Guerres et occupations




Occupation de Ramerupt par les troupes prussiennes 1870-1871


On a retrouvé quelques notes, consignées au jour le jour, par un prêtre de cette vallée de Ramerupt. Etant notable, il n’ignore pas qu’il se doit d’informer ses paroissiens, de tirer la leçon des événements et soutenir leur moral. Je reproduis ci-dessous la chronique journalière du chanoine Jean-François Rémion, chronologiquement et textuellement :

 

« 30 décembre 1870 : passage d’un détachement prussien qui passe en chantant des airs nationaux… (Extrait de son sermon du 1er janvier 1871) : J’éprouve, en vous apportant mes vœux un trouble que je ne peux vaincre. Nous avons derrière nous le passé… Le passé, je le connais. Vous le connaissez comme moi. Il est tout fumant de ruines. Nous sommes en présence de l’avenir. Mais l’avenir est un livre fermé dans lequel nous ne pouvons lire. Dieu seul connait la fin et le dénouement de cette tragédie sanglante qui se joue depuis tantôt 6 mois

 

13 janvier 1871 : en exécution de la mesure prise par le Préfet militaire troyen relativement à la perception de l’impôt, des commissaires sont désignés dans le Conseil Municipal, pour la répartition de cette charge. Dès l’abord, ces personnages tranchent une difficulté qui jusqu’à présent avait arrêté tous nos économistes. Ils frappent le capital moins réel, encore que présumé et nombre de contribuables sont étonnés de recevoir un bordereau qui triple leurs impôts… Les nouveaux répartiteurs ont dégrevé entièrement certains contribuables et ils en ont accablé d’autres. Ils n’ont pas vu que si la nécessité les obligeait à se faire les instruments des Prussiens, pour le but à atteindre, ils devaient soigneusement éviter d’en être les instruments pour les moyens. Plusieurs ont refusé de payer leur cote.

 

15 janvier 1871 : nous ressemblons aux Israélites qui traversaient le désert. Nous avons sous les yeux des spectacles qui nous attristent. Nous entendons des murmures qui nous inquiètent et il nous semble apercevoir des éléments de division menaçant d’armer les citoyens les uns contre les autres. Hélas, nous n’avons jamais eu plus besoin d’être unis afin de supporter avec moins de désavantage le malheur commun.

 

20 janvier 1871 : des ordres émanant du camp de Nevers appellent sous les drapeaux les jeunes gens faisant partie de la Garde Nationale Mobilisée. Grand émoi dans les familles. Partiront-ils, ne partiront-ils pas ? Attendons. Les Prussiens ne pouvaient ignorer ces ordres et les tentatives de nos jeunes gens pour y obéir, l’impossibilité d’empêcher de départ de ces recrues explique leur immobilité.

 

12 février 1871 : dimanche qui précède la réunion de l’Assemblée constituante. Le premier pasteur du diocèse, l’évêque invite à réciter un « Veni Creator » pour attirer sur les membres de l’Assemblée les bénédictions du Ciel et les lumières du Saint-Esprit.

 

24 mars 1871 : occupation du village par l’armée allemande. Dans les premiers jours, plusieurs scènes douloureuses… Coups, violences exercées sur des habitants jaloux de défendre leur propriété.

 

Samedi 1er jour d’avril : je fus témoin d’une scène atroce. Un habitant était venu me demander d’intervenir auprès des chefs pour obtenir justice contre un soudard qui l’avait brutalement jeté à la porte de sa maison. Le capitaine vint procéder à un interrogatoire, après une enquête sommaire et sans contredit, car la partie lésée ne pouvait se faire comprendre. Le Teuton s’arma de son sabre en guise  de main de justice et fit pleuvoir sur le Français une grêle de coups si horribles que j’en fus terrifié. Le capitaine n’étant plus maître de lui-même, criant et gesticulant, il dégaina et me mit sur le cou l’acier de son sabre, me poussant l’épée dans les reins. Ma domestique qui l’avait amené à la maison du plaignant ne fut pas oubliée. Elle eut sa part de distribution des coups de plat de sabre… Au milieu même de nos maisons, nous sommes sans Patrie

 

9 avril 1871 : (lors de son sermon) Vous aimez la patrie. Je ne vous ferai pas l’injure d’en douter, ce serait supposer  que des fils bien nés n’aiment pas leur mère… La Patrie, ce n’est  pas seulement le sol que nous foulons aux pieds, nos champs, nos moissons, nos prairies, nos montagnes, nos vallées, nos fleuves et nos rivières. C’est plus que cela la Patrie ! La Patrie, enfin, c’est cette terre bénie qui sert de ceinture à nos temples. Terre trop souvent détrempée par nos larmes. Ces tertres, ce gazon sacré, là dorment des générations sans nombre, là gisent des ossements de nos vieux maîtres… vos pères, vos mères, ces êtres chéris qui, en s’en allant du toit natal, ont emporté avec eux des lambeaux sanglants de votre cœur…

 

16 avril 1871 : l’occupation du pays par les troupes allemandes est une occasion pour les « dissidents » de réclamer les églises catholiques pour leur prêche, leurs cérémonies et leur Cène. La première tentative d’envahissement de nos temples, dans le canton de Ramerupt eut lieu à Pougy. Des démarches sont faites auprès de M. le curé Joachim Lavain pour obtenir son église en faveur des troupes protestantes. Sur le refus ferme et énergique de livrer les clefs, l’officier supérieur qui était venu parlementer se retire désappointé, mais cependant, sans aucune marque de mauvaise humeur. Une demande analogue me fut faite à moi-même, mais sur l’observation que je fis que l’Evêque seul pouvait autoriser l’occupation de l’église pour le culte protestant, on, ne fit aucune instance. Tout se passa de manière très pacifique. Le Prêche et la Cène se firent en plein air dans un pré au large du Couvent de la Piété.

 

8 mai 1871 : ce jour d’hui, départ de l’infanterie qui était cantonnée à Ramerupt depuis le 26 mars. Les régiments de l’armée allemande stationnant dans le département de l’Aube, sur la rive droite de la Seine, font un mouvement sur Reims. Passage de troupes qui couchent à Ramerupt le mercredi 10, le jeudi 11.

 

Vendredi 12 mai : arrivée des pontonniers qui défilent avec leurs instruments, leurs longues nacelles et tout leur matériel.

 

29 mai 1871 : départ de la cavalerie allemande qui était en cantonnement depuis 2 mois environ. Ces hommes, généralement,  s’étaient montrés doux et probes. Ils laissèrent des regrets en quittant le pays. Les chefs étaient des « mangeurs » et leurs copieux repas étaient arrosés par des libations non moins copieuses. Ce n’était pas des estomacs, c’étaient des buffets. Les ingrédients qui y prenaient place ne se comportaient mal que par suite du mélange des liquides qui envoyaient leurs fumées aux établissements et aux chapiteaux ».

 

         Avec ces départs s’arrêtèrent, ici, les réflexions sur l’occupation prussienne à Ramerupt du curé : M. le chanoine Jean François Rémion.

 

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