C'est notre histoire



Adjudant-Chef Vothelin



Le capitaine Driant (voir Colonel Driant), dans son livre « La Guerre Fatale », au chapitre du débarquement sur la terre britannique, écrit : « Le sergent Vothelin dépassa son camarade dans un galop furieux… Ah ! non, mon gaillard, après moi s’il vous plait… Et d’un bond, le vigoureux garçon, rompu à tous les exercices du corps, fut en haut du talus : une balle lui enleva le képi ; il se retourna, jeta un cri de triomphe en agitant son arme comme pour attester à la face du Drapeau qu’il abordait le premier le sol anglais et résolument reprit vers le fort sa course bondissante… Le sergent allait franchir le redoutable passage, insouciant du danger, ne le voyant d’ailleurs pas : il était bien le soldat français, le Gaulois ne craignant rien en fonçant devant lui comme un boulet… ».

Et dans « Robinsons sous-marins », Driant, au cours de la description d’une attaque allemande qui rappelle singulièrement celle de Verdun en 1916, écrit : « Près de moi, des chasseurs à pied tirent sans arrêt, couchés dans les sillons. Derrière eux des sous-officiers courent, baissant le dos pour indiquer des objectifs, rectifier les hausses ; je reconnais une figure amie et l’appelle : Vothelin !... ».

Vothelin ? Les vieux Troyens n’ont pas oublié l’adjudant Vothelin, parcourant nos rues à pied ou à bicyclette d’une allure martiale, « son bouc de chasseur en bataille » (il le coupa par la suite). Il se montrait très fier d’avoir été le maître de gymnastique des enfants du Commandant Driant, quand sa famille habitait Troyes. Et la fille aînée de ce dernier, Madame Henri de Rauglaudre s’en est toujours souvenu.

Quand le 1er Bataillon de Chasseurs à pied quitta Troyes en 1912, Vothelin ne voulut pas abandonner notre ville. Il prit sa retraite pour s’installer dans une salle de l’Hôtel Vauluisant, à gauche du musée actuel, au 1er étage. C’était un professeur de gymnastique et de boxe, un maître d’armes à juste titre réputé, car il connaissait son métier et était d’une conscience scrupuleuse.

Rappelé au service en août 1914, au 41° Bataillon, il fut commotionné par un obus en Alsace, dans les tout premiers jours de la guerre. C’est dans le Dauphiné, près de Grenoble qu’il fut d’abord soigné, à l’Hôpital auxiliaire, dit de la Grande Fabrique, dont le docteur Dumarest était le médecin-chef. Vothelin donnait des leçons de gymnastique aux petits-enfants du docteur dont, 10 ans après, l’aînée des petites filles devint Troyenne par son mariage. Puis, boitant d’une jambe, il revint finir la guerre à l’Hôpital auxiliaire n°2 de la Société de Secours aux Blessés militaires dit « des Jacobins », parce qu’installé dans l’école de filles occupant l’emplacement du Couvent.

Là, il retrouve son zèle d’adjudant pour appliquer auprès des blessés et convalescents la plus stricte discipline.  Il exerçait également ses talents pour la rééducation par la mécanothérapie des blessés au Dépôt de Physiothérapie de la Chapelle-Saint-Luc. Ses subordonnés et les infirmières le connaissaient sous le surnom de « Boum-Boum ». Avec un humour plein de malice, ils firent paraître dans un numéro de juin 1916 du « Bulletin du 37° R.I., l’annonce ci-dessous :

 

        Vothelin se maintint à ce poste jusqu’à l’Armistice et reprit ensuite sa salle d’armes de Vauluisant avec un succès toujours grandissant.

 

« Ce fut  à coup sûr un brave homme plein de cœur sous des apparences un peu rudes, estimé et aimé de ses élèves » qui déplorèrent sa fin tragique : un jour de pluie, à bicyclette, il dérapa sur le pavé troyen et roula sous les roues d’un camion.

 

L’adjudant-chef Vothelin était une figure bien troyenne et n’a jamais été remplacé !

 

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