C'est notre histoire



Cacare rue du Bois


Cacare
Cacare

 

J’ai hésité avant de vous transmettre, sans en changer un seul mot, une partie de la " Dissertation sur un ancien usage ", lue dans l’Académie de Troyes, le 28 mai 1743.

C’est " notre histoire ", tant pis pour les chastes oreilles !!!

        

" La dissertation que j’ai l’honneur de vous présenter a pour objet l’usage antique de faire dans la rue du Bois (rue Général de Gaulle), l’acte naturel et nécessaire anciennement appelé chez les Latins : cacare, et qu’en France nous exprimons communément par le mot chier…

Cette matière concerne un des besoins les plus essentiels à l’homme… J’ai découvert dans cet usage, une preuve incontestable de l’ancienneté de notre ville…Cet usage a été pratiqué de la même manière par les Juifs, les Egyptiens, les Grecs, les Romains… les Druides l’ont apporté avec leur Religion.

         La rue du Bois est sans contredire, une des plus belles rues de la Capitale de la Champagne… elle a 7 toises de largeur, au milieu coule un ruisseau qui la divise en 2 parties égales. C’est sur les bords de ce ruisseau, que tout âge et tout sexe vient payer le tribut journalier auquel la digestion le soumet…Voici le Cérémonial qui s’observe en ces occasions : on se place d’abord de manière que l’on ne soit tourné, ni du côté de l’Orient, ni du côté de l’Occident ; on lève ou l’on abaisse les linges et vêtements qui couvrent les parties évacuantes ; on s’accroupit, les 2 coudes posés sur les genoux et la tête appuyée dans le creux des mains ; l’évacuation faite, on se r’habille, sans se servir de linge ni de papier, on regarde ce qu’on a fait, et l’on s’en va…

La rue du Bois fut choisie par les Troyens pour être dépositaire de ces moments précieux. Voilà la force du respect que nos Magistrats ont toujours eu pour cet usage : respect si bien cimenté, que depuis Clovis, jusqu’à nos jours, on ne l’a vu qu’une fois se démentir. Ce fait, qui n’est imprimé nulle part, mérite d’être transmis à la postérité.

Il y a environ 100 ans, que la Ville eut à sa tête des Magistrats aussi peu éclairés, que ceux qu'elle choisit d’ordinaire le sont beaucoup. Ces Magistrats sans érudition et sans goût, s’avisèrent de jeter un regard de dédain sur l’usage pratiqué dans la rue du Bois et leur projet n’allait pas moins qu’à porter une main profane sur tous les monuments respectables qu’on y trouve à chaque pas. La nouvelle en fut bientôt portée dans le quartier. Maîtres Tisserands, Compagnons, Trameurs, Fileurs de coton, tous les intéressés s’assemblent tumultuairement dans l’endroit vulgairement appelé les Alloires de la Corterie. Là, il fut délibéré sur le salut commun. On résolut d’envoyer des Députés à l’Hôtel de Ville : un nommé Brier, Maître Tisserand, homme de tête et beau parleur, et un autre, furent élus pour remplir ce ministère glorieux. Ils partirent pour l’Hôtel de Ville, environnés d’une foule innombrable de tout âge et de tout sexe, semblable à ces anciens Tribuns qui montaient au Capitole, pour défendre les intérêts du Peuple Romain contre les emprises du Sénat. Arrivés devant le Conseil de Ville, on fit silence. Nos Députés, sans perdre de temps en paroles inutiles, adressèrent aux Magistrats cette harangue si courte, mais si belle et si pleine d’énergie : Messieurs, nos Pères y ont chié, j’y chions, et nos Enfants y chieront ! Ce peu de mots, dignes de l’ancienne Sparte, fit un effet prodigieux ; tout le monde en fut frappé ; des cris d’admiration s’élevèrent de toutes parts ; le Corps de Ville, reconnaissant l’injustice de ses prétentions, accorda aux Députés tout ce qu’ils pouvaient désirer ; et la rue du Bois, glorieusement maintenue dans la jouissance de ses droits, vit avec transport, tous les Culs de ses Vassaux revenir à la manière accoutumée, lui rendre l’hommage, et lui payer le tribut qu’ils lui devaient…

Voici une circonstance de cet usage : c’est l’habitude où l’on est, après qu’on a chié, de regarder ce qu’on a fait... De graves Auteurs ont prétendu qu’on ne regardait son étron, que depuis qu’Arius, par punition divine, chia tous ses intestins. J’ai été très longtemps de l’avis de ces Auteurs. Mais après une mûre réflexion, j’ai cru devoir changer d’avis. En effet, quels sont ceux qui chient dans la rue du Bois, et qui regardent leur étron ? Ce sont, j’en conviens, des gens fort estimables et très utiles à la Société, mais qui, pour l’ordinaire, n’ont pas fait l’objet de leurs études, ni de l’histoire profane, ni de l’histoire Ecclésiastique. J’oserais même assurer que les trois quarts et demi d’entre eux n’ont jamais entendu parler d’Arius, ni de la Doctrine, ni de la vengeance que la divine Justice exerça sur lui. Cela posé, s’ils regardent leur étron, ce ne peut être par un sentiment réfléchi, fruit d’un savoir qu’ils n’ont point acquis. Il faut donc que ce soit par un mouvement naturel, et c’est mon opinion… J’ai démontré que naturellement, nous aimions la merde, cela est fortifié par ce système, et réciproquement elle le fortifie… Elle est conforme au cours ordinaire de nos sentiments et de nos passions, suivant lequel, tout ce qui vient de nous, nous est toujours cher. Car enfin, Messieurs, qu’est-ce qu’un étron ? C’est notre ouvrage, c’est le fruit de nos entrailles, c’est un enfant malheureux que nous allons abandonner pour toujours. Eh ! n’est-il pas naturel qu’avant de le quitter, on lui accorde au moins un regard ? D’ailleurs, qui sont ceux qui regardent leur étron avec plus de complaisance ? Ce sont les enfants, qui, exempts par leur âge du joug des préjugés, suivent sans réflexion les mouvements de la nature. J’en ai vu de ces enfants, qui restaient un quart d’heure auprès de leur étron, qui le remuaient même avec un brin d’osier ou de sarment, et qui, durant toute cette opération, apportaient à l’examiner, une attention tout aussi sérieuse, que ces anciens Augures, qui croyaient pénétrer le sort des Nations, dans les entrailles de leurs victimes qu’ils venaient d’égorger.

Je finis par une réflexion qui me paraît concluante. Nous voyons des gens élevés avec soin, versés dans les Sciences et répandus dans le monde, c’est-à-dire voguant à pleines voiles sur l’Océan des idées fausses et du préjugé, en qui néanmoins, la nature plus forte, laisse encore éclater un goût décidé pour la Merde. J’en connais plusieurs que je pourrais vous nommer, en qui ce goût pour la Merde est si puissant, qu’ils ne vont jamais sans en porter un peu avec eux, non pas à la vérité dans des vases d’or ou d’argent, comme les convives des premiers Rois d’Egypte, et quelques uns des Romains, mais, du moins après la chemise et dans les vêtements ".

 

Le 10 juin 1743, un autre Académicien répondit par une autre Dissertation, sur le même sujet :

"  La Question qui divise l’Académie se réduit à savoir si l’usage de chier en plein air était universel chez les anciens Peuples, si, quand ils chiaient devant le monde, c’était par choix ou parce qu’ils étaient trop pressés. Enfin, s’il est bien vrai que naturellement, nous aimions la merde. Les autorités que j’ai recueillies sur ces trois objets, mettront l’Académie en état de juger, et termineront, à ce que j’espère, tous débats.

Les Hébreux, durant leur séjour dans le Désert, il leur fut ordonné d’avoir un lieu marqué, hors du camp, pour y aller chier, et d’y porter avec eux un petit bâton, pour enterrer ce qu’ils auraient fait. Hérodote, sur la manière de chier des Egyptiens, dit qu’ils mangeaient dans la rue, et qu’ils chiaient dans la maison. Les Grecs avaient dans leurs maisons des endroits destinés à cet usage. Les Romains étaient dans le même cas que les Grecs. L’endroit où ils faisaient leurs besoins naturels se nommaient les Lieux et aussi Latrina, autant de Chapelles consacrées à la Déesse Cloacine… le jour de la fête de cette Déesse, toutes les Latrines étaient couronnées de fleurs… J’en ai dit assez pour démontrer que tous les anciens Peuples ne chiaient point en plein air et qu’ils chiaient encore moins devant le monde… Concluons donc, contre le sentiment de mon Confrère, que le goût de la merde n’est point naturel à l’homme ".    

 

  

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