Métiers anciens


La pierre de Bossancourt

 

L’exploitation de carrières à Bossancourt représentait, autrefois, une activité importante, qui mobilisait la majeure partie de la main-d’œuvre locale et des villages environnants. Cette activité s’est exercée de 2 façons : par galeries souterraines, par exploitation à ciel ouvert.

 

         1) Les carrières souterraines. Il n’existait pas d’édit royal ni d’arrêté ministériel ou préfectoral pris pour réglementer l’exploitation des carrières souterraines car, entre les années 1600 et la fin du XVIII° siècle, l’exploitation s’est faite à la seule initiative des propriétaires, sans aucune contrainte et sans contrôle de l’administration. L’exploitation de la pierre de taille s’est effectuée sur une grande échelle. Elle a duré 3 siècles, c’est dire l’importance capitale qu’elle a eue dans l’économie du pays. Depuis le XV° siècle, les carrières de Bossancourt jouissent d’une grande notoriété. En 1622, les carrières ont livré la pierre pour la construction de la tour de la cathédrale de Troyes, et en 1733, pour paver la nef, mais aussi pour l’hospice de Bar-sur-Aube, pour la tour de l’église de Montiéramey, et quantité de bâtisses plus modestes. D’anciennes pierres tombales sont utilisées pour paver l’intérieur des maisons, des dalles identiques le sont à l’intérieur de l’église paroissiale. Toutes ces pierres proviennent des carrières souterraines. On lit dans les Archives départementales : « Au mois de juillet 1783, on a découvert à Bossancourt et à Trannes, 2 carrières très considérables de marbre lumachelle. Il est de couleur du plumage de perdrix grise, il se polit très bien. M. le Comte de Brienne en a fait faire des cheminées ». Ce marbre est appelé lumachelle car il renferme des coquillages et autres concrétions calcaires provenant de petits animaux marins. Malheureusement, l’exploitation de ce marbre, trop difficile et dispendieuse, ne se poursuit pas très longtemps. Du marbre a été convoyé jusqu’à la cathédrale de Troyes, et même emmené en Russie, chargé en 1783, dans les fourgons de l’armée russe pendant la campagne de France. Les 3 principales carrières souterraines sont peu profondes, 150 à 200 m. Un peu au-delà du finage de Bossancourt, il existe une série de carrières importantes, encombrées d’éboulis. Vers 1860, c’est le déclin de cette activité. En 1888, il reste 4 exploitations employant 6 ouvriers, en 1890,  2 employant 6 ouvriers, et en 1891, une seule fonctionne avec 3 ouvriers et un charretier. Les tailleurs de pierre partent à Paris et trouvent à s’embaucher sur les chantiers de construction de l’Opéra et, plus tard, aux Petit et Grand Palais édifiés à l’occasion de l’Exposition de 1900.    

 

         2) Exploitation à ciel ouvert. La plus importante de ces carrières exploitées à la limite des finages de Trannes et Bossancourt, au lieu-dit « L’enterrement du Diable », s’étendait sur une superficie de 5 hectares. On y procédait à l’extraction et au cassage manuel de la pierre. En 1783, est découvert un banc de marbre. Elle est encore en pleine activité en 1840. Les chantiers comptent de 1 à 12 ouvriers. A Bossancourt, une carrière a été exploitée jusqu’en 1932, avec un dernier exploitant, enseveli sous un éboulement. Les ouvriers qui cassaient la pierre s’appelaient « des casseux ». C’est en souvenir de cette activité que la contrée a été baptisée « Les Casseux ». Des abris rudimentaires apparaissent au cours du XIX° siècle, puis, certains carriers construisent des baraques habitables avec 1 ou 2 fenêtres et cheminée. Les toitures à 2 pans, constituées d’un assemblage de paille ou de roseaux descendent jusqu’au niveau du sol. Ces habitations permettent toujours de stocker de la pierre brute pour la casser à l’abri des intempéries. Les carrières de « L’enterrement du Diable », en pleine activité jusqu’en 1914, comptaient une douzaine de constructions habitées, et une trentaine de casseurs des 2 sexes, car les femmes elles-mêmes cassaient les cailloux ! Souvent les enfants participaient aux travaux le jeudi et pendant les vacances. Trois enfants sont nés sur place entre 1880 et 1900, et 1 a vu le jour dans une de ces cabanes en 1923. Les conditions de vie étaient précaires. Un poêle assurant le chauffage, mais, pour tout éclairage, il n’y avait que la bougie ou la lampe tempête. Le seul point d’eau se situait à 500 m. au moins, et il fallait chaque jour assurer le ravitaillement en eau à l’aide de bidons.  Quant aux installations sanitaires, elles s’apparentaient aux commodités mises à la disposition des militaires en campagne. Pendant la guerre 1914-1918, les hommes étant mobilisés, les femmes continuèrent le travail. Après 1918, l’activité ralentit fortement jusqu’en 1920-1924, car les hommes avaient changé de métier. L’extraction se faisait à la main. Si le bloc ne pouvait être disjoint de la masse rocheuse, il fallait recourir  à l’explosif.  Les blocs étaient débités à la grosse masse en morceaux de quelques kilos. Les ouvriers les transportaient à la brouette, sur les lieux de cassages. Les produits étaient achetés par des artisans locaux, par de petits entrepreneurs de la région ou par les Ponts et Chaussées. Avec l’augmentation du trafic automobile, les travaux d’entretien des routes prirent de plus en plus d’importance, les besoins en pierre s’accrurent au point que la production des casseurs manuels devint insuffisante. Pour faire face à la demande, en 1924, est installé dans la carrière de l’Enterrement du Diable, le premier concasseur de la région, à mâchoires mobiles. A partir de ce moment le cassage à la main disparut rapidement, la pierre brute étant chargée dans des wagonnets pour approvisionner le concasseur. Les carriers se faisant de plus en plus rares, l’entrepreneur fut dans l’obligation de faire appel, par contrats, à des ouvriers bretons, puis à la main-d’œuvre italienne. La pierre concassée partait directement sur les routes et chemins par camions et remorques, et vers 1933, par chargeuses mécaniques. En 1935, un deuxième concasseur est installé. Les Ponts et Chaussées devenant de plus en plus exigeants sur la qualité de la pierre dans ces carrières, vers 1955, toute activité cesse à l’Enterrement au Diable, et est créée une nouvelle installation de concassage dans la carrière d’Arsonval dont la qualité de la pierre donne satisfaction à l’administration.

 

         Chaque année au mois d’août, il y a « La Nuit de la chauve-souris ». Les carrières de Bossancourt et Arsonval concentrent 20 carrières qui abritent la plus grande concentration de chauve-souris de la région. Ces carrières ont petit à petit été colonisées par des chauves-souris, 2.000 recensées en 2011, soit 300 de plus qu’en 2010. Le site de Bossancourt est classé Natura 2000.

 

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