Les Histoires d'eaux



Les écrivains et la Seine à Troyes


Charles NODIER
Charles NODIER

Les écrivains ont été inspirés par l’eau. Par exemple Charles Nodier (1780-1844), qui a écrit « La Seine à Troyes et ses bords » :

 

« L’histoire de la Seine est, beaucoup plus qu’on ne l’imagine au premier abord, l’histoire de la France elle-même. Il en est des fleuves comme des nations ». Ainsi commence une introduction éloquente et lyrique qui chante les fastes du fleuve « roi de la reine des cités », beauté naturelle de rives pleines de poésie, bienfaits dispensés à l’agriculture et au commerce ».

 

Mon ami de Lycée Henri Jeannet, ancien professeur de français au lycée de Troyes, membre associé de la Société Académique de l’Aube, depuis 1959, a écrit, parlant de Nodier : « L’auteur termine en citant tout au long le récit que fit Bernardin de Saint-Pierre de la métamorphose en fleuve de la Seine fille de Bacchus et nymphe de Cérès. Le récit suit le cours du fleuve, le décrit, évoque l’histoire des lieux traversés, livre des impressions. Nodier est un conteur incomparable. Sa phrase coule harmonieuse et aisée ». 

 

Voici quelques extraits empruntés à «  La traversée de Troyes » :

 

« A Verrières, on entre enfin dans la plaine riche, basse et aqueuse, où est située la ville de Troyes. Autour et au pied des remparts règnent, sous le nom de mail, des allées d’arbres qui procurent aux habitants de Troyes une double enceinte de promenades. Dans les fossés, attenants aux allées du faubourg Saint-Jacques, sont d’autres allées plus basses, taillées en berceau et arrosées, non par ces eaux bourbeuses et fétides qui croupissent ordinairement au pied de nos murailles, mais par une onde, fraîche, limpide et courante. C’est une ramification de la Seine, qui donne à ces fossés l’apparence d’un vallon en miniature. Les talus verdoyants qui le bordent en représentent les coteaux. Ces abords charmants, et la longueur des faubourgs, donnent au voyageur l’espérance d’entrer dans une élégante cité… Il y a un fait bien curieux sur Troyes, et son étrangeté est d’autant plus remarquable que cette ville est bâtie au milieu des eaux : c’est qu’elle n’a pas une seule fontaine, les habitants préférant pour boisson l’eau de puits à celle de la Seine, qui leur serait sans doute bien plus salutaire, et leur épargnerait les nombreuses fièvres auxquelles ils sont sujets… ».

 

En 2003, le célèbre auteur Jean-François Nivet (Professeur de français, nommé à Troyes en 1988, auteur et éditeur d'écrivains «étouffés» du XIXe siècle) a écrit un magnifique livre sur Troyes : « Troyes Roman ». En voici quelques extraits se rapportant bien entendu à l’eau :

 

« … Charles Nodier qui fut un promeneur influent raconte qu’il n’y vit pas une seule fontaine lors de son passage en 1835. Elles ont poussé depuis. Elles ont de beaux restes comme celui, en fonte ouvragée, qu’on peut rencontrer si l’on marche dans les vieilles rues du Vauluisant. Mais ce n’est qu’une eau cachée, suffisante aux braises de la soif, insuffisante aux incendies. Reste cette vérité que pendant les derniers siècles l’ancienne capitale de Champagne s’est acharnée à faire disparaître son eau. On l’a canalisée dans des buses. On a comblé rus, bras et rivières. Il suffirait parfois de grands coups de pioche pour la faire jaillir, comme Déjardine sur la place, ou de probables apocalypses (ce terme signifie « révélation »).... Il faut se contenter des clapotis et des remous d’écluse entr’aperçus du pont qui relie la rue Clémenceau à la rue de la Cité, et des centaines de mètres cubes d’eau immobile du canal de la haute Seine à hauteur du quai du comte Henri. La carcasse d’une péniche, qui attira les restaurateurs, rappelle une éphémère vocation maritime. Elle est posée comme un gros cafard qui n’a plus la force de rentrer au nid. Ultime reliquat d’un port qui anima le mythique quartier du Préau… Depuis le pont, il faut regarder vers l’Est. On retrouve la perspective du Vouldy. Elle a inspiré un ‘’Effet de crépuscule’’ (Musée du Louvre) à Charles Cuisin, l’un des peintres paysagistes les plus mystérieux du XIX° siècle (mort le 22 juin 1859 à Troyes). 

 

Le canal se glisse entre les haies d’arbres et les chaussées des deux rives. Le peintre est fasciné par cette eau dormante que seul le ciel lunaire anime… Il faut être averti pour trouver l’eau vive de Seine. Elle est une vicieuse discrète. On dirait qu’elle est au chevet d’une ville morte. Elle se contente d’envoyer de timides aides de camp le long des mails devenus d’insipides avenues voitureuses. Pourtant, elle est de plus en plus belle vers Saint-Julien-les-Villas, Saint-Parres-aux-Tertres et Fouchy, transformée en bonne fée pour pêcheurs et jardiniers. Elle a le charme angélique d’une paysanne qui ne se croit pas encore reine.

 

Louis Ulbach (voir ce chapitre) aimait cette humilité de rivière prodigue amie des enfants qui, mouillés jusqu’aux genoux, venaient lui prendre ses écrevisses et ses poissons. La Seine ne manque pas de poètes. Mais autant ses poètes majuscules pullulent en aval, autant ses Apollinaires d’amont font défaut. A petite Seine, petits maîtres de rhétorique roués aux lyrismes à carcans. L’un d’eux s’appela Henri Chantavoine (homme de lettres et poète 1850-1918). Il fut professeur et professa. En musardant un hiver dans ses livres jaunis, j’ai sauvé ce quatrain sur un mouchoir en papier :

 

« L’humble rivière de chez nous

 

   Ne mène pas grand tapage,

 

  Avec un bruit paisible et doux

 

  Elle fait le tour du village ».

 

 

Les Goncourt
Les Goncourt

 

 

Pour entendre une voix chanter la Seine, il faut remonter aux Goncourt (Edmond et Jules), qui la descendaient chaque été, jusqu’au havre (petit port) de Bar-sur-Seine. Leur journal, férocement cancanier quand il s’agit des hommes, devient un hymne quand ils parlent de promenades en barque


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