Métiers anciens


Vignerons d’autrefois  


A quelle époque peut-on fixer l’apparition de la vigne dans notre région ? On sait qu’en France, l’usage du vin était très ancien, ainsi que le prouve l’admirable mobilier découvert dans la région comprise entre Châtillon et Bar-sur-Seine, d’une somptueuse tombe princière datant du VI° siècle avant Jésus-Christ. Le cratère en bronze, haut de 1,64 m et pesant 208 kg, est unique au monde par ses dimensions et son décor. Il avait sans doute un caractère rituel et devait contenir du vin, comme en témoignent les récipients qui l’accompagnent : oenochoé en bronze à bec tréflé et autres cruches à vin, faisant partie de ce qu’on appelle « Le Trésor de Vix ».

Mais ce sont les Grecs qui les premiers commercialisèrent le vin. 600 ans avant notre ère, ces hardis navigateurs avaient établi une base en territoire gaulois, Massalia, que l’on appela plus tard Marseille. La culture de la vigne s’établit d’abord dans le midi de la France. On estime que l’implantation de la vigne dans l’Aube, se situe à l’époque de la conquête de la Gaule par les Romains.

         Mais c’est surtout avec la fondation des abbayes et des ordres religieux que se propagea la culture de la vigne. L’abbaye de Molesme, l’abbaye de Mores établirent les bases d’une viticulture de qualité. Le vin était d’abord nécessaire aux célébrations rituelles de l’église. Le vin profitait aux moines qui avaient droit, malgré la rigueur des règles monastiques, à une petite quantité de cette boisson. L’abbaye de Mores comprenait au Moyen Age jusqu’à 150 religieux et possédait un vignoble très étendu jusqu’à la Révolution de 1789. Un des grands rôles des abbayes de l’époque était celui qui est dévolu de nos jours à l’industrie hôtelière. Les voyageurs isolés, les groupes de pèlerins, les grands seigneurs, évêques en déplacement, étaient accueillis dans les abbayes, se reposaient, y séjournaient quelquefois, prenaient leur repas et comparaient le vin produit par l’abbaye à celui qu’ils avaient goûté dans d’autres monastères. Il fallait donc produire du vin et du vin de qualité. Cela ne pouvait se réaliser que grâce aux soins que les moines apportaient à la fabrication et à la conservation du vin.

         Les abbayes possédaient alors un important vignoble. Ce serait, dit-on, un moine de l’abbaye de Mores qui aurait trouvé le secret de la fabrication d’un vin pétillant nommé du « Val Champeignot ».

         Cette viticulture a connu une grande expansion au cours du Moyen Age en dépit des rivalités seigneuriales et des guerres successives : guerre de Cent ans, puis guerres de Religion.

         Les seigneurs, pour retenir les paysans sur leurs terres, leur accordèrent des terres à exploiter moyennant de lourdes redevances.

C’est ainsi que progressivement ces derniers devinrent propriétaires d’un lopin plus ou moins important de champs de vignes.

         La culture est devenue très répandue dans notre région, aux XV° et XVI° siècles. La grande période de prospérité s’étend de la seconde partie du XVIII° siècle, à la première moitié du XIX°. Les vins du Barséquanais se vendaient alors très bien, notamment dans la région du nord : à Lille, Gand, Bruges, Liège…

         Droit féodal et seigneurial : citons d’abord la « taille », impôt levé par le seigneur sur les serfs, en fonction de leur revenu. Plus tard, la taille fut abandonnée, c’est-à-dire fixée après accord entre le seigneur et les vilains. Elle resta impopulaire jusqu’à la Révolution de 1789.

         « Les banalités » : c’est un droit que le seigneur a sur les moulins, fours et pressoirs. On ne pouvait utiliser que ceux-ci, propriétés du seigneur, et moyennant une certaine redevance.

         « Cens » : il s’agissait d’une redevance au seigneur, par les tenanciers de la terre dépendant du fief.

         « Dîmes » : la taille est fixée à 10 sols par an et par habitant. Les veuves et les clercs en versent la moitié. La dîme des vins est un muid pour 24, pris dans les caves. Il n’en n’est pas payé pour les vins de pressurage ni pour les boissons.

         La culture dominante et florissante de la vigne qui occupait plus de 600 hectares en 1850 à Neuville, n’en occupait plus que 100 en 1920. La crise phylloxérique à la fin du XIX° siècle, en est la cause essentielle. Il a fallu arracher les vieilles vignes et en planter de nouvelles.

Vinification : au xix° siècle, beaucoup de vignerons possédaient un pressoir individuel pouvant contenir 4.000 kg de raisin.

Foire : une foire se tenait chaque année à Neuville dans la première quinzaine de septembre. De nombreux marchands « tant en articles de toute grandeur, hottes à vin et à vendanges et en général tout ce qui était nécessaire pour cette dernière récolte. Marchands d’étoffe et autres marchandises propres pour approvisionner ladite commune et autres à plus de 12 km ». Cette foire avait un grand succès. Mais la création de la voie ferrée et les facilités de communication de toutes sortes, incitèrent les habitants à aller à la ville pour acheter ce dont ils avaient besoin. Vers 1920, la foire cessa d’exister.

Au XVII° siècle, les pressoirs étaient adjugés pour une période de 9 ans. Au siècle suivant, l’adjudication se fait tous les ans au moment de la vendange.

Fêtes et réjouissances : les vignerons célébraient les fêtes solennelles : Noël et son réveillon, Pâques, Pentecôte… et naturellement, la Saint Vincent. Le 22 janvier, c’est la fête au village. Les cloches sonnent à toute volée, et tous les paroissiens, vignerons en tête, assistent à l’office religieux. Ensuite, on se réunit entre amis, on fait un repas copieux, , arrosé de « Neuville pétillant », et du vin au goût de pierre à feu, de la côte des Gravilliers… on rit…on chante… et on se sépare la nuit tombée.

Une réjouissance revêt une grande importance, le « chien » qui marque la fin des vendanges. Les chants s’élèvent dans le calme du soir, plus nourris que jamais, on se bouscule, on rit… c’est la joie. Le soir ou le lendemain, tous les vendangeurs se trouvent réunis autour d’une bonne table où la chair est succulente. Le tout est arrosé de bonnes bouteilles tirées de la cave et mises en réserve pour les jours de fête. La chaleur des vins délie les langues. On raconte des histoires un peu « osées », on chante, on danse même autour de la table. C’est ainsi qu’on fête le « vin nouveau » dans ces vallées.

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