Religieux et saints de l'Aube


Pierre de Celle


    Pierre de Celle naît à Troyes vers 1110.

Issu de la noblesse champenoise, il est parent d’Agnès de Baudement, dame de Braine, épouse du comte de Bar sur Seine, Milon, puis de Robert de Dreux, frère du roi Louis VII.

" Lorsqu’il fut en âge de prendre un parti et choisir un état, il se sentit du dégoût pour le monde; il crut que la solitude était la voie qui devait le conduire au salut. "

Il quitte ses parents et embrasse "l’étude monastique ".

Il commence les exercices de la vie religieuse à Clairvaux où il est l’élève de saint Bernard, et à Montier-la-Celle, où fleurit la règle de saint Benoît.

Après son sacerdoce, il s’exerce à la prédication de la parole de Dieu, et " ses succès en ce genre lui méritèrent une estime universelle ".

C’est ainsi qu’il compose des sermons pour de nombreux prêtres, religieux et évêques, dont Thibaut, évêque de Paris, qui a été son prieur à saint Martin-des-Champs.

Il est élu abbé du monastère de Montier-la-Celle en 1150.

A partir de ce jour, il est appelé Pierre de Celle.

Il correspond plusieurs fois avec saint Bernard.

Il se conduit avec tant de sagesse dans le gouvernement de son abbaye, que " sa réputation se répandit dans tout le clergé du royaume. Les plus grands personnages de son siècle rendirent hommage à son mérite et se firent un plaisir de contracter avec lui l’amitié la plus intime ".

On remarque surtout saint Bernard, abbé de Clairvaux, saint Hugues et Pierre le Vénérable, tous deux abbés de Cluny, Henri-le-Large, comte de Champagne, saint Thomas de Cantorbéry, Jean de Salisbury (chapelain et secrétaire de Thibaut, archevêque de Cantorbéry), Nicolas de Clairvaux... qui tous lui témoignèrent l’affection la plus sincère et ne crurent pouvoir mieux " le distinguer qu’en l’appelant par excellence l’abbé de Champagne ".

Il répare les bâtiments qui menacent ruine, fait construire une infirmerie pour " l’assistance des religieux dans leurs maladies "...

Il intervient auprès du pape Adrien IV et garde pour l’abbaye de Montier-la-Celle, le prieuré de saint Flavit de Villemaur que les chanoines et les seigneurs veulent accaparer.

Il soutient aussi l’abbesse de Fontevrault auprès du pape Alexandre II, contre l’évêque de Poitiers qui veut diminuer ses libertés et anéantir ses privilèges, et réussit. Du même souverain pontife, il obtient la prévôté de Soissons pour Guillaume de Champagne-aux-Blanches-Mains, fils du comte Thibaut IV.

Edifié de la vie régulière des Chartreux, le comte Henri-le-Large se propose d’établir une maison de cet ordre sur le territoire de Troyes, la capitale de ses états, et charge Pierre de Celle de négocier cette affaire (ce dernier ne réussit pas, pour " quelqu’obstacle invincible ").

Pierre de Celle se lie amitié avec Thomas Becquet, archidiacre de Cantorbéry, fait chancelier d’Angleterre par le roi Henri II, et correspond souvent avec lui.

Lorsque l’église est troublée par un schisme après la mort du pape Adrien IV, Roland, cardinal de saint Marc, chancelier de l’église romaine vient d’être élu pour lui succéder sous le nom d’Alexandre III. Octavien, cardinal de sainte Cécile, est nommé par deux cardinaux sous le nom de Victor IV. C’est encore Pierre de Celle qui écrit à Henry, évêque de Beauvais, frère du roi Louis le Jeune, pour l’engager à soutenir l’élection d’Alexandre comme pape légitime. Ses avis sont très bien reçus du prélat, et le roi assemble à Beauvais, les abbés et les barons pour cette affaire, en l’appelant à cette espèce de concile.

En 1162, le siège de l’abbaye saint Rémi de Reims étant vacant, les religieux procèdent à l’élection d’un nouvel abbé. L’archevêque de Reims (Henry, qui a quitté Beauvais), plein d’estime pour Pierre de Celle, et désirant l’avoir auprès de lui, le propose aux religieux. " La renommée de cet abbé fixa leur attention, et, d’une voix unanime, ils le nommèrent leur supérieur, sa bienfaisance lui méritant les regrets de tous ses diocésains. "

Dans ses moments de loisir, Pierre de Celle fait un grand nombre de sermons : 94 sont édités en 1671, dont 9 ont été prêchés dans des synodes, deux sur saint Bernard. Il compose divers ouvrages : des Traités de morale et de mysticité, des Traités ascétiques et un grand nombre de Lettres, écrites à tous les personnages célèbres de son époque, qui sont publiées en 1613.

Sous l'égide de Pierre de Celle eut lieu la réorganisation architecturale et l'agrandissement du cloître Saint-Rémi à Reims. Afin de créer de la place pour accueillir les nombreux groupes de pèlerins, le vieux portail roman fut démoli et remplacé par un nouveau, de style gothique. La nef fut prolongée en outre de deux travées voûtées. La particularité stylistique d'un triforium sans fenêtre caractérise de façon typique cette phase de construction. Désormais, également, un nouveau chœur plus profond avec un déambulatoire et cinq absides, remplaçait le vieux bâtiment du chœur, construit en style champenois. Si l'on fait abstraction des graves dommages causés par la Seconde Guerre mondiale, Saint-Rémi se présente toujours sous la même forme architecturale que celle qu'avait imaginée autrefois Pierre de Celle.

La réputation que le célèbre Pierre de Celle s’est acquise dans son temps lui donne un des premiers rangs parmi les écrivains du XII° siècle... Animé d’un saint zèle, on l’a vu exciter les premiers pasteurs à sévir contre les maux de l’église, et particulièrement contre l’avarice et l’impureté des ministres contre la simonie et les autres pestes de son temps... "  

 

 En 1182 la vie du vieil l'abbé connaît une nouvelle fois une tournure surprenante. Depuis plusieurs années déjà il souffre de graves maladies, des calculs rénaux accompagnés de goutte. Il n'en est pas moins appelé à succéder sur le siège de Chartres, à son ami Jean de Salisbury qui était mort en octobre 1180 et le pape Lucius III approuve la nomination. Après son élection, Pierre se met au travail avec énergie : à ses frais il fait entourer Chartres d'un mur fortifié, ce qui lui vaut la reconnaissance des habitants. Mais il ne lui est pas permis de rester longtemps comme primat de la cathédrale de Chartres.

Le 19 février 1183, l'ancien abbé meurt des suites d'une brève maladie.

Il est inhumé, comme ses prédécesseurs, dans la crypte de l’abbaye de Josaphat, aux côtés de Jean de Salisbury, avec cette épitaphe :

Il a tâché d’orner la ville en toutes sortes,

Lui laissant du pavé et des murailles fortes:

Aussi fut-il du peuple aimé si chèrement

Qu’il lui baisa les pieds à son enterrement. "

 

 

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