les Crimes


Crime de Briel sur Barse


Pour Canal 32, j’ai fait des émissions " Jacques mène l’enquête ". En voici une résumée. Un titre de l’Est-Eclair du 20 février 1946 attire mon attention : " Briel-sur-Barse : inquiétante disparition d’un jeune homme… Une plainte est déposée par la famille à la gendarmerie de Bar-sur-Seine ". Je me rends à Briel-sur-Barse. Il n’y a que 170 habitants dans le pays, et ils doivent tous se connaître. Je parcours le chemin principal, qui coupe le village en deux parties. Je ne rencontre personne. Mais, plusieurs fois, il me semble apercevoir une ombre derrière une fenêtre, le rideau ayant bougé imperceptiblement. Je ne dois pas passer inaperçu ! Je vois enfin un être humain qui parque ses vaches. Je n’ai pas de chance, je suis tombé sur " l’idiot du village ". Finalement, j’aperçois un homme qui prend son courrier dans sa boîte aux lettres. Ce Gaston connaît tout le monde. Personne n’a oublié ce crime qui s’est passé il y a 60 ans, me dit-il, et il me fait rencontrer Pierrette, une voisine de 90 ans. Voici ce que j’apprends. Les gendarmes viennent enquêter le 19 février. Le disparu est Yves Chevalier, 20 ans, qui travaille à la réfection de la voie ferrée Troyes-Belfort. Il prend pension chez Madame Dutertre, qui demeure près de son fils. Le soir du 17 février, Maurice Verbeck, 20 ans, originaire de Dunkerque vient voir Yves vers 20 heures. Les deux jeunes gens sortent, puis quelques instants plus tard, Yves rentre pour dire à sa logeuse qu’il s’absente ¼ d’heure, précisant qu’il va prendre un verre chez son camarade. Personne ne revoit Yves, il a purement et simplement dis-pa-ru ! Madame Dutertre, surprise, avise les parents de son pensionnaire, qui alertent la gendarmerie. Des recherches sont faites mais sans résultat. Verbeck est longuement interrogé. Il affirme que Chevalier, sur son refus de lui prêter sa bicyclette pour aller chercher des cigarettes, est parti aussitôt. Verbeck est autorisé à regagner son domicile, bien qu’une présomption soit retenue contre lui, car il a prêté une somme de 1.600 francs à Chevalier, et comme ce dernier ne peut la lui rembourser, le Dunkerquois a dit aux parents d’Yves : "Je lui casserai la figure ! ". Le Parquet de Troyes et les brigades de gendarmerie des cantons limitrophes sont alertés. Pierrette dit : " il y avait du sang dans la cuisine des Verbeck, mais ils zont dit aux enquêteurs qui zont tué un lapin ". Puis, elle me tend l’Est-Eclair du jeudi 13 février 1947, avec un titre énorme à la une : " A Briel-sur-Barse, dans un puits, un cadavre, la tête en bas était debout, calé par des pierres. C’est celui d’Yves Chevalier, affirment les parents ". Pierrette continue : " J’étais gamine à l’époque, j’avais tout juste 11 ans, et on nous avait dit que le Chevalier y s’trouvait dans un puits ! Alors, lorsque nous allions ou revenions de l’école, en passant devant les puits, nous remuions la corde pour voir s’il y avait un cadavre au bout ! L’enquête piétine jusqu’au jour où le fils de Verbeck, 5 ans, accuse son père d’avoir tué Yves : " Papa il lui a donné un coup, puis il l’a roulé dans un drap et l’a mis sur son vélo pour le jeter dans un puits ". Officiellement, pas plus les enquêteurs que les magistrats n’accordent de crédit au garçonnet, et son père jure qu’il est innocent. Pourquoi Verbeck aurait-il tué Chevalier ? Pierrette dit que des voisins ont pensé à un règlement de compte entre trafiquants du marché noir. Mais que l’père, il a dit qu’c’était impossible. En vérité, les 80 habitants de Briel-sur-Barse de l’époque, croient à autre thèse. Verbeck, qui vit principalement de maraude, est très jaloux. Il se serait rendu compte un jour, que sa jeune femme n’est pas insensible au charme du jeune Yves, " qui y faisait les yeux doux " me dit Pierrette, et c’est pourquoi il l’aurait tué ; et elle me conseille de rencontrer Sylvette, 92 ans, qui doit se souvenir très bien de cette époque. J’entre, une télé marche, et au fond de la pièce il y a un lit avec une vieille femme qui me regarde avec des yeux très vagues. L’alitée me semble alzheimer. Cependant quand elle entend le nom d’Yves Chevalier, ses yeux reflètent un éclair, et elle me parle d’une voix hachée. Trois semaines après, elle décédait à l’hôpital de Troyes ! J’espère que ce n’est pas ma visite qui a précipité la fin de sa vie, car elle m’avait semblé heureuse de me parler. Voici donc ce que j’apprends. Au début de l’année 1947, Libération-Champagne, demande le concours d’un radiesthésiste. Ce dernier indique que le cadavre d’Yves Chevalier doit se trouver immergé dans une anse de la Barse, à proximité de la ferme du Moulinet. La gendarmerie décide d’effectuer de nouvelles recherches. Plusieurs sondages sont effectués autour de la demeure de Verbeck, mais sans résultat. Le 12 février, sur une nouvelle indication du radiesthésiste, la gendarmerie organise trois chantiers avec la participation de 20 prisonniers allemands. Les bois sont prospectés. Rien ! Un gendarme décide de procéder à une analyse de l’eau des puits de la région. Après plusieurs essais, le prélèvement de l’eau du puits de la ferme Coutant donne une réaction positive. Il y a donc un cadavre dans ce puits ! Mais, est-ce celui… d’un être humain, ou celui… d’un animal ? La pompe à bras des pompiers puise l’eau du puits, profond de 6 mètres. Après 4 heures d’efforts, 2 pieds et 2 tibias émergent. Un volontaire descend, fait remonter des grosses pierres, puis attache les restes humains à un filin. Mais, les pieds se détachent et sont les seuls remontés ! Le pompier redescend et constate que le cadavre est debout, la tête en bas, calé par de grosses pierres. Le Procureur arrive, les pierres sont remontées, dans une atmosphère nauséabonde. Madame Chevalier, reconnaît les chaussures de son fils, mais cela n’est pas suffisant pour les enquêteurs, car elle sont d’un modèle très courant à cette époque. Avec beaucoup de précautions, le corps émerge, maintenu seulement par des vêtements qui partent en loques. On s’aperçoit alors que la partie supérieure de la tête et le visage manquent. Le père du disparu appelé, reconnaît la ceinture du pantalon, la forme et la couleur du pull-over, comme appartenant bien à son fils. Un médecin légiste est commis, et une information est ouverte pour meurtre contre X. Le cadavre est placé dans le hangar de la pompe à incendie, sur la place publique, et c’est devant quelques curieux qui n’osent cependant pas trop s’approcher, qu’est pratiquée le macabre examen : la victime est un homme jeune, mais rien ne permet d’établir son identité. Mais on découvre, dans la poche du mort, un couteau que ses parents reconnaissent, et, enfoui dans la vase, le portefeuille d’Yves Chevalier. Enfin, on trouve au fond du puits, une partie du crâne du jeune homme, la mâchoire et des ossements, notamment les avant-bras. Sylvette qui avait donc 12 ans à l’époque, me confie qu’elle s’est faufilée derrière un arbre près du puits, et elle a vu le crâne remonter et mis dans un seau ! Pendant des années, elle a revu ce spectacle en s’endormant. Si l’on est désormais fixé sur l’identité du mort, on ignore, par contre, comment, par qui et pourquoi le jeune cheminot a été tué. Le médecin légiste recherche les causes qui ont provoqué la mort. L’Est-Eclair du 14 février titre en première page : " La mystérieuse affaire de Briel-sur-Barse. Le cadavre découvert dans le puits est bien celui d’Yves Chevalier ! Verbeck est-il coupable ? De fortes présomptions pèsent sur lui ". C’est en effet la dernière personne ayant vu Chevalier vivant. En prison à Dunkerque, pour le cambriolage d’une bijouterie, il est ramené dans l’Aube et reste stoïque devant les accusations. Tout le pays assiste de loin à la reconstitution car personne n’a le droit d’approcher. Sylvette se souvient qu’on demande à Verbeck de boire de l’eau du puits, et qu’après une brève hésitation, il… en … boit ! De même, l’enfant de Verbeck, questionné en présence d’une assistante sociale, renouvelle sa précédente déclaration : " c’était dans la cuisine, Yves était mis sur une chaise, papa s’est disputé avec lui et il lui a donné un coup de hache sur la tête. Yves est tombé. Papa l’a ramassé et il l’a enroulé dans une couverture. Il l’a mis ensuite sur son vélo, et il a été le jeter dans le trou ". 

C’est un véritable imbroglio ! Mais, il n’y a pas de preuves irréfutables, les test ADN n’existent pas encore, et Maurice… sort… blan-chi !!!

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