Saints de l'Aube



Sainte Asceline


 

A peu de distance de Lentilles et de Valentigny, se trouve le hameau de Boulancourt. En 1095, des chanoines réguliers de Saint-Pierre-Mont (du diocèse de Metz), y fondèrent un établissement qui devint abbaye en 1141. Peu après, l’évêque de Troyes, Henri de Carenthie, un ancien religieux de Morimond, offrit ce couvent à saint Bernard qui en fit en mars 1150, la 59° fille de Clairvaux. Le monastère fut ruiné en 1157 par Roger d’Orge et son frère Bernard, irrités de ce que Guy de Maizières, leur père, eut, donné ses meilleurs biens à l’abbaye. Le mal fut rapidement réparé par de généreuses donations si bien qu’on y comptait 200 moines. Une ordonnance de saint Bernard prescrivit de réduire ce nombre à 160. La guerre de Cent ans le laissa 20 ans inhabité, et les vocations se raréfièrent. Lorsque dom Martène le visita en 1717, il ne trouva que 5 religieux. Il ne pouvait que périr à la Révolution et il n’en subsiste à peu près rien. A 1 kilomètre de là s’était établi un monastère de femmes qui porta le nom de « Lieu des Dames de Boulancourt ». Ce fut plus tard un couvent de Cisterciennes. Cet établissement disparut assez rapidement et n’a pas laissé de traces. Il est cependant célèbre par la présence de sainte Asceline. Ses reliques étaient  exposées à Boulancourt, transportées au monastère masculin après la destruction de l’autre et unies à celles  de saint Gossuin et de sainte Emeline. Sa vie a été écrite par le dit Gossuin qu’on savait avoir été moine de Clairvaux, puis de Boulancourt.

 

L’an du Seigneur 1184, dans la maison des moniales située près de Boulancourt, sous la direction de ces religieux, « a fleuri Asceline, une vierge du Christ, prieure de ce lieu. La mère de cette Asceline était parente de saint Bernard et de Godefroid, évêque de Langres, elle était originaire de Ville-sous-Laferté. Mariée depuis 30 ans à un homme, elle demanda au Seigneur de daigner la soustraire à son pouvoir ainsi qu’à tout ce qui pouvait s’opposer à son salut éternel. Le mari mourut, laissant une fille de 5 ans, et la mère se soumit aux conseils de saint Bernard. La jeune Asceline, n’ayant encore que 5 ans, demanda secrètement au Seigneur de conserver sa virginité, ce qui ne manqua pas d’exciter l’admiration. Quand sa mère était enceinte, elle entendit d’un homme qui lui apparut en habit blanc, de quel mérite auprès de Dieu serait la fille qu’elle portait. Sainte Glodescinde de Metz apparut à la mère et lui dit : « Ta fille sans aucun doute me sera comparable en mérites ». Si Asceline, encore petite, dérobait une aiguille ou un morceau de fromage, elle se sentait tirée par son habit et s’entendait dire : « Pourquoi agir ainsi ? Arrête, arrête, cela ne te convient pas », et cependant elle ne voyait personne. A l’âge de 10 ans, elle commença d’avoir des visions, et des saints se mirent à lui apparaître.

 

La mère et la fille se retirèrent bientôt à Boulancourt chez les chanoinesses et y vécurent saintement. Les religieuses s’occupaient dans la cour de leur maison à fabriquer des chandelles et des cierges. Mais, comme chacun sait, le diable est partout, même dans les couvents. « Ce fouron infernal et larron de pudicité, raconte Des Guerrois, suscita tacitement l’esprit charnel d’un jeune muguet pour assaillir la sainte ». Se donnant pour un clerc, le garçon faisait le beau auprès de la jeune fille et abusait de sa simplicité. Pour l’attirer davantage, il lui promit de lui donner des leçons particulières de lecture et de chant. Comme il ne pouvait lui parler longtemps, il lui envoie des lettres et des poèmes. Il la retrouve et lui avoue son amour. Elle, simple comme une colombe, lui dit : « Si tu veux bien changer d’habit et devenir chanoine, je t’aimerai ». Ce damné à l’instant change d’habit mais pas de cœur. Pendant 3 mois le loup se cache en brebis dans le couvent. Mais un lépreux est envoyé du ciel à Asceline et lui dévoile les ruses du clerc : « Ma fille, prends garde, le diable te tend un piège et cherche à te corrompre par lui ». Troublée, elle rapporte ces mots à sa mère. On cherche le lépreux sans le retrouver. On croit que ce fut une vision d’ange. Démasqué, le garçon rentre dans le monde et dépose l’habit.

 

La mère se rendit avec sa fille auprès d’un saint prêtre. Il leur enseigna une manière de vivre et elles se transportèrent bientôt dans un lieu désert. Asceline se munit de ciseaux et de ses propres mains coupa ses cheveux qui tombaient encore sur ses épaules. La jeune fille priait à la messe du prêtre : « Seigneur, rends-moi telle par la grâce que tu veux que je sois ». Saint Jean l’évangéliste apparaissant au prêtre lui recommanda la jeune fille comme le Christ lui avait recommandé sa mère, afin qu’il l’instruisit dans l’amour et la crainte de Dieu. Un autre jour, comme elles se rendaient chez le même prêtre, les portes de l’église furent divinement ouvertes quand elle dit : « Seigneur, si tu daignes me compter parmi tes vierges, accorde-nous avec bienveillance que l’entrée nous soit permise », ce qui fut fait. Elle était assidue à la prière, elle prenait la discipline 7 fois par jour et recevait au moins 80 pénitences (consistait en une génuflexion ou une inclinaison profonde). Elle effaçait la beauté de son visage par la cendre et le jeûne. Un jour, brûlée par des pensées de vanité séculières, elle se jeta nue dans les orties. En cette même région, un frère de bonne réputation qui avait l’esprit de prophétie, annonça que bientôt l’abbaye de Boulancourt changerait d’Ordre. Il dit aussi la bonne renommée d’Asceline et l’envie qu’elle suscitait. Comme elle souffrait de l’apostasie du clerc, dont elle paraissait être la cause, et qu’elle en gémissait profondément, elle chanta 100 psaumes pour que le Seigneur daignât lui montrer si elle devait encore être comptée parmi les vierges du Christ. Lui apparaissant, saint Jean l’évangéliste lui dit : « Sois ferme, ma fille, et sois certaine que tu trouveras place et récompense parmi les vierges du Christ ». Elle consulta aussi saint Bernard à ce sujet et il lui fit la même réponse. Elle était âgée de 28 ans quand elle portait de rudes instruments de pénitence sur sa chair et prenait 14 disciplines par jour. C’est alors que l’abbaye de Boulancourt entra dans l’Ordre cistercien. De la permission de saint Bernard, la mère et la fille se transférèrent au monastère de Poulangy. Asceline illumina toutes les sœurs par son exemple. L’abbesse était Adeline, nièce de l’abbé de Clairvaux. Asceline avait reçu une telle grâce du Seigneur qu’elle avait creusé devant l’autel un petit trou et elle n’arrêtait pas sa prière que ce trou ne fût rempli de ses larmes. Elle fut nommée portière ou sacristine du couvent et il lui fut dit du Ciel que les larmes sortant de l’affection du cœur purifient l’homme à la manière du baptême, de telle manière cependant qu’il ne revienne pas aux vanités. Elle chantait chaque jour et chaque nuit debout, le psautier intégral. Le vendredi, le samedi et le dimanche et les jours de 12 lectures à l’office, elle disait 2 psautiers quotidiens et 300 « Ave Maria », 1.000 le samedi. De même, 1.000 à toutes les solennités de la Vierge Marie et chaque jour de leurs octaves, ainsi que 7 psautiers de la Vierge. Au moins 200 pénitences par jour, et elle prenait la discipline pendant la durée de 30  psaumes. Une femme qui gênait Asceline au temps de la prière, tomba mortellement malade. Une fois, raconte Gossuin, elle me dit : « Tu es bien répréhensible si tu ne gardes pas constamment le Seigneur en mémoire. Je ne suis consciente d’aucun bien, sinon que j’ai toujours le Seigneur en mémoire ». Durant le temps de l’Avent, à cause de la loi rigoureuse du silence, elle n’adressa pas la parole à une comtesse fille du roi de France. Elle reçut du ciel l’ordre de déposer son cilice depuis sexte du samedi jusqu’à none du dimanche, car alors les âmes des défunts en purgatoire se reposent. A cause de l’extrême ferveur de son esprit elle sentit comme un globe de feu brûler ses entrailles. Un jour, elle souffrait tellement du désir de Dieu que le sang lui jaillit de la bouche et d’autres parties du corps. Elle désira souvent que sa vie prenne fin par le martyre.

 

Elle fut si ancrée dans la chasteté qu’elle confessa ne pas se souvenir d’avoir jamais ressenti la moindre tentation charnelle, ni d’avoir fait de mauvais rêve de toute sa vie. Il lui arriva fréquemment qu’une colombe la conduisit lorsqu’elle descendait du dortoir pour la prière. Une fois elle courut vers un grand incendie une croix à la main et à son arrivée, le feu s’éteignit. Saint Bernard lui apparut la nuit de sa mort disant qu’il avait quitté cette vie, et aussitôt il entra au ciel sous la forme d’une colombe. Notre-Dame et saint Jean persuadèrent la mère et la fille de retourner à Boulancourt. Comme le diable essayait de tenter un moine du monastère des Vallées bien religieux d’abandonner son Ordre et d’embrasser une vie plus austère, la servante de Dieu lui manifesta que c’était une illusion et lui ordonna de refuser ce propos, car elle avait vu le diable le lui suggérer à l’oreille. Une pauvre religieuse des Vallées était tourmentée la nuit d’un malin esprit qui lui faisait violence. Le sire de Joinville informé, fit appeler Asceline qui apprit à la sœur à bien dire l’« Ave Maria » et elle fut libérée. Une femme dont le mari était parti en pèlerinage à Compostelle était tourmentée par un démon incube bien qu’elle ne succombât pas à la tentation. Asceline l’en libéra aussitôt. Une femme de Cologne était possédée depuis 15 ans d’un esprit infernal : « Tantôt la torturait au bras, tantôt la faisait bramer, tantôt lui roulait la langue et les yeux, tantôt lui tournait la tête d’une façon épouvantable signamment il faisait sa retraite dans la jambe de la pauvrette ». Elle demanda à son archevêque de la libérer. Le diable répondit à l’exorciste qu’il ne sortirait qu’en présence d’Asceline. Elle vint donc sur les bords du Rhin et chassa le diable. Ce fut pour elle l’occasion d’augmenter sa dévotion à sainte Ursule et à ses 11.000 saintes compagnes dont certaines lui apparurent et dont elle eut soin d’emporter quelques reliques à Boulancourt. Au retour elle passa par le monastère de Lacey au diocèse de Trêves. Les religieux y détenaient un bras de  saint Jérôme, mais, ayant perdu les documents, ils doutaient de son authenticité. Ils interrogèrent Asceline à son sujet. Elle fit approcher de la relique une femme malade en demandant que, si c’était bien un reste de saint Jérôme, la santé revint à la femme, ce qui advint. Le monastère de Boulancourt détenait les chefs des saintes Foi, Espérance et Charité. Parfois, la bienheureuse les exposait sur l’autel et passait la nuit en prière devant ces reliques. Elle sut la date de sa mort avec un an d’avance. Et quand l’heure approcha elle était toute ravie d’aise si bien que ses sœurs lui demandèrent d’où lui venait cette joie rayonnante. « Qui ne serait bien aise d’aller à Dieu ? répondit-elle. Qui ne serait joyeux de quitter les misères pour jouir des bonheurs éternels ? Posséder Dieu, c’est le vrai contentement ».

 

Sainte Asceline mourut le vendredi de la Pentecôte vers l’an 1195 à l’âge de 74 ans.

 

Quand le Lieu des Dames de Boulancourt disparut, les reliques furent transférées au monastère des hommes avec celles de Gossuin et d’Emeline. Tout a disparu à la Révolution, si ce n’est que quelques reliques parvinrent en 1825 à l’église de Wassy.

 

Il existait à Boulancourt une chapelle de sainte Asceline. La chapelle fut rétablie par le chevalier de Moncey vers 1820, et on célébrait encore le pèlerinage vers 1882.            

 

 

 

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