Places, quartiers...



Chaillouet " écart de Troyes"


 

Le quartier de Chaillouet, c’est ce qui reste du hameau de ce nom qui était situé au nord-est de la ville de Troyes quand celle-ci, au moyen âge, s’arrêtait dans cette direction aux limites de la cité romaine : la rivière du moulin de la Tour et le canal de Meldançon. Son finage rejoignait au nord les prairies qu’arrose la fontaine de la Vacherie dans la dernière partie de son cours. Au nord-est, englobant les prairies dites les Ecrevolles, il touchait au finage de Pont-Hubert et au Labourat. A l’est, il s’étendait sur les 2 côtés du faubourg Saint-Jacques. Au midi, il devait être limité d’avec le Pré-l’Evêque, soit par la voie romaine dont un fragment a été constaté dans la petite rue de Jousselin, soit par la rue de Gournay, de semblable origine, toutes deux apparemment créées afin de raccorder la porte des Oursiers, placée sur le Meldançon dans sa traversée sous la rue de la cité, avec le pont de pierre qui jadis, tout contre le prieuré de Foicy, permettait le passage de la Seine et mettait la ville en communication avec l’extérieur.

 

La partie de Chaillouet qui est située au sud de la rue Kléber et du faubourg Saint-Jacques était autrefois plantée en vigne et appelée le « clos Saint-Loup », parce qu’il appartenait à l’abbaye de ce nom.

 

         Afin de bien comprendre l’aspect ancien de Chaillouet, il faut se rappeler que le rû des Cailles, ainsi que le bras artificiel de Seine qui sépare de façon si tranchée la ville de sa banlieue, depuis le boulevard Danton jusqu’à l’entrée du Vouldy, en passant par le grand pont de Saint-Jacques, n’existaient pas à l’origine : ils ont été creusés, le premier au XII° siècle, le second sous Thibaut IV, comte de Champagne, au XIII° siècle, comme fossés de défense, et tout le quartier de Chaillouet était d’un seul tenant depuis Meldançon d’abord, ensuite depuis Saint-Martin-ès-Aires et le rû des Cailles jusqu’à la rue aux Moines et à la rivière de l’Ecrevolle.

 

En 1430, comme on travaillait toujours aux fortifications, surtout au quartier de Saint-Jacques, la ville s’empara d’une partie des vignes de Chaillouet, appartenant au chapitre de Saint-Pierre, pour le besoin des fortifications.

 

Le territoire de Chaillouet, qui est rattaché au point de vue religieux à la paroisse Saint-Nizier, et administrativement au premier canton de Troyes, était habité aux temps gallo-romains. Témoin la trouvaille qui eut lieu d’un trésor au moyen âge ; témoin celles faites, en 1702, à l’entrée du canal de navigation qui s’ouvrait dans la Seine en face du n° 21 du cours Jacquin, des restes d’un grand fourneau, de creusets, de coins monétaires, de monnaies de Trajan et d’Hadrien, le tout mélangé de scories et de cendres : en mai 1720, dans le jardin d’un chanoine de la cathédrale, d’un pot renfermant 212 pièces d’or des 1er et 2ème siècles de notre ère ; en 1740, au cours de la destruction d’un cavalier de terre qui défendait la porte Saint-Jacques, de nombreuses médailles d’Hadrien ; en 1838, 1839, 1846, 1855, par le sieur Benoist, de plusieurs médailles romaines et de flûtes antiques dans la propriété portant le n° 7 du faubourg Saint-Jacques, où l’on avait déjà ramassé de nombreux objets anciens mélangés à des cendres. La « Vigne du Trésor » continuait de justifier son nom. La présence de ces diverses cachettes de monnaies et des vestiges accumulés dans le quartier ont permis d’apprendre que la ville fut ravagée par les légionnaires de Maternus, en l’an 189 ou 190, au cours de la « guerre des déserteurs ».

 

Historiquement, Chaillouet est connu depuis l’an 1171. Son nom qui désigne un terrain grèveux, caillouteux, se rencontre sous diverses formes : en 1171 Chailloel, en 1181 Chaloel, en 1221 et 1350 Chailloel, en 1230 Chalouel, en 1251 Chailloelio, en 1305 Challoellum, en 1447 Chaillouel, en 1424 Chailloure. Au XVII° siècle apparaît l’orthographe actuelle, ce qui n’empêche pas de retrouver au XVIII° celles de Chalioit et de Chailloy, dues à des scribes qui écrivaient comme ils parlaient.

 

Ce nom fut porté en raison de la proximité, dès 1171, par le moulin voisin, « molendinis de Challoel » où l’on faisait aux XV° et XVI° siècles, de la farine et du papier (ce fut ensuite les Moulins-Brûlés depuis qu’en 1429 fut « ars et démoly du fait de la guerre ») ; par l’une des portes secondaires de la ville, située devant les rues Saint-Lambert et Charlemagne actuelles, au bord du fossé d’enceinte. La « porte de Challoel », bâtie au XII° siècle, est mentionnée sur des titres de 1385 et de 1409 et sur le plan gravé par Parizot en 1697. Elle conduisait au quartier des Tauxelles, au moulin « en Chaillouet » ; par la croix de Chaillouet, mentionnée en 1251 ; par la portion des fossés de la ville qui en était proche : « du poisson des fossés de Chaillouet » ; par le pont de Chaillouet, construit en 1498 ; par l’une des 54 tours qui défendaient la ville au XVI° siècle ; par la rue actuelle de Saint-Lambert, dite au XVIII° siècle, rue du « Petit Chaillouet », nom d’une enseigne, alors que le « Hault Chaillouet », en 1609, désignait une contrée de la rue aux Moines ; par le mail dit de Chaillouet, ensuite mail de Saint-Jacques, maintenant Cours Jacquin ; par la rue et la petite rue de Chaillouet, qui coupent le quartier dont elles tirent leur nom. La rue de Chaillouet figurant sur le plan de 1697, dut être coupée par le canal de navigation. Sur le plan cadastral de 1832, elle porte le nom de « ruelle de Chaillouet », et en 1856, on l’appelle « rue ».

 

Chaillouet fut choisi pour être le siège d’une des 11 mairies royales créées, vers la fin du XIII° siècle, dans l’étendue de la prévôté de Troyes. Sa juridiction s’étendait alors sur Baire, Belley, Chaillouet, l’Etang-Mercier, la Grève, le Labourat, la Moline, Panais, le Petit-Saint-Jacques, Pont-Barse, le Pré-l’Evêque, Ruvigny, Saint-Parres-aux-Tertres, le Tertre, Thennelières et la Vacherie, soit une grande partie de la banlieue troyenne du côté de l’est. Un juge mayeur royal et un lieutenant furent établis en cette mairie par lettres d’Henri III datées de mars 1582. En 1778, la justice de Chaillouet ne comprenait plus que les maisons bâties dans l’espace renfermé par les Moulins-Brûlés jusqu’à la croix de fer de Saint-Jacques.

 

Chaillouet fut également, mais fort tard, le siège d’une petite seigneurie vers 1639. Son premier titulaire est Pierre Le Noble, président et lieutenant aux baillage et présidial de Troyes, époux de Simone de Mesgrigny. En 1668, c’était Edouard Denis de la Noue, sieur de Pouilly, conseiller d’état. De 1686 à 1714, François Denis, conseiller du roi, trésorier général de France au bureau des finances de la généralité de Paris.

 

Charles le Chauve, lors de son séjour à Troyes en 8401, donna à l’abbaye Saint-Loup la vigne dite « du Trésor », située « en Chaillouet ». La possession fut confirmée par Henri le Libéral en 1161. En 1430, on prit une partie des vignes qu’y possédait le chapitre Saint-Pierre, pour renforcer les fortifications de la ville. L’abbaye de Saint-Martin-ès-Aires possédait 3 arpents de vigne « en Chaillouet », et sa cave, en 1649, renfermait « 15 muids et feuillette » de vin de ce vignoble. Elle y avait aussi un « jardin de Chilloel » que Raoul le Teutonique lui avait donné en1245.

 

 Il y avait une maison digne d’attirer l’attention, située rue du Chapitre, englobée dans la fabrique d’aiguilles de M. Lebocey dite « Usine de Chaillouet ». Datant du début du XVII° siècle et ayant gardé le caractère de son époque, elle doit encore plus sa renommée à diverses traditions, dont l’une en fait un des locaux où, sous la Terreur, les prêtres réfractaires disaient les messes en cachette. Une autre tradition en fait « la maison du bourreau », et c’est sous ce nom qu’elle figure dans l’« Almanach du Petit Troyen » pour 1922.

 

Une inondation pendant l’été 1697 causa « énormément de dommages aux maisons, terres, emblaves, chaussées, bestiaux et arbres du quartier de Chaillouet ». Elle ne laissa notamment, selon un rapport officiel, que « 5 maisons sur 52 que contenaient les quartiers des Tauxelles et de Chaillouet. Encore, les 5 restant avaient dû être étayées, n’attendant que l’hiver pour tomber ».

 

       Bien entendu, nous ne pouvons oublier l’important dépôt monétaire de l’empire romain d’occident mis à jour dans le monde : le trésor monétaire de la villa gallo-romaine de Chaillouet, découvert à Troyes en 1995, lors de fouilles : une amphore remplie de 186.200 pièces de monnaie : 102 kilos de pièces de cuivre de type Antoniniami, de 11 à 19 m/m de diamètre et de 0.3 à 2 m/m d’épaisseur, à l’état de conservation excellent et degré d’usure limité.

 

TRESOR DE CHAILLOUET
TRESOR DE CHAILLOUET

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