Epidémies


Les lépreux dans l’Aube


Deux faits qui se rattachent aux lépreux et à la léproserie, préoccupent, au début du XIV° siècle, la ville de Troyes : le premier se rapporte à l’origine de la maladrerie. Il est reconnu juridiquement que cet établissement est de fondation populaire, et que les habitants de Troyes en ont l’administration depuis un temps immémorial.

Le second se rapporte à la singulière redevance que les bouchers de Troyes doivent tous les ans, à la Maladrerie des Deux-Eaux, ou léproserie de la ville de Troyes. La léproserie reçoit chaque année, depuis un temps immémorial, un char chargé de 20 à 30 porcs.

Il est assez terrible de rencontrer, de voir mendier aux portes ou se tenir sur les places publiques, ces malheureux lépreux, « le visage onctueux enflé, de la couleur d’un charbon à demi-éteint, couvert de boutons fort durs, à la base verte et à la pointe blanche, dont les yeux sont à moitié morts, dont les oreilles sont rongées par les ulcères, dont la langue est enflée, ulcérée et coupée, dont la peau couverte de pustules ulcéreuses, forme des écailles de couleur livide, et dont le nez, les doigts, les mains et les pieds se détachent du corps par suite de l’état de pourriture auquel arrivent ces différentes parties du corps ».

L’on a pratiquement toujours pensé que la clochette dont se servait le lépreux avait pour seul but, celui de faire s’éloigner de lui les passants. Ce n’est en réalité qu’un substitut aux déficiences vocales pour solliciter la charité des passants et non pour les éloigner.

L’Eglise fonde les maladreries, en confie le soin aux évêques et leur ordonne de ne point priver les lépreux de la divine Eucharistie. Rien de plus touchant que le cérémonial de la séparation des lépreux. le prêtre prononce les terribles défenses légales :« 1) Je te défends d’entrer jamais dans une église ou dans un monastère, d’aller à la foire, au moulin, et de te trouver en compagnie des gens. 2) Je te défends de sortir hors de ta maison, sans ton habit de ladre, afin qu’on te reconnaisse et qu’on puisse s’éloigner. 3) Je te défends de te laver tes mains et autre chose de toi, et même de boire dans une fontaine ou dans un ruisseau ; si tu veux boire, puise de l’eau dans ton baril ou dans ton écuelle. 4) je te défends de toucher aux choses que tu marchandes ou que tu achètes, avant qu’elles t’appartiennent. 5) Je te défends d’entrer dans une taverne. Si tu vends du vin, si tu en achètes ou si tu en reçois, fais-le entonner dans ton baril. 6) Je te défends d’habiter avec une autre femme que la tienne. 7) Je te défends, si tu vas sur les chemins, et si tu rencontres une personne qui te parle, de te mettre au-dessous du vent avant de répondre. 8) Je te défends d’aller dans les ruelles étroites, de peur que quelqu’un ne te rencontre et ne soit atteint de la lèpre. 9) Je te défends, partout où tu passeras, de toucher au puits ni à la corde, sans avoir mis tes gants. 10) Je te défends de toucher les enfants et de leur donner quelque chose. 11) Je te défends de boire et de manger dans d’autres vaisseaux que ceux qui t’appartiennent. 12) Je te défends de boire et de manger avec compagnie, sinon avec des lépreux ».

Lugubre est la cérémonie célébrée lorsque le lépreux est mis hors du monde. Le patient n’y assiste que le visage couvert d’un grand voile noir. Après l’office, le prêtre, par trois fois et à l’aide d’une pelle, lui jette de la terre sur la tête en lui disant : souviens-toi que tu es mort pour le monde ». Le prêtre lui donne une la crécelle, car il lui est défendu de parler à personne, sinon à ses semblables. S’il a besoin de quelque chose, il le demande au son de cette crécelle, en s’éloignant des gens et au-dessous du vent. 

Vers 1320, les lépreux sont accusés d’empoisonner les sources des puits, de maléfices, de fabrication de poison, de magie.

Le lépreux doit avoir « une tartarelle pour cacher le nez, un chapeau de camelin, deux paires de drapeaux, une écuelle de bois…». Le prêtre le conduit à sa borde, avec la croix et l’eau bénite, l’introduit dans sa cellule, et dit : « Voici la maison de mon repos, l’objet de mes désirs, celle que je dois à jamais habiter». Au moment de le quitter, le prêtre lui adresse entre autres recommandations :  qu’il ne découche point, qu’il ne sorte pas sans lettre de son curé, approuvé par l’official du diocèse. Puis, en face de la porte, on plante une croix de bois à laquelle on attache un tronc pour recevoir l’aumône que le pèlerin dépose en échange des prières du malade solitaire. Tous les Troyens y dépose une offrande,

Lassitude de la ville, rapport favorable des médecins, on ne sait, toujours est-il qu’un bon moyen est trouvé pour écarter un temps un malade vraiment encombrant, on l’envoie en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, voyage payé. Il semble que le voyage ne dure pas plus de 6 mois. On ne sait si l’intercession de Saint Jacques y est pour quelque chose, mais la dernière mention de ce malade laisse penser qu’il fut délivré : « Michel revenant du voyage de Saint-Jacques, il fut délibéré et a été trouvé sain et guéri ».

Cette lèpre, maladie affreuse, attaque un grand nombre d’individus, car notre diocèse de Troyes compte jusqu’à 22 léproseries, sans compter les nombreuses bordes affectées d’abord aux lépreux.

La lèpre atteint le plus souvent les classes pauvres et les victimes de malnutrition, alors que les lazarets sont payants et que, en dehors de quelques cas sociaux pris en charge par des œuvres caritatives, la grande majorité des pensionnaires doit subvenir à ses propres besoins.

Aucune personne faisant le métier de barbier, ne peut raser ou peigner un lépreux. En 1374 à Troyes, la cour des Grands-Jours, stipule que nul boucher ne peut acheter des bêtes élevées ou nourries dans les bordes des lépreux,

Le 7 mars 1497, le bailliage prend les mesures pour l’expulsion des lépreux, ordonnant à tous les étrangers atteints de cette maladie de quitter la ville et de n’y rentrer avant la Saint-Remy, « à peine d’avoir les oreilles coupées et d’être chassés de la ville par l’exécuteur de la haute justice ».

Au village de Bréviandes, était établie la maladrerie-des-deux-Eaux, refuge des malheureux atteints de la Lèpre. On voit encore l'emplacement de l'hôpital au confluent des deux bras du Triffoire qui arrose le village. Cet établissement subsista jusqu'au commencement du XVIII° siècle.

L’administration de la léproserie passe en 1501, entre les mains de l’échevinage.

 

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