Les Crimes


Un homme et une femme, des monstres


Peu à peu, au fil des ans – et des grossesses de Gisèle Klein – l’aspect de l’antique demeure se transforme.

A coup sûr, elle aurait eu bientôt fort belle allure si Pierre Klein n’avait été brusquement privé de liberté. En avril 1961, le couple monstrueux en est à son quatrième enfant. Près de 3 ans après Jacky est née Micheline. Mais l’infortunée petite fille est morte à 9 mois, d’une crise d’entérite. Gilbert le n° 3, vient au monde le 21 août 1949. Il est aujourd’hui pupille de l’Assistance publique. C’est à sa petite sœur Françoise, née 16 mois après lui, et au rapport de Mlle Samson, qu’il doit d’avoir la vie sauve.

L’enquête administrative confiée à l’assistante sociale a en effet, été provoquée par l’état alarmant de la petite fille. Les médecins de l’hôpital ont découvert avec stupeur qu’elle porte une fracture du crâne et que son corps est couvert d’hématomes et d’ecchymoses ! Sommée d’expliquer l’origine de cette fracture du crâne, Gisèle Klein répond à Mlle Samson que Jacky, ayant voulu porter sa petite sœur, l’a laissé tomber sur le pavé. En ce qui concerne les bleus, elle est muette. Aujourd’hui, Françoise vit, mais elle restera aveugle et paralysée pour le reste de ses jours !

L’assistante sociale, lors de son passage, remarque que Jacky grelotte " de froid ou de peur ? " s’interroge-t-elle. Elle observe aussi que son menton est barré par une profonde cicatrice. La mère, un instant sortie, elle interroge l’enfant à ce sujet. Et le gosse laisse tomber ces mots affreux : " C’est elle qui m’a fait ça ! ". Elle, la mégère, la marâtre, " dont le psychisme nous échappe ", dit le rapport d’enquête. Elle, que les femmes du cru appellent la Crasseuse. Puis, Mlle Samson avise Gilbert couché à plat ventre dans un petit lit sans drap et aux couvertures douteuses. Elle le remet sur le dos et recule stupéfaite : le visage de l’enfant est bleu : des filets de sang séché émaillent ses joues creuses. " Il a de l’eczéma et il se gratte ", explique sa mère. " Et ces coups ? ". " Il a voulu passer la tête entre les barreaux de son lit…".

Ce nouveau petit martyr est confié à la Direction départementale de la population, mais la justice attend encore plus d’un an avant de se décider à sévir.

Contre-enquêtes, nouveaux rapports, avis favorables, avis défavorables, examens médicaux…

Et le tout va former un dossier. LE DOSSIER ! Mot sacro-saint ! Fondement intangible des institutions démocratiques. La lente constitution du dossier. Hélas, pendant cette lente constitution, des enfants meurent. Ainsi Jacky, qui rend le dernier soupir le 5 août 1951, mortellement atteint par les tortures et les privations, achevé par la diphtérie.

Enfin, en juin 1952, Pierre et Gisèle Klein sont respectivement condamnés à 2 mois de prison ferme et à 13 mois par défaut.

Pourquoi par défaut ? Parce que la marâtre se trouve de nouveau enceinte.

Effectivement, le 2 septembre 1952, elle accouche d’une petite fille : Annick, qui connaîtra un sort favorisé. Sa mère ayant été hospitalisée pour une déviation de la colonne vertébrale, l’enfant est placé en nourrice chez Mme Regnault, à Saint-André-les-Vergers. Annick devient alors une petite fille aussi jolie que resplendissante de santé. A ce propos d’ailleurs, Mlle Samson écrit avec une implacable concision : " Les enfants Klein soustraits au milieu familial se portent bien, tandis que meurent ceux élevés chez leurs parents.".

En octobre 1953, 6° naissance en la personne de Chantal, qui retourne au royaume des ombres 6 mois plus tard. D’une diarrhée verte, selon un médecin de campagne. Seulement, le petit corps est exhumé, et un médecin légiste parisien déclare que Chantal avait les 2 jambes cassées et 4 côtes enfoncées quand elle expira…

Pourquoi cette autopsie, du reste ? Parce qu’une infirmière de Troyes s’est étonnée, en janvier, de découvrir que la petite Jocelyne Klein, 7° et dernière-née, âgée de 3 mois, était couverte d’ecchymoses, de sang séché, qu’elle avait le bras droit cassé et que son cou et son visage étaient striés de coups d’ongles. La justice de nouveau est alertée. Elle s’est vivement émue de constater que 3 sur 7 des enfants Klein étaient morts, que 2 se trouvent dans un état physique extrêmement douloureux, à la suite des coups reçus, et que les 2 qui sont en bonne santé se trouvent être ceux qu’on a arrachés très tôt à leur famille.

Une information est ouverte. M. le juge d’instruction David ordonne l’autopsie de Chantal et commet les officiers de la XII° Brigade mobile de Reims d’effectuer l’enquête. Menée tambour battant, celle-ci aboutit bientôt à l’arrestation des époux Klein. La nuit suivante, ils avouent.

Tristes aveux…" Mon mari me bat, déclare Gisèle Klein, parce que les gosses crient et que ça l’énerve. Alors, pour ne pas " dérouiller ", j’essaie de faire taire les petits en leur cognant dessus à mon tour ". Elle marque un temps, elle pleurniche un petit peu, puis elle ajoute, avec une franchise dont l’énormité force la vraisemblance : " Pour tout dire, les enfants, on ne les aime pas beaucoup ! ". 

 

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