Histoires d'eau


Le Ru Cordé ou Canal Boucher de Perthes  


Moulin de la Tour
Moulin de la Tour

Le canal, dans sa partie comprise entre le boulevard du 14 Juillet et le boulevard Gambetta emprunte approximativement le tracé de l’ancien « ru Cordé », dont l’existence est relevée en 1072, sous le nom de cours d’eau des Etuves ou des Bains du Comte.

Dans les anciens âges, il était alimenté par la Vienne et plusieurs fontaines affluentes. Plus tard, il emprunta une partie des eaux de la Seine lorsque nos Comtes l’eurent amenée artificiellement dans leur capitale. Ce ruisseau divisait la ville en 2 parties, le ru Cordé a été l’artère la plus prestigieuse de la ville depuis sa création, où de chaque côté s’élevaient des monuments de qualité. Il léchait entre-autres les murs du Palais bordé d’un côté par le couvent et l’église des Jacobins, par l’abbaye et l’église de Notre-Dame-aux-Nonnains, les Grandes-Etuves, de l’autre, par les jardins du Cloître-Saint-Etienne, le Palais des Comtes, la collégiale royale de Saint-Etienne, l’Hôtel-Dieu-le-Comte et les dépendances du Couvent des Cordeliers, puis, s’infléchissant sur la droite, contournant le château et alimentant le moulin de la Tour, il s’engageait dans le quartier de Nervaux (rue Boucher de Perthes) avant de se jeter dans le bras de la Seine, près du « Joli Sault ». Cette dérivation entrait en ville à peu près à la hauteur du pont du 14 juillet et franchissait les remparts sous 2 arcades en pierre, près du pont de Jully « qui est sur la douve du fossé à l’endroit  de la grille du rû Cordé, derrière l’église des Jacobins ». Corrard de Breban suggère : « Remplaçons en idée, le quai des Comtes de Champagne par le cours d’eau qui baignait les murs de l’hôpital avant l’établissement du canal, supposons qu’il se prolonge au milieu du bassin dans une largeur d’environ 10 mètres pour aller sortir de la ville en face du pont de Jully, nous rétablirons ainsi l’ancien ru Cordé ».

Si le passage de ce ru est ainsi nettement déterminé par l’emplacement du quai des Comtes de Champagne, par contre, sur la rive opposée, le quai de Dampierre, qui porta un moment le nom de quai Napoléon, n’existait pas. Les deux installations de bains donnaient, par leurs derrières, sur le ru Cordé dont ils recevaient l’eau nécessaire à leur fonctionnement.

         A l’origine, le ru Cordé avait pour but de donner d’abord de l’eau au Palais des Comtes, ensuite  à la ville pour assurer la propreté, puis comme sûreté contre les incendies. En effet, on trouve dans une lettre qui émane du prévôt et des bourgeois, que l’eau de Seine, qui vient par le canal des Trévois et « qui s’écoule par le ru Cordé » est nécessaire aux habitants pour laver la viande, jeter les immondices, éteindre les incendies et qu’elle est indispensable aux officines du palais.

         Le ru Cordé mettait en mouvement le moulin des Bains, près de l’ancienne gendarmerie et celui de la Tour.

         Quatre ponts traversaient le Ru Cordé. Le premier relevait des Jacobins. Il permettait de communiquer avec la collégiale Saint-Etienne. Trois autres ponts existaient et ceux-ci avaient aussi plus d’importance. Tout d’abord le pont de la Salle, qui avait 2 arches, et tirait son nom de la grande salle du Palais des Comtes. C’est le pont dit de la Préfecture : le maire Claude Huez y fut jeté en 1789 dans le gué voisin. Ensuite le pont de la Girouarde, reposant sur 3 arcades, à l’angle de l’Hôtel-Dieu et du ru Cordé, qui joignait les 2 quartiers, et le plus fréquenté de la ville. Le 3° pont, en pierre lui aussi, portait le nom du couvent des Cordeliers. Antérieurement il était connu sous le terme des « Bains ».

         A différentes reprises on retrouve le nom du ru Cordé mêlé à l’histoire de notre cité.

On en parle d’une manière poétique dans une adresse à Charles VIII en 1486, lors de son entrée à Troyes où il logea dans l’ancien palais des Comtes : « … et par derrière y court la Seine sans cesse près du verger où sont les buttes mises… de part et d’autre du ru Cordé, voie prestigieuse ».

En 1562, les Troyens se montrent déjà si animés contre la Réforme, qu’une vieille femme, venant de Genève, la citadelle du Calvinisme, et ne voulant pas se mettre à genoux dans l’église de Notre-Dame-aux-Nonnains, est jetée dans le ru Cordé, après avoir été tuée à coups de pieds et de pierres.

Dix ans après, lors des troubles sanglants de la Saint-Barthélemy, les flots de cette même rivière se teintent du sang des nombreux huguenots enfermés dans la prison de Troyes et massacrés sans pitié malgré le message de Charles IX ordonnant leur libération (voir dans Religion, le sous chapitre Massacre de la Saint-Barthélemy).

Le ru Cordé séparait si bien la ville en 2 parties, qu’il suffisait d’en défendre les ponts pour empêcher le passage d’un quartier dans l’autre.

<< Ici, c’est presque le berceau lexicologique du vieux Troyes. Sur les bords de ce canal prit naissance et s’est conservé longtemps le patois troyen et, plus d’un Troyen (dont moi-même !) a gardé dans son langage les vocables pittoresques et imagés. C’est là qu’on parlait longtemps de « patouillas » et de « tapériaux », c’est là que les gamins d’antan, entre deux parties de « bisquinet », allaient « beuiller » par les petites fenêtres des tisserands en crevant de leurs têtes le papier huilé  qui servait de vitres. C’est là que les ménagères font la lessive dans du « léchu », c’est encore là qu’on dit je suis « derne » pour je suis pris d’un étourdissement, c’est là encore qu’on se met « à l’égau » quand il pleut, sous les « lignots » ventrus des vieux « cacabots » du quartier >>.


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Ru Cordé à la Porte de la Juiverie
Ru Cordé à la Porte de la Juiverie
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