Religieux et saints de l'Aube



Sainte Mathie


Il n’y a pas eu de sainte plus honorée à Troyes, jusqu’au XIX° siècle, que sainte Mathie.

 

Elle naît à Troyes, dès les premiers temps du christianisme, vers la fin du 1er siècle ou au commencement du second après Jésus-Christ.

Cette Vierge et Patronne de Troyes, serait la fille d’un " comte ou gouverneur de la ville de Troyes et de tout le pays des Tricasses, ce qui l’a fait appelée vierge royale ".

D’après une légende, la sainte aurait été la servante d’un boulanger. On raconte que pleine de bonté, elle distribuait aux pauvres du pain en abondance, et tout cela sans que le boulanger ne puisse s’en apercevoir, car dans l’échoppe, la quantité de miches restait toujours la même. Une fois, son maître surprend le manège, et se rend à l’évidence qu’il se passe quelque chose de mystérieux. Ne pouvant y croire, il veut mettre sa servante à l’épreuve. Un jour, il retire des braises de son four et, comme Mathie est toute proche, il verse sa pelle pleine de braises, dans la poche du tablier de la jeune fille en ajoutant d’une façon perfide : " puisque Dieu fait des miracles en ta faveur, voyons s’il en fera un autre ! " Et là, à sa stupéfaction, alors qu’il s’attend à voir sortir des flammes et Mathie se rouler par terre de douleur, les charbons ardents se transforment en un magnifique bouquet de roses bien fraîches et pleines de senteur.  

Sainte Mathie est honorée d’un culte public dès le IX° siècle, et saint Prudence, évêque de Troyes, en parle dans son discours sur la vie de sainte Maure : " la jeune vierge embrasse étroitement chaque matin, l’autel sous lequel repose sainte Mathie, et y verse des larmes abondantes, dont je suis témoin "..

En 980, le 7 mai, Milon, évêque de Troyes, en agrandissant la cathédrale, fait détruire un ancien autel où il sait être le corps de sainte Mathie.

Il découvre dans un sarcophage, son corps " enveloppé de pourpre et intègre, comme si elle avait été mise au tombeau la veille... Le nombre des miracles s’élève quotidiennement... ". Avec une rapidité prodigieuse, la nouvelle est connue de la ville entière et une foule immense accourt pour voir ce prodige.

Toutes les veilles de la fête du 7 mai (jusqu’à la Révolution de 1830), anniversaire de la découverte de son sarcophage, " une foule innombrable, des aveugles, sourds, paralysés, personnes à la main desséchée, se pressent au tombeau, en la cathédrale de Troyes, venant des contrées voisines, affluant de partout avec dévotion. Ils veillent toute la nuit, de sorte que la plupart obtiennent par leurs prières assidues et l’entremise de la vierge conciliatrice la santé du corps qu’ils n’avaient pu recevoir des médecins... "

Le 7 mai était une fête chômée, non seulement pour le peuple de Troyes, mais encore pour toute la Champagne. Rien que pendant la semaine pascale de l’an 1007, j’ai retrouvé le récit de 12 miracles accomplis par l’intercession de sainte Mathie.

- une pauvre femme de Tonnerre, " ayant un bras sec et entendant que les malades étaient guéris aux reliques de la sainte, vint en la ville de Troyes, fit ses dévotions de bon cœur et pleine de foi, se mettant sous la châsse, frappa sa poitrine de la main dont elle s’aidait, invoquant avec larmes le secours de Dieu, car son autre main était sèche, le bras avide et sans aucune vigueur naturelle, les doigts pressés dans la paume et son poing tenant collé à son estomac, elle invoqua le nom de sainte Mathie plusieurs fois, et soudain l’humeur mêlé de chaleur se mit en son bras ; son poing se desserra de son estomac, et les doigts de la paume de sa main ; et elle fut guérie ".

- le même jour, à 9 heures, venant de Sens, les parents d’un enfant de 3 ans, si faible qu’il ne pouvait se tenir debout et cheminait à 4 pattes, comme une bête, ne pouvant même pas lever son visage vers le ciel, implorèrent notre vierge, en l’église Saint Remy. " Bientôt, le petit enfant sentit l’assistance de Dieu, fut guéri, et se dressant sur ses pieds, il marcha ! ".

- un père, ayant son fils aveugle, s’en alla dévotement à une procession à la cathédrale, et se recueillit devant la châsse de sainte Mathie. " Sa prière pas plutôt faite, par la bénignité et l’intercession de la sainte, l’enfant fut réparé ! ".

- 8 jours plus tard, les chanoines chantaient matines, quand un cri perçant retentit dans la cathédrale. Une femme " ses nerfs tirés ne lui permettant pas de marcher sur ses pieds, se traînant sur les genoux, soutenant son corps avec ses mains, avait passé la nuit entière en supplication auprès de la châsse de notre vierge ". Le cri qu’elle avait poussé, lui avait été arraché par la douleur, signe de sa guérison. Ses membres avaient repris leur place naturelle, elle se leva et marcha sans difficulté.

- il y eut encore la guérison d’une femme qui avait " une si cruelle rétractation de nerfs, que ses jambes étaient collées contre les cuisses, et qui se traînait le mieux qu’elle pouvait sur ses genoux, aidée avec ses mains, dans lesquelles elle tenait de petits sabots ".

- et aussi le cas d’un homme paralytique " à la porte de l’église, courbé comme un arc, sa main gauche sèche, sans vigueur naturelle, véritable cadavre, propre à mettre dans le tombeau ". Sur son insistance, des bras généreux le portèrent jusqu’au tombeau de Mathie, et le firent passer 2 fois en dessous. " Là, son corps paralytique se trouva en une nouvelle santé, tellement que fort aise, qu’il se mit à marcher ! " 

- j’ai trouvé également le récit d’une sourde, puis d’une aveugle venue de très loin, d’un petit enfant de 7 ans contraint de marcher à 4 pattes, d’un jeune homme ayant la main droite " sèche, ses doigts retirés en la paume ", puis 2 petites filles aveugles, un jeune homme venu de Langres et bien d’autres encore.

 

Les pèlerinages demandent des objets de piété, et c’est ainsi qu’une foire se tient du 1er mai à la Pentecôte aux alentours du palais comtal. On appelle cette foire " les vierges ", car à sainte Mathie, on joint sainte Hélène. Un long cortège sort de la cathédrale, derrière la châsse de la sainte, pour faire un long parcours dans les rues de Troyes. On fait toucher à la châsse un enfant, divers objets, un livre, un ornement ou une simple fleur, et " ces prémices du printemps qu’on distribue encore aujourd’hui à la fête de sainte Mathie ont fait appeler ce jour la fête des gogues "(ce mot vient d’un mot qui, dès le XII° siècle, servait à désigner les fêtes, les réjouissances, la liesse. D’où de nos jours, par extension partir en goguette et à gogo). Tout au long du parcours se succèdent les saltimbanques, les étalages de confiserie ou de gaufres, les marchands de fleurs. Un chanoine et un clerc se rendent en procession à l’hôtel-de-ville où ils retrouvent une troupe d’enfants qu’ils emmènent à la cathédrale où ils leur distribuent des pommes.

Les chanoines de Saint-Pierre doivent prendre des dispositions contre des petits boutiquiers qui, d’années en années empiètent sur leurs droits. En 1543, le chapitre Saint-Pierre interdit toute vente de marchandises dans les environs immédiats de l’église, afin que la " piété des vrais fidèles ne fut pas distraite ".

On raconte que le jour de la fête en 1559, un homme, sans doute un huguenot, s’approche de la châsse et se permet une parole irrespectueuse contre la sainte. Le peuple indigné, l’entraîne hors de l’église et l’assomme à coups de pieds et de pierres. Ce geste est significatif de la popularité du culte de la sainte.

Le 20 mai 1606, Monseigneur René de Breslay, évêque de Troyes, fait ouvrir la châsse et trouve le corps toujours intact, la tête séparée du tronc, ce qui accrédite la thèse du martyre.

De nombreux miracles sont aussi signalés à cette époque :

- un clerc de la collégiale Saint-Etienne, paralysé de tous les membres depuis 4 mois, est subitement guéri en touchant le tombeau.

- Louise Léger vient présenter sa jambe gauche toute enflammée que les médecins veulent couper : elle est guérie dans la nuit du 6 au 7.

- Edmer Le Clercq et Françoise Patrois repartent elles aussi sans leurs béquilles…  

En 1630, ce même évêque, fait présent de quelques reliques de cette sainte à la reine Anne d’Autriche, épouse de Louis XIII, qui est alors à Troyes, et qui désire voir l’ouverture de plusieurs châsses, et surtout celle de sainte Mathie.

A toutes les époques, dans les temps de disette et de calamités publiques, la châsse de sainte Mâthie est exposée à la vénération des fidèles, et aux processions publiques, elle est portée dans les rues de la cité, avec les saintes reliques de saint Loup, de sainte Hoïlde, de sainte Hélène et de saint Savinien. On croyait alors, avec raison, que le fléau devait s'enfuir à l'approche de ces saints protecteurs.

Dans la funeste nuit du 9 au 10 janvier 1794, les révolutionnaires viennent détruire toutes les reliques de la cathédrale : " ils brisent la châsse et trouvent dedans la forme d’un corps enseveli d’un suaire, où est sa tête et une partie de ses ossements qu’ils ont tirée de la châsse et l’ont traînée au feu qui était dans la sacristie et l’ont jetée avec son suaire, à l’exception d’une parcelle de la tête, deux dents et un os du pied qui ont été détournés par le sonneur et le suisse ". Ces reliques se trouvent au trésor de la cathédrale, mais il y en a aussi à Saint-Remi, au Chêne, à Maizières-la-Grande-Paroisse, à Jully-sur-Sarce et aux Chartreux à Paris.

De nos jours, la fête de sainte Mâthie n'offre plus ce concours immense de pèlerins de tout âge, de tout sexe, de toute condition, qui venaient à jeun apporter leurs offrandes au pied de ces saintes reliques, et s'en retournaient ensuite le coeur joyeux, emportant dans leurs foyers une simple fleur qui avait touché les restes bénis de la vierge troyenne.

 

Le diocèse de Troyes fête la sainte Mathie le 7 mai. 

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