Les Crimes


Affaire Legras à Villenauxe. Le voleur traîne sa victime en justice

Avril 1978 : les habitants de Villenauxe et de la région expriment leur opinion unanime, avant même la réunion de la chambre correctionnelle de Troyes. Avec force, ils affirment leur soutien à l’accusé. " Vous savez, cette affaire nous a tous bouleversés dans le village", conte M. Delahaye, maire honoraire de Villenauxe et conseiller général de l’Aube. J’ai été moi-même atterré quand j’ai appris l’inculpation de M/. Legras et j’ai décidé de faire une pétition. Mais je n’ai pas eu besoin de la faire circuler ! Avant même de lancer un appel pour le comité de soutien avec les maires des communes voisines, des gens sont venus faire la queue dans notre petite mairie pour apposer leur signature et montrer leur solidarité avec le garagiste. Jugez-en : notre bourgade compte 1845 habitants. Eh bien, 1002 d’entre eux ont tenu à manifester leur révolte contre l’inculpation dont M. Legras est l’objet. Dans les trois cantons, 5786 signatures ont été recueillies. Un record ! Et ce n’est pas tout ! Sur notre action, s’est greffée le mouvement " Légitime défense " qui fait imprimer des affiches en faveur de notre concitoyen. Nous recevons chaque matin des lettres provenant des quatre coins de la France, réclamant l’acquittement pur et simple de celui qui, bien que victime non pas d’un seul, mais de treize vols, se retrouvera le 25 avril sur le banc d’infamie ! ».

 

Le 22 novembre 1976 : " … Mais, il n’y a rien à piquer ici ! ". Deux hommes s’avancent dans la pièce : des murs nus, le carrelage dépourvu de tapis, pas un tableau, pas un siège, pas un bibelot ! Il règne un silence angoissant dans cette villa à Courtavant, non loin de Villenauxe. " Dis, René, on file ? J’ai peur… souffle l’un des cambrioleurs. T’as vu les pancartes au dehors :"Danger de mort", qu’il y avait écrit ! Alors, tu crois pas que… ". " De la frime ! Allez on va fouiller la baraque, on finira par trouver quelque chose ! ". Les armoires sont vides, les lits sans matelas ! Les voleurs dans le garage, tombent en arrêt devant un placard dont la serrure résiste : " C’est fermé à clef ! s’exclame René. Tu vois, j’avais raison ! Il y a peut-être un trésor, là-dedans ! ". La porte s’ouvre. Rien. Ou plutôt si, un vieux transistor : " Ben, dis-donc, c’est pas une affaire ! Il date au moins de 15 ans ! On l’emporte, c’est toujours ça ! " René se saisit de l’appareil : " Regarde au moins s’il marche ", murmure l’autre. Son acolyte tourne le bouton…Une explosion… la souffrance, l’affolement… René gît à terre dans une mare de sang. Son complice, à moitié aveugle, s’enfuit hors de la maison. Quelques minutes plus tard, il conte son aventure à la gendarmerie. " On voulait simplement piquer deux ou trois trucs… ". Les pompiers arrivent à la villa Texas City, et découvrent un homme sur le sol du garage, le ventre déchiqueté. Il décède durant son transport à l’hôpital. C’est René Vermeulen, un bûcheron connu des services de police pour divers larcins. Le rescapé, c’est André Rousseau, bûcheron à l’occasion. Il a perdu la vue de son œil gauche. Le Parquet de Troyes procéde à une enquête. Lionel Legras, propriétaire de Texas City est convoqué et interrogé. Deux jours plus tard, la victime du vol est inculpée de blessures et d’homicide involontaire. Alors, dans la région, c’est l’émoi, et à Villenauxe, où le prévenu garagiste, jouit de l’estime et de la sympathie de tous ses concitoyens. Ce 25 novembre 1976, commence, une affaire qui, pendant des mois, va bouleverser l’existence de cette bourgade, au centre de laquelle un homme se défend : " Je ne voulais tuer personne. Je désirais faire peur, donner une leçon… sans doute, ai-je mal dosé la poudre d’explosif dans le transistor. Si vous aviez été cambriolé 12 fois comme moi, vous auriez peut-être décidé aussi de réagir. Tout a commencé en 1966. Je m’installe dans une villa que j’ai construite de mes propres mains dans la forêt de Courtavant. Un soir d’avril, nous avons été cambriolés. On avait volé des tableaux, de la vaisselle, des rideaux… J’ai porté plainte à la gendarmerie, j’ai renforcé les serrures. Les voleurs n’ont pas été retrouvés. Le 19 mai 1967, je suis visité une seconde fois. Le poste de télévision, la literie, la vaisselle disparaissent ! Le 10 juillet 1969, on vole notre linge, des tableaux, des appareils ménagers. Début 1971, je prends un garage à Villenauxe et m’installe dans un appartement. Je me rends à la villa de Courtavant chaque week-end. Je remeuble la maison. Les vols reprennent, et toujours impunis. Mai 1972, je suis visité, puis le 14 mars 1973, le 10 mai 1974, le 23 décembre 1974, le 25 février 1975, le 20 juillet 1975, en juin 1976, et, le 2 novembre 1976, ma maison est cambriolée une douzième fois ! Je décide de me protéger. Je piége un appareil radio avec de la poudre à canon. Je voulais que cela serve d’avertissement, que les éventuels visiteurs se retrouvent derrière les verrous. Je ne pensais pas que la décharge serait mortelle. D’ailleurs, j’ai caché le transistor dans une armoire fermée à clef, j’ai placé devant Texas City des pancartes où j’avais peint des inscriptions "Attention ! Pièges à feu !" ou "Danger de mort !". Le 22 novembre 1976, il a fallu que ces individus pénètrent dans la villa, ouvrent le placard… Je reste persuadé de mon bon droit ". Le voleur André Rousseau se porte partie civile. A la veille de paraître devant les juges, Lionel Legras demeure sûr de son bon droit. Il est défendu par Maître Garaud, brillant avocat au barreau de Paris. Si l’on s’en tient à l’article 319 du code pénal, M. Legras risque une peine de prison comprise entre 3 mois et 2 ans et une amende de 1.000 à 20.000 f, sans compter les dommages et intérêts réclamés à grands cris par son treizième cambrioleur !

En mai 1976, le tribunal correctionnel de Troyes condamne Lionel Legras à 8 mois de prison avec sursis pour blessures et homicides involontaires. La toute nouvelle association Légitime Défense prend son dossier en main.

         Avril 1978, une foule emplit le tribunal, manifestant son soutien à l’inculpé. Les magistrats évoquent le grave et délicat problème de la légitime défense.  

          Après 1 h 35 de délibérés, M. Legras est acquitté  !

 

 

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