changeât de sentiment à l’égard du machinisme.

L’ouvrier anglais, dès qu’il est à l’usine ne pense qu’à 2 choses : faire rendre à sa machine sa production maximum et la perfectionner, ou la changer pour une autre plus puissante.

L’ouvrier français est l’ennemi de la machine nouvelle. On l’a bien vu à Méru quand on a voulu introduire les machines à percer les boutons et, chez les sardiniers, à l’apparition des machines à souder et plus récemment des filets tournants. A quoi cela tient-il ? On a dit à l’ouvrier : « Sus à la machine qui fait diminuer le prix de façon », et l’ouvrier court sus à la machine. L’ouvrier confond le prix unitaire et le salaire.

Il est certain que la machine perfectionnée diminue le prix unitaire, puisque c’est son but, mais, produisant davantage elle augmente le nombre d’unités : elle doit augmenter le salaire journalier.

Un grand pas sera fait  dans la voie de la paix sociale le jour où patrons et ouvriers seront d’accord sur ce truisme.

La conclusion de cet exposé est la suivante : La semaine anglaise ne pourrait être adoptée sans dommage pour notre industrie qu’après entente internationale, et à la condition d’assouplir la loi sur la limitation des heures de travail en accordant, chaque année, un nombre important d’heures supplémentaires à la disposition des industriels, pour le temps de presse ».

Qu’en pensez-vous, plus de 100 ans après ???     

 

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