Métiers anciens


Le sabotier


Le sabotier ne doit sa survie qu’à l’utilisation de sabots par les égoutiers et les ouvriers de fonderies. En effet, le sabot de bois isole de la chaleur et de l’humidité et résiste au choc. D’autre part, il suffit de monter des tiges de cuir sur les sabots pour obtenir d’excellentes bottes qui protègent la jambe et gardent le pied au sec. Et, si par accident, une lourde pièce vient à tomber sur le sabot, il se fend mais ne s’affaisse pas en emprisonnant le pied.

Dans l’Aube, dans la vallée de l’Aujon, les outils et machines de sabotiers sont endormies à tout jamais et l’ancienne saboterie débite aujourd’hui des planches.

Pour le novice, le sabot n’est qu’un morceau de bois grossièrement équarri !

C’est bien un morceau de bois, mais choisi différemment selon les régions.

S’il est possible d’en fabriquer en peuplier ou en érable, dans la vallée d’Aujon, ils sont tirés du hêtre, du bouleau, du noyer et du verne (aulnelle). On employait de préférence le verne pour les sabots de femmes qui étaient plus légers, mais perméables.

Le tronc d’arbre sorti de la forêt, est d’abord débité en tronçons à l’aide d’un passe-partout. La longueur des tronçons varie selon les pointures. Pour un sabot façonné à la machine, on doit compter 5 cm de plus que la pointure. A la main, une telle marge est inutile.

Il y a le sabot couvert, le semi-couvert, le sabot-botte, le sabot de femme.

Partant du quartier scié, l’ouvrier équarrit d’abord le bois à l’aide d’une épaule de mouton, sorte de grosse hache. Puis il se sert d’une herminette qui permet de façonner toutes les parties arrondies du sabot. Enfin, le cran en angle aigu, formé par la semelle et le talon est débité à la scie. La forme extérieure du sabot est donnée au paroir. Celui-ci est une grande lame d’acier.

Tout ceci n’intéresse que la partie extérieure du sabot. Il faut encore creuser et façonner l’intérieur.

Le travail débute avec un amorçoir, grosse vrille avec manche en T, caractéristique des outils de sabotier. Ce premier trou est percé de haut vers le bas, sensiblement au milieu de la tabatière. Puis, le sabotier prend la cuiller et creuse cette tabatière. L’amorçoir, comme la cuiller sont toujours parfaitement aiguisés, à l’aide d’un grattoir et d’une lime. Un second trou est ensuite pratiqué avec l’amorçoir. Ce trou est dirigé en avant, vers la pointe et légèrement vers le bas. L’intérieur du sabot est alors évidé avec la cuiller.

Ce travail demande une grande maîtrise, car les outils sont aussi coupants que des rasoirs et le sabot peut être vite traversé. Vu de l’intérieur, il doit être brun. S’il paraît blanc, l’épaisseur du bois est devenue insuffisante et il est alors jeté au rebut !

L’ouvrier finit le sabot avec la roanne pour égaliser la semelle intérieure, et avec le boutoir pour donner sa forme au talon. Il se sert ensuite du couteau à déborder pour lisser les bords et les arrondir de sorte qu’ils ne blessent pas ou n’abîment pas le chausson. Les gens avaient en effet l’habitude de porter des chaussons à la maison et les gardaient dans les sabots pour aller au dehors. L’intérieur est lissé avec un grattoir. Le sabotier égalise très soigneusement et enlève du bois s’il le faut, car l’intérieur doit être aussi lisse et fini que l’extérieur. Cette perfection est obtenue avec de la toile émeri. Le sabot ainsi fini passe à l’étuve pour y être séché, puis il est verni ou peint, et l’ouvrier le fait sécher à nouveau, mais pas au soleil car, séché trop vite, il fendrait.

En temps normal, un sabot doit être fabriqué 6 mois avant d’être vendu. L’ouvrier peut maintenant poser une bride sur les sabots semi-couverts, ou un coussin sur les sabots couverts. Enfin, pour embellir l’ouvrage, le sabotier peut sculpter à la gouge des dessins, des arabesques sur le devant.

Le sabotier envoyait sa fabrication dans toute la France et son travail à la main était un art. Mais, comme ailleurs, la rentabilité est apparue et, vers 1920, des machines vinrent simplifier le travail et rendre la fabrication plus rapide, mais en contre-partie, supprimer tout rapport entre l’homme et sa création !

Pour pratiquer ce métier, l’apprenti d’autrefois travaillait pendant 12 à 15 heures par jour, à la main, bien sûr !!

En 1793, les sabots ont été réquisionnés dans tout le départment de l'Aube.

En 1869 se crée " L'union fraternelle des sabotiers ".

Au XIX° siècle, de nombreux ateliers sont signalés aux Croutes, à Pâlis, à Saint-Martin-ès-Vignes, à Saint-Julien, à Villenauxe... En 1844, près de 500 ouvriers sont occupés toute l'année à fabriquer des sabots, des attelles de collier, des bois de selle et des pelles. Une fabrique de Gyé-sur-Seine était spécialisée dans la fabrication de semelles de galoches. Le marché aux sabots et aux souliers se tenait le samedi rue Emile Zola, puis à partir de 1900, place Saint-Remi.

Très instructif, la vitrine consacrée au sabotier à la Mainon de l'Outil et de la Pensée Ouvrière.

Les sabotiers de Pâlis

 

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