Ne les oublions pas !


Le révérend Père LAFRA

Je ne pense pas qu’il y ait un Troyen qui n’ait connu, seulement de nom, le Révérend Père Lafra, " le Monsieur Saint-Vincent " du Quartier bas.

 

Il est important de ne pas laisser dans l’oubli le souvenir de cet homme qui a marqué 50 ans de la vie de notre cité.

 

Jean Lafra est né en 1871 à Anzin. Après de solides études à Dunkerque, il s’inscrit à la faculté de Médecine de Lille. Ensuite, par vocation à 18 ans, il est novice à la Compagnie de Jésus (les Jésuites), puis professeur au collège Saint-Joseph de Reims.

 

La loi de la séparation entre l’Eglise et l’Etat l’oblige à l’exil. Il se retrouve en Belgique. Voulant échapper à l’invasion allemande de 1914, il repart vers la France. Il dispense ses soins aux réfugiés enfants, vieillards, blessés, malades… Rattrapé par l’ennemi, son brassard de la Croix-Rouge ne le protège pas. Arrêté, battu, laissé pour mort, il lui faut 7 mois pour se rétablir.

 

En 1919, il s’installe au Quartier Bas à Troyes, dans ce " quartier des pauvres ". Il est proche de ceux qu’il va secourir jour et nuit, pendant des dizaines d’années, les soignant, les guidant, les réconfortant, lui, toujours sur la brèche, calme, discret, infatigable..  

Clarinettiste amateur, le Père Lafra créé un orchestre d’harmonie en 1922. C’est immédiatement, une grande réussite:

- à Rouen, l‘Alerte remporte le 1er prix d‘exécution, de lecture à vue et de direction pour le Père Lafra,

- à Londres, où ils sont reçus au Consulat en réception officielle,

-  à Colmar, accueil délirant des Alsaciens qui jettent des fleurs sur le passage de l‘Alerte, gagnant le concours international de musique,

- au Grand Duché de Luxembourg, avec défilé en ville, Festival au kiosque, les gens étant médusés de voir un prêtre diriger les musiciens.

Il fonde le patronage de l’Alerte, entraînant une bande de 150 gamins. Pour ces poulbots qu’il croise chaque jour, gosses souffreteux auxquels personne ne songe encore, il crée une colonie de vacances à Piney, puis Malo-les-Bains et Lentilles.

Il crée une section de gymnastique. dont la réputation dépasse rapidement  nos frontières. Quatre jeunes vont jusqu’à Rome pour un concours international de gymnastique, mais aussi remportent de nombreux succès, à Bordeaux, Rouen, Strasbourg, Paris, Louvain, Namur...

Le père Lafra crée une salle de cinéma familiale, muet comme cela était à l’époque; c’est pourquoi, le dimanche, à l’entracte, la musique joue un morceau de son répertoire. C’est le cinéma " le mieux achalandé " de Troyes (disent les critiques), et jouant souvent à guichet fermé.  Il mettait des bancs le long des murs, et faisait rentrer discrètement une bande d’enfants sans argent.

Il organise des kermesses extraordinaires, avec défilé dans la rue, musique, danse, comptoirs...

Le Théâtre tient aussi une bonne place.

Tout le monde le croit médecin. Il a seulement été inscrit à la faculté de médecine, mais son don inné de diagnostic pour détecter le mal en fait " un thérapeute de classe ". Il commence par soigner les bobos, puis les parents viennent demander des conseils et bientôt des remèdes. Il fabrique lui-même sirops, pommades, onguents… tous accourent, et sont guéris les eczémas, panaris, kystes, impétigo, coqueluche, ulcères, lumbagos… Il faut faire la queue lors de ses consultations. Toutes les classes de la société s’y rencontrent, les portes restent toujours ouvertes, il n’y a ni sonnette, ni serrure.

En 1950, la presse parisienne s’intéresse à lui dans l’émission "Reine d’un jour ", et il reçoit des dons de la France entière.

En 1953, M. Terré maire, lui remet la Légion d’Honneur, devant une foule de laïcs et croyants, ouvriers et industriels, politiques de toutes tendances…

Il décède au milieu de la sympathie générale en 1965. Le Conseil Municipal lui attribue le nom d’une rue près de Saint-Nizier (portion de la rue de la Cité comprise entre les rues Simart et Célestin-Philbois), avec un monument en son honneur.

Lors de son décès, l'évêque dit à l'heure de ses obsèques : " Il a voulu vivre parmi les humbles, aussi pauvre qu'eux, détaché jusqu'à l'extrême limite des possibilités humaines. Bien avant que le Concile qui vient de se terminer en ait exprimer le désir fervent, il l'avait déjà réalisé en mettant la charité du Christ en contact avec son temps et l'idéal évangélique des béatitudes au cœur des masses. Comme son maître, il a eu pitié de l'immense détresse de la foule. Il s'y est enfoncé, en vivant son idéal de foi, de bonté et de paix ". 

En 2011, l’harmonie de l’Alerte avec une soixantaine de musiciens, l’école de musique avec 80 élèves, a toujours une excellente réputation, et aujourd’hui, comme il y a 90 ans, l’on se presse toujours aux concerts de l’Alerte.

On fait appel à ses musiciens en de nombreuses occasions : 1er novembre, 14 juillet, chez les personnes âgées …et ils sont pratiquement les seuls à animer le kiosque du jardin du rocher.

 

 

 

         Je pense qu’il est intéressant de rappeler une anecdote. Le 7 juin 1935, le nouveau Conseil Municipal de Troyes, élu sous le signe du « Front commun des gauches », tient sa première réunion. Dès cette première manifestation, nos édiles se signalent à l’opinion publique par un geste de sectarisme. Appelé à délibérer sur l’octroi de subventions aux Sociétés Musicales Troyennes pour les concerts d’été au kiosque, le Conseil Municipal, d’un trait de plume supprime les subventions habituellement allouées à « l’Alerte », le belle société de musique et d’éducation populaire du R.P. Lafra ! Pour répondre à cette maladresse, le journal catholique « L’Express de l’Aube », le 12 suivant, ouvre une souscription limitée à la somme de « Un » franc par personne. Un véritable courant d’enthousiasme se crée immédiatement dans toute la ville et même la campagne. Des listes circulent, et, pendant 3 jours, un défilé ininterrompu de gens de toutes conditions s’établit à « l’Hôtel de Mauroy », le bel immeuble historique où sont installés les bureaux de « l’Express de l’Aube ».

 

Plus de 6.000 francs furent recueillis en quelques jours. Cela prouvait combien « l’Alerte » était chère à la population troyenne.

 

Par cette attitude, le Conseil Municipal s’est attiré la désapprobation, non seulement des citoyens éloignés de lui par leurs opinions, mais aussi de tous ceux qui, pardessus toutes les luttes et le passions politiques savaient conserver un jugement objectif.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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