Epidémies



La scrofule


Si l’on examine la disposition des rues, leur orientation, l’état des logements habités par la classe ouvrière, et l’ensemble des conditions hygiéniques, on se rend compte de la fréquence de la scrofule dans le temps passé, et jusqu’au XIX° siècle.

 

Le Docteur Arsène Vauthier membre de la Société Académique de l’Aube, écrit en 1866 : « Il n’est pas de maladie qui trouve plus facilement sa cause dans la disposition des lieux aussi bien que dans les influences atmosphériques. Elle est éminemment héréditaire, sans être aucunement contagieuse, comme quelques auteurs l’ont avancé à tort ».

 

La ville de Troyes est située dans une vallée, elle est parcourue par un grand nombre de cours d’eau et des amas d’eaux stagnantes l’environnent à l’est et au nord-ouest.

 

La plupart des rues transversales sont étroites, mal aérées et dans des  conditions tout à fait anti hygiéniques.

 

La Commission des logements insalubres indique qu’un très grand nombre de chambres, occupées par des familles de 4, 5, 6 individus, n’ont pas plus de 15 à 24 mètres cubes de capacité. Certains mêmes n’ont pas 12 mètres cubes. Et la Commission a dû les interdire pour la plupart.

 

Les chambres sont éclairées par des fenêtres à guillotine insuffisantes et ne permettant pas à l’air de se renouveler  facilement.

 

Les cours ne sont pas nivelées ni pavées, l’écoulement des eaux n’y est pas assuré. 

 

Enfin, des lieux d’aisances infects vicient l’air respirable, et un grand nombre, établis sur des cours d’eau, empoisonnent ceux-ci.

 

Ce tableau n’est pas exagéré. « On trouve la scrofule en France, en Angleterre, en Hollande, et les ravages qu’elle fait  dans l’espèce humaine sont véritablement effrayants, elle enlève plus de victimes que les grandes épidémies de peste ou de choléra. On la retrouve à tous les âges chez les 2 sexes, dans toutes les classes de la société. Il n’est peut-être pas une famille qui n’en offre au moins 1 exemple ».

 

         Le sujet scrofuleux présente, dans les premiers mois ou dans les premières années de la vie, diverses affections cutanées bien connues, désignées sous le nom de scrofulides. Les membres sont grêles, le ventre est volumineux, le teint est pâle, les fonctions sont languissantes, il y a de la bouffissure générale, et très souvent la tuberculose vient compléter la scène. Plus tard, les glandes lymphatiques externes du cou, de l’aisselle, de l’aine, se tuméfient, se ramollissent et suppurent au moyen d’ulcères atoniques très difficiles à guérir. En même temps apparaissent des ophtalmies de nature spéciale, facilement reconnaissables par l’injection des vaisseaux conjonctivaux terminés par 1 ou plusieurs fistules, par la photophobie, les kératites ulcéreuses de longue durée.

 

Avant l’âge de la puberté, le développement est retardé, la nubilité est difficile, et, chez les jeunes filles, la chlorose ne tarde pas à apparaître. Une foule d’autres  affections, la plupart graves, établissent leur siège dans les poumons, le cerveau, les articulations, et amènent souvent des affections mortelles.

 

         Dans une visite en 1864 aux écoles de Troyes, le Dr Ancelon constate que la population qui les fréquente est pâle, bouffie, qu’elle présente beaucoup d’ophtalmies ou de dispositions à cette maladie, et de coryzas, et que chez elle, l’intelligence est au-dessous de la moyenne. La population est lymphatique, et le lymphatisme va jusqu’à la scrofule.

 

Le livre de comptes de pharmacie de l’Hôtel-Dieu montre de très grandes sommes de médicaments dirigés contre la scrofule, de houblon, de sirop antiscorbutique, d’huile de foie de morue, d’agents destinés à combattre les scrofulides, qui constituent un sûr indice d’une disposition morbide spéciale.

 

Chez les femmes,  la scrofule est dans la proportion de 5, 3 exprimant sa fréquence pour le sexe masculin.

 

La marche de la maladie est si lente, que le séjour des malades se prolonge toujours fort longtemps.

 

Ce que je viens de dire pour les malades des salles d’asile et de l’hôpital, se répète pour les malades secourus par le Bureau de Bienfaisance. Les quantités de houblon, de sirop antiscorbutique, de sirop de fumeterre, d’huile de foie de morue, d’iodure de potassium… et de beaucoup d’autres médicaments destinés à prévenir la scrofule ou la combattre, sont considérables.

 

Par contre, on ne trouve pas ces maladies chez les orphelins de Saint-Nicolas et de Saint-Martin-ès-Aires, en raison des excellentes conditions hygiéniques des 2 établissements. Quelle différence, si l’on examine la population des rues qui environnent les 2 établissements ! C’est que d’un côté, il y a de l’air, de l’eau saine et abondante, une bonne nourriture et un exercice salutaire. De l’autre, il y a des bouges, de la malpropreté, une alimentation insuffisante, et, il faut le dire aussi, « du vice précoce », en un mot, tout ce qui constitue la misère physique et morale.

 

         Selon les auteurs les plus accrédités, le goitre n’appartient pas à la scrofule. D’après le Congrès scientifique de 1864, il a été établi que le goitre était aussi fréquent chez les jeunes filles appartenant à la classe riche, que chez celles de la classe pauvre. Il n’en est pas de même pour la scrofule qui, sans être absente dans la classe aisée, n’y est pas si commune que dans la classe pauvre.

 

         En résumé, la scrofule est endémique à Troyes, elle a été et était encore la maladie dominante à la fin du XIX° siècle. Là où les conditions hygiéniques étaient excellentes, elle tendait à diminuer notablement de fréquence, ou bien elle présentait moins de ces cas graves que l’on voyait autrefois, mais, dans la grande majorité des habitations troyennes, ces bonnes conditions étant absentes, la maladie persistait et continuait à exercer des ravages, comme le démontrent les sommes dépensées annuellement pour y porter remède.          

 


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