Métiers anciens


Le cordier en tilleul

 

Piney était célèbre, il y a encore 200 ans, pour ses cordes en tilleul.

 

En 1821, 150 Pinois vivent du tilleul, ou plus exactement de l’exploitation de l’écorce de cet arbre.

 

         Avec l’écorce de tilleul, on confectionne autrefois des cordes fort appréciées, d’une solidité à toute épreuve, appelées « cordes de puits », car elles ont l’avantage de résister parfaitement à l’action de l’eau. En effet, une légère humidité les rendent plus souples, moins cassantes.

 

         Ainsi donc, à Piney, on confectionne des cordes en tilleul et plusieurs familles vivent toute l’année de cette industrie. Des écorceurs lèvent l’écorce de tilleul pour la fabrication des paniers à champagne.

 

         On trouve la matière première dans la proche forêt, et s’il en manque, on va en écorcer jusqu’à Saint-Dizier. Mais ce tilleul de la Haute-Marne n’a pas la qualité de celui que l’on récolte dans la Forêt d’Orient, lequel est beau et doux, et ne coupe pas les mains lorsqu’on le travaille.  

 

         Les bottes d’écorce sèche quittent la forêt en septembre pour venir s’entasser au domicile du cordier. Elles permettent le travail jusqu’à la récolte de l’année suivante et même au-delà si l’on considère que l’écorce de tilleul se conserve 2 ou 3 ans.

 

         « Il faut tiller l’écorce brute. On la fait d’abord rouir 48 heures dans un trou d’eau alimenté par une source ou creusé spécialement ». Pour réaliser cette opération, on entasse les bottes 2 par 2 : 2 dans un sens, 2 autres posées à angle droit sur les premières, et ainsi de suite. Le cordier laisse égoutter et ressuer les écorces après les avoir sorties de l’eau, puis en « tire les fibres ». De chaque bande d’écorce, le cordier sort 5 à 6 fibres. Pour cela, il pratique une incision au couteau, à l’extrémité de chaque bande, à l’intérieur, avant d’en détacher une longue pellicule, puis 2, 3… selon l’épaisseur du matériau travaillé.

 

Le cordier a besoin de 3 outils, dont l’un ne va pas sans l’autre : la cableuse, la traîne et la boîte. 

 

         Parce qu’elles ne craignent pas l’humidité, ces cordes sont principalement destinées aux vignerons, pour les puits qu’ils possèdent dans chacune de leurs vignes.

 

Elles sont demandées à Châlons, Reims, Epernay, Sézanne et dans le Barséquanais. Les commerçants de Troyes, Villeneuve-l’Archevêque, Sens, Soisson, Paris… commandent leurs cordes aux longueurs désirées ou par rouleau de 100 m qu’ils détaillent à la demande de leurs clients. Les cordiers font ensuite leurs propres tournées, d’abord avec une voiture à cheval, puis au volant d’une automobile.

 

Petit à petit, les cordes sont remplacées par des chaînes. Au-dessus du puits, on installe des pompes. L’eau de la ville arrive ensuite sur bien des éviers. Et l’on n'utilise plus de cordes de tilleul pour puiser l’eau des puits.

 

      On arrête aussi d’employer des longes pour chevaux faites de tilleul et l’arrivée des moissonneuses-lieuses, font que les « javieux » n’ont plus besoin de liens de tille pour attacher leurs gerbes.

 

      On expédie bien dans les Vosges, des cordeaux spécialement fabriqués pour les séchoirs des papeteries, on livre bien quelques cordes de tilleul, à Paris, pour en faire des rampes d’escalier et du fil en touret, vendu au poids pour diverses utilisations, il arrive un moment où le tilleul n’a plus cours. Démodé, dépassé, on l’oublie très vite.       

 

Il a pourtant permis de vivre à plusieurs générations de cordiers.  

 

         Lorsqu’est arrivé le moment où la clientèle boude le tilleul, nos cordiers ont commencé à travailler le chanvre, très modestement, au début du siècle dernier.

 

Bien que l’essentiel de leur activité restât centré sur le tilleul, ils eurent à  connaître le sisal, le jute (matériau agréable à travailler, dont on faisait des cordes à toison, pour ficeler chaque toison après la tonte des moutons), le manille et… la ficelle-lieuse de récupération.

 

Avec des fortunes diverses, l’une et l’autre de ces matières furent expérimentées, utilisées, jusqu’à ce que le cordier abandonne la profession pour n’être pas remplacé.

   

 La production des cordiers était importante. Par exemple, en 1888, l’atelier de Guyot de Piney produit 200 kg de fil de tille, plus 43 pièces de 60 m, 113 cordes de 100 m, 1662 cordes de 20 pieds, 24 km de cordes faites d’écorce de tilleul et 30.000 liens agricoles. En 1889, le même atelier livre 207.000 liens de tille destinés aux moissonneurs de Champagne et de Brie. En 1901,  ce sont 51 km de cordes qui sortent de ce chantier, à destination de 6 départements autres que l’Aube, ainsi que pour Paris.

 



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