Le sport à Troyes



Jean Amsler, par Max Mosnier


La « Commission des Sages » se réunissait tous les 6 mois. A l’issue de la réunion, un participant avait 5 minutes pour relater un fait marquant du sport local. Lors de sa réunion du 5 octobre 2013, Max Mosnier nous avait très intéressés concernant son intervention sur Jean Amsler. C’est pourquoi, j’ai pensé que je me devais la mettre intégralement sur mon site, afin de rendre hommage à Jean Amsler.

 

         Je rappellerai que Max Mosnier a été chef de la rubrique sportive de 1959 à 1969, avant d’être Rédacteur en Chef adjoint, avec une chronique hebdomadaire de 1970 à 2009. Voici le compte-rendu :

 

« En 1951, lorsque j’ai débuté à L’Est-Eclair, les rubriques sportives, dans la Presse, étaient souvent réduites à leur plus simple expression. Un seul journaliste professionnel en était chargé, et encore, partiellement, puisqu’il s’occupait aussi… des «  chiens écrasés ».

 

Certes, il y avait des collaborateurs, le dimanche pour couvrir quelques manifestations sportives. Et, parmi eux, j’eus la surprise de retrouver Jean Amsler que j’avais eu comme professeur d’allemand au lycée de Troyes ».

 

Moi aussi, Jacques Schweitzer, je l’ai eu comme excellent professeur d’allemand, je me souviens encore des chants en allemand qu’il nous apprenait. Ensuite, je l’ai eu comme collègue au Conseil Municipal de Troyes de 1959 à 1965.

 

« Amsler ! Ce fut l’un des personnages les plus marquants que j’ai pu rencontrer.

 

Professeur agrégé d’Allemand, diplômé des Langues Orientales, il gratouillait, comme il disait, de brefs comptes-rendus, quelques lignes seulement, sur des matchs de football disputés par d’obscures équipes auboises. Il passait ses dimanches au bord des stades ou au bord des routes où se déroulaient des courses cyclistes.

 

Jean Amsler, 1 mètre 86, véritable armoire à glace était un sportif. Il sévissait encore de temps en temps comme défenseur redouté dans une équipe de foot où, selon ses termes, son imposante carcasse remuait de la viande, pour barrer la route à un adversaire. On hésitait à s’y frotter !

 

Il est vrai que ses méthodes, dans d’autres domaines aussi, n’étaient guère orthodoxes. Déjà au lycée. Quand quelques turbulents se risquaient à se manifester dans sa classe, il ne cherchait pas les responsables. Il punissait deux ou trois élèves pris au hasard devant lui, en leur disant : «  Vous êtes sans doute innocents, mais vous vous arrangerez avec les coupables ! ». Il s’en suivait un système d’autodiscipline contestable mais assez efficace.

 

Parmi les nombreuses anecdotes qu’on pourrait citer, je me souviens qu’un jour où il recevait la visite de l’inspecteur d’Académie venu pour le noter, il se leva si brusquement, que son bureau juché sur une estrade, bascula et s’effondra sur le sol dans un bruit qui déchaîna les rires. Sans se démonter, et très sérieusement, Amsler s’adressa à l’inspecteur : « C’est bien la preuve que la chaire est faible ! »

 

Mais pourquoi je vous parle de ce personnage dans ces 5 ou 6 dernières minutes où d’habitude on évoque plutôt des sociétés ou des événements sportifs ?

 

Eh bien c’est aussi parce que Jean Amsler était le délégué départemental de l’OSSU, (Office du Sport Scolaire et Universitaire), organisme crée en 1938 et qui devint ASSU en 1962. A ce titre, il faisait organiser les épreuves scolaires et suivait les résultats qu’il communiquait à la Presse.

 

Et puis, il s’occupait aussi de l’équipe de foot du lycée, et je me  rappelle aussi qu’un jour, vers 9 ou 10 heures, il déboula dans les classes où se trouvaient des footballeurs ;

 

« MM., je viens d’apprendre que cet après-midi, en championnat, nous rencontrons à Langres, l’équipe du collège de Langres. Allez chercher vos équipements, un casse-croûte et rendez-vous à la gare de Troyes à midi pour prendre le train. Nous arriverons à Langres vers 14 heures. Le match est à 15 heures. On sera dans les temps ! »

 

Tout le monde fut au rendez-vous, ravi de sécher les cours et quelle ne fut pas notre surprise de voir sur le quai, Amsler avec un phono sous le bras, et quelques disques. A cette époque le tourne- disque n’existait pas et le phono avait cet avantage : il avait une manivelle, ce qui le rendait autonome ! C’est ainsi que ce jour là,  entre Troyes et Langres, pour nous mettre en jambes, nous avons dansé dans les couloirs d’un wagon, avec quelques voyageuses surprises, mais ravies. Je crois me souvenir que nous avons remporté le match 3 à 2, ce qui prouverait que la séance de préparation dans le train n’était pas si mauvaise. On pourrait la signaler à l’entraineur de L’ESTAC.

 

Ainsi était Jean Amsler qui, par ailleurs, faisait autorité dans le domaine littéraire. Il fut notamment le traducteur officiel de Günter Grass, célèbre écrivain allemand dont il traduisait les œuvres.

 

Enfin en 1945, il remporta le Prix Littéraire du Football avec un conte intitulé : « Le gardien de but assassiné ». Ce prix était décerné chaque année, de 1928 à 1946 par un jury qui était patronné par la Fédération Française de Football. Un recueil de 30 contes a été publié en 1949, préfacés par Francis Ambrière.

 

Voilà, par ces quelques souvenirs, je voulais rappeler la personnalité de Jean Amsler qui reste dans la mémoire d’une génération de potaches sportifs troyens. Il avait aussi fait partie du conseil municipal de Troyes. Pour terminer sa carrière, Amsler fut nommé à Paris au réputé Lycée Lakanal  où il enseigna dans les classes terminales.

 

Mais, il aimait revenir à Troyes de temps à autre et il m’en avertissait, ainsi que mon confrère Jacques Margaine, et j’ai en mémoire  sa grande carcasse au volant d’une 4 CV dont il avait bricolé le toit pour pouvoir caser sa tête. Une nuit, ce malabar a même dormi dans sa petite voiture qu’il avait garée sous une tribune du stade de l’Aube !

 

Il est décédé il y a une quinzaine d’années à son domicile de Chatenay-Malabry " .

 

 

Je rappelle également que mon prof d'allemand du Lycée a reçu en 1990, le prix Gérard de Nerval, pour sa traduction de l’ouvrage allemand : « Les aventures de Simplex Simplicissimus de Grimmelshaussen", publié chez Fayard.

 

 

 

 

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