C'est notre histoire



La place des Aubois dans la colonisation de la Nouvelle France


Port Royal (Canada)
Port Royal (Canada)

Vous connaissez et vous avez dû lire dans le chapitre « Saints de l’Aube : Marguerite Bourgeois », et dans celui des « Aubois très célèbres : Chomedey de Maisonneuve ». Les épopées exemplaires de nos 2 compatriotes sont très connues.

Mais, ce que les Aubois ne savent sans doute pas, c’est que cette aventure canadienne est née chez eux, à l’ombre de leurs clochers. A cette époque, le site de l’Isle-sous-Montréal, endroit de fondation du futur Villemarie, était à l’extrême limite du monde connu, dans un lieu infesté d’Iroquois et complètement isolé du monde civilisé. La seigneurie de Maison-Neuve (devenue de nos jours un écart de la commune de Saint-Benoit-sur-Vanne) était voisine de la baronnie de Maraye-en-Othe et, au départ de Chomedey vers l’Amérique, le titulaire en était une certaine dame Bullion. Tous les Canadiens et les Montréalais en particulier, connaissent ce nom. Madame Bullion fut l’une des plus grandes bienfaitrices de la ville de Montréal à ses débuts. Elle donna des sommes considérables pour la création de l’Hôtel-Dieu de cette ville, et aida financièrement Chomedey. Elle était veuve de Claude de Bullion, surintendant des Finances de Louis XIII, et avait plusieurs biens en Champagne, dont Maraye-en-Othe et une partie de Saint-Sépulcre. Sa mère était la sœur de Nicolas Brûlart, marquis de Sillery, Garde des Sceaux en 1604 et Chancelier de France en 1607. Elle était aussi la sœur de Noël Brûlart, qui passera dans l’Histoire sous le nom de Commandeur de Sillery. Ce Noël Brûlart de Sillery a été plusieurs fois ambassadeur et occupa des postes importants à la Cour (1er écuyer de la reine Marie de Médicis). Après avoir mené une vie assez vagabonde, il décida de devenir prêtre. Entré dans l’Ordre de Malte, rapidement il en fut nommé Commandeur de la maison du Temple de Troyes, de 1601 à 1640. Son activité religieuse à Troyes fut énorme, grâce à son immense fortune bien sûr, mais aussi et surtout à l’amitié que lui portait le grand évêque Troyen René de Breslay. En 1637, il donne de ses propres deniers la somme importante pour l’époque de 13.000 livres et quelques temps plus tard, il donnera encore 20.000 livres, pour aider à l’établissement de missions des Pères Jésuites pour l’éducation des indiens Montagnais. Il y envoya aussi 20 ouvriers de notre région. Il favorisa l’établissement des Ursulines près de la ville de Québec. Autour de ce couvent naîtra un village qui porte encore de nos jours le nom de Sillery, en mémoire du Commandeur du Temple de Troyes.

         Les Brûlart s’intéressaient depuis longtemps à ce nouveau pays outre Atlantique. Nous trouvons en effet le Chancelier Brûlart, le frère du Commandeur, associé très tôt aux efforts du sieur de Mons et de Champlain pour l’installation de Québec. Il interviendra à plusieurs reprises personnellement dans les rapports de Poutrincourt avec les Anglais, puis en 1614, il puisera dans sa cassette personnelle, la somme énorme de 400.000 livres pour sauver du désastre financier la compagnie de marchands Malouins et Rouennais qui sont en train de jeter les bases de la ville de Québec. En 1808, 1809 et 1810, il aidera Poutrincourt à consolider son établissement de Port-Royal en Acadie.

Ce village de Port-Royal fut fondé en 1605, soit 3 ans avant Québec et 37 ans avant Montréal, par un seigneur champenois épris d’aventure : Jean de Biencourt, sieur de Poutrincourt, baron de Saint-Just-en-Champagne. Un commandeur de Saint-Jean-de-Jérusalem de Troyes, Jacques Sarpe, était l’oncle de l’épouse de Jeannet de Biencourt, ancêtre direct de Jean, sieur de Poutrincourt. C’était le premier établissement de type permanent installé en Amérique du Nord. Jean de Biencourt était le fils d’un Capitaine de Bar-sur-Seine. Engagé dans le parti de la Ligue, il affronta directement le roi de Navarre, au travers de ses troupes personnelles. Raison pour laquelle le futur Henri IV tint toujours en haute estime ce jeune capitaine. Il fut nommé par la Ligue, Capitaine de Méry-sur-Seine. Il habitait les terres venues de sa mère : la baronnie de Saint-Just et le domaine de Marcilly, il se disait aussi seigneur de Clesles. Henri IV ayant abjuré, Jean de Biencourt fut l’un des premiers à le rejoindre. Il rencontre Pierre Dugua, seigneur de Mons, qui obtient en 1603, du monarque, une commission pour partir vers les côtes américaines, afin d’y faire selon les termes de l’époque «  un trafic des peaux ». Il partira en 1604, avec le géographe Champlain et le sieur de Poutrincourt qui part pour s’y installer avec les siens. Ce dernier y construit une habitation, un moulin, des abris… Plusieurs expéditions furent montées par Poutrincourt et Pierre Dugua pour consolider ce poste, qui miracle, subsistera jusqu’à nos jours, mais hélas sous le nom anglais d’Annapolis en Nouvelle-Ecosse.

Lors des troubles de la minorité de Lois XIII, Poutrincourt revint en France, laissant en Acadie son fils et d’autres Champenois. Il avait été à nouveau nommé gouverneur de Méry-sur-Seine.

Le premier colon français au Canada est Champenois : Charles Turgis, né à Saint-Just, venu avec son père, sieur de la Tour, amené lui-même par Poutrincourt et un prêtre séculier Jessé Flaucher, né à Lantage près de Chaource, qui sera le premier missionnaire d’Amérique du Nord, qui a eu en charge 60 hommes installés à Port-Royal. Il est le premier à pratiquer des baptêmes massifs au Canada. Dans un premier temps, le 24 juin 1610, ce fut toute la famille du chef, le sagamo Membertou, soit 21 personnes, et en juillet-août, environ une centaine d’indigènes.

Je trouve très intéressant de vous citer, parmi leurs parrains et marraines par procuration, des personnages troyens importants, des grands seigneurs et leurs épouses : le Prince de Condé, le Comte de Soissons, le Duc de Nevers, le duc de Guise, les princes de Joinville et de Tingry, Charles d’Escars évêque de Langres, René de Breslay évêque de Troyes, Louis Largentier baron de Chapelaine, bailli de Troyes, Denis Largentier abbé de Clairvaux, Jean Jacquinot maître des eaux et forêts de Troyes, Roger Praslin baron de Chaource, son père Charles de Choiseul maréchal de France, Louis Bobusse lieutenant criminel à Troyes,  Jean bazin seigneur de Bouilly et de Bercenay procureur à Troyes, Jean de Balatier seigneur de Lantages et toute sa famille, Jean Angenoust sieur d’Avant-les-Marcilly lieutenant général de Troyes, Louis Martin lieutenant-général du marquisat d’Isle Aumont, Jean Mégard chirurgien à Troyes et sa femme, Louis Douynet chanoine de Saint-Etienne de Troyes, Edme Mégard chanoine de Saint-Pierre de Troyes, Jean Bareton architecte et official de Troyes… Cela démontre bien les attaches troyennes des premiers pionniers en 1610.

Les Troyens ont participé très activement à la création du Canada, beaucoup s’y installèrent et y firent souche, comme Isaac Paisseley, Barde Bajolet (originaires de Piney) partis en Acadie vers 1635, qui sont les ancêtres d’un grand nombre de Canadiens

Le plus ancien document (1603) prouvant l’implantation des Troyens au Canada est Champenois. A l’occasion de baptême le curé de la paroisse a écrit : « Les Troyens font une navigation en l’Isle de Canada », et : « Plusieurs Troyens s’habituent en l’Isle de Canada ».  

 


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