Métiers anciens



Carrier, casseur de pierres


Entre Prusy et Bernon, on trouve une pierre calcaire bleue, très dure et se cassant en blocs de dimensions et de formes assez régulières, avantageuses pour les maçons.

 

         Cette pierre est très résistante à l’humidité, au gel et aux chocs.

 

         Pour la trouver, il fallait d’abord dégager la couche de terre d’épaisseur variable (de l’ordre de 1 mètre) dans laquelle se trouvent des pierres éparses de moindre qualité pouvant servir pour faire des murs de pierre sèche.

 

         La pierre est disposée par lits séparés par de la terre.

 

         On extrayait en général 5 à 6 bancs.

 

         Les premiers mesuraient 5 à 6 centimètres d’épaisseur et les plus profonds 10 à 15 centimètres.

 

         Les bancs de terre étaient d’épaisseur variable mais de moins en moins épais avec la profondeur.

 

         Une telle carrière pouvait atteindre 3 mètres de profondeur et l’ouvrier devait tout sortir à la main, aussi bien la terre que les blocs de pierre qui pouvaient peser plusieurs dizaines de kilos.

 

         Le matériel est très simple :

 

une barre à mine : grosse barre de fer de 1,5 à 2 m. de long et 4 cm de diamètre, dont un bout était pointu et l’autre en biseau. Elle devait attaquer le banc pour y pratiquer une entrée et aussi à détacher des blocs de pierre,

 

         un pic : sorte de lourde pioche dont un bout était large et l’autre pointu, pour piquer dans les fentes de blocs et les séparer,

 

         une grosse masse pour casser les pierres qui étaient trop lourdes,

 

         une pelle ou encore une fourche à pierre, pour déblayer la terre et les pierres trop petites.

 

         L’ouvrier était payé selon son travail. Entre 1900 et 1914, on donnait 40 sous la toise de 2 mètres cube. Il fallait travailler dur pour tirer une toise par jour.

 

         Près de Vanley, l’ouvrier était payé 2 francs par mètre cube extrait et transporté à la gare d’Ervy au moyen d’un tombereau à chevaux.

 

         Compte tenu de la vitesse d’extraction indiquée ci-dessus, de la contenance d’un tombereau (moins d’un mètre cube), et de la distance à parcourir (30 kms aller et retour), il serait possible de se faire une idée du revenu mensuel et de le comparer au pris de certaines marchandises.

 

         Ces pierres étaient destinées à la ville de Troyes qui les employait pour paver les rues.

 

         On les utilisait aussi pour l’entretien des routes.

 

Un casseur de pierres au bord des routes travaillait par tous les temps, à l’abri sous un petit toit de paille, facile à transporter.

 

En 1914, il gagnait 1,25 franc du mètre cube et était contrôlé par un employé qui passait avec une grille pour voir si la pierre était assez fine.

 

Je vais partager avec vous, une petite fable de l’écrivain Charles Peguy sur les casseurs de pierres. Elle vous permettra de découvrir ce qui pousse les gens à agir et réussir :

 

« En se rendant à Chartres, Charles Peguy aperçoit sur le bord de la route un homme qui casse des cailloux à grands coups de maillet. Les gestes de l’homme sont empreints de rage, sa mine est sombre. Intrigué, Peguy s’arrête et demande :

 

– « Que faites vous, Monsieur ? »

 

– « Vous voyez bien », lui répond l’homme, « je casse des pierres ». Malheureux, le pauvre homme ajoute d’un ton amer : « J’ai mal au dos, j’ai soif, j’ai faim. Mais je n’ai trouvé que ce travail pénible et stupide ».

 

Un peu plus loin sur le chemin, notre voyageur aperçoit un autre homme qui casse lui aussi des cailloux. Mais son attitude semble un peu différente.  Son visage est plus serein, et ses gestes plus harmonieux.

 

– « Que faites vous, Monsieur ?», questionne une nouvelle fois Peguy.

 

– « Je suis casseur de pierre. C’est un travail dur, vous savez, mais il me permet de nourrir ma femme et mes enfants. » Reprenant son souffle, il esquisse un léger sourire et ajoute : « Et puis allons bon, je suis au grand air, il y a sans doute des situations pire que la mienne ».

 

Plus loin, notre homme, rencontre un troisième casseur de pierre. Son attitude est totalement différente. Il affiche un franc sourire et il abat sa masse, avec enthousiasme, sur le tas de pierre. Pareille ardeur est belle à voir !

 

« Que faites-vous ? » demande Peguy.

 

« Moi, répond l’homme, je bâtis une cathédrale ! »

 


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