Les Crimes


Prisonnière toute une nuit de celui qu’elle avait envoyé en prison


Corinne C., après une soirée passée avec ses cousins, est raccompagnée jusqu’au pavillon familial, rue Désiré Briden, dans le quartier de la Moline, à Troyes. Il est 4 h du matin, ce samedi 28 octobre 1978. Elle pousse le battant de fer. Soudain, une silhouette menaçante surgit. L’homme la ceinture. La lame glacée d’un couteau se pose sur sa gorge :" Avance et tais-toi… Sinon…". La pointe griffe la peau en avertissement. Corinne sait qu’elle a affaire, une fois de plus à Abdelkrim Yazidi, son amoureux éconduit. Tremblante, la jeune fille ouvre la porte du pavillon, appuie sur le commutateur. L’homme ricane, tandis que l’arme étincelle au bout de son bras. " Maman ! ", gémit Corinne. Madame C., éveillée entre dans le salon. Elle se fige sur le seuil en voyant l’agresseur, la lame pointée sur son enfant. Michel, un de ses fils, apparaît à son tour. Yazidi se dirige vers un fauteuil, s’y laisse tomber, le couteau toujours menaçant. La jeune fille fixe celui qui n’a cessé de la harceler. Voilà des mois que Corinne repousse ses avances au Centre de Formation Professionnelle pour Adultes de Pont-Sainte-Marie. En avril 1978, Corinne 17 ans, entre au Centre pour obtenir un emploi dans la bonneterie. Ce travail lui permettrait de gagner sa vie, et soulager sa mère, veuve. Corinne est la dernière des neuf enfants de la famille C., à demeurer au domicile familial avec son frère de 18 ans, Michel. Chaque matin, elle part suivre ses cours en vélomoteur, et ne rentre que le soir. Un jour, à la cantine, un inconnu, 25 ans environ l’aborde :" Mademoiselle, je peux vous offrir un café ? ". Elle refuse :" Je m’appelle Abdelkrim Yazidi. Je suis Tunisien, je suis un stage de tôlerie. Je vis seul dans un foyer de travailleurs immigrés, à la Chapelle-Saint-Luc. J’aimerais avoir des amis ". Le soir même, elle fait part de l’incident à sa mère :" Tu as eu raison, il faut toujours se méfier des inconnus qui abordent les filles de cette façon ", approuve-t-elle. Par la suite, l’homme se fait de plus en plus pressant :" Je ne suis pas méchant, pourquoi refusez-vous de me parler ? Je suis amoureux fou de vous ! ". " Je vous prie de ne plus m’adresser la parole ! laissez-moi tranquille ! ", le rabroue Corinne. Le 11 juillet 1978, il est 18 h lorsque Corinne, sur son vélomoteur fonce vers Saint-Julien-les-Villas où habite sa grand-mère. Le stage est terminé. Soudain, une voiture la double et se rabat brutalement, la déséquilibrant. La portière s’ouvre et Yazidi surgit :" Mais vous êtes fou…", balbutie la malheureuse. "Maintenant, ça suffit ! Je te désire depuis des mois et tu vas y passer !". Il l’envoie trébucher dans les fourrés et se jette sur elle. Corinne hurle, lance ses ongles au hasard, parvient à se dégager, et saute sur son vélomoteur. Elle entre dans la cuisine du pavillon :"Maman, il a voulu me…", et elle éclate en sanglots, racontant le drame incroyable dont elle porte les traces sanglantes sur sa peau. Madame C. apaise son enfant :"Cette fois, il faut porter plainte !" décide-t-elle. Au commissariat, Corinne recommence son récit. Abdelkrim est arrêté au foyer d’immigrés et inculpé d’attentat à la pudeur. Trois mois de prison préventive. Il est remis en liberté provisoire le 17 octobre, en attendant son procès devant un tribunal correctionnel. Et maintenant, il est là, dans le salon du pavillon, brandissant un couteau. Yazidi s’adresse à Madame C. avant de partir :"Tu vas retirer ta plainte à la police ! Dire que Corinne a menti… Sinon, je vous descend tous ! Et puis, vous me donnerez Corinne, je veux l’épouser ! Si tu vas voir les flics, c’est uniquement pour retirer ta plainte, sinon… ". Madame C. chuchote :"Il fera ce qu’il dit, nous devons être prudents ". Le soir, la famille se barricade. Le jour, ils peuvent voir l’homme faire les cent pas devant le pavillon. Le 6 novembre, la jeune fille est seule dans le pavillon verrouillé. Un coup de sonnette et la voix de Yazidi :" Ouvre ! ". Madame C. mise au courant à son retour, prend une décision :"Je vais aller voir la police. Ils doivent l’arrêter, sinon, nous allons tous mourir de peur". La famille barricade ses portes le soir. La pauvre femme ne peut dormir. Soudain, un bruit sourd :"C’est à l’étage ! ". Elle monte au premier, pénètre dans la pièce. Le volet vole en éclats. Yazidi a réussi à grimper, à entrer :"Corinne ! Il est là ! Ne sors pas !". Michel, éveillé, fait irruption et regarde leur bourreau qui brandit un couteau :"Allez, descendez tous les deux, on va discuter". "Vous savez pourquoi je désire tant Corinne ? Parce qu’elle n’est pas facile. Il n’y a qu’une vierge qui puisse m’exciter, surtout quand elle se débat, se refuse". "D’accord ! Je promets d’aller voir la police, de retirer ma plainte. Mais, pour l’amour du ciel, laissez-nous en paix", plaide Madame C.. Yazidi finit par accepter, ponctuant leur accord de menaces de mort. " Je vais aller téléphoner chez les voisins, raconter tout à la police, leur demander de nous protéger ", explique-t-elle à ses enfants. Michel, à tout hasard prend un pistolet d’alarme. Dès 8 h du matin le 7 novembre, Madame C. traverse la rue. Elle revient au bout de quelques minutes, son projet accompli. Soudain, Yazidi fait irruption, le couteau en avant :"Je vous ai surveillés ! Cette fois, vous allez y passer ! ". Michel tire deux coups de feu en direction du forcené, effleurant sa joue. " Fuyez vite", hurle la mère, pendant que ses enfants courent chercher refuge dans le pavillon des amis d’en face. Le frère et la sœur se barricadent. Yazidi enfonce la porte, et avec son couteau s’acharne sur Corinne. L’adolescente s’écroule. Son assaillant s’enfuit. La police le cueille près de sa voiture dont il a perdu les clefs, au cours de la poursuite. Corinne est amenée dans un état grave à l’hôpital des Hauts Clos. Elle a reçu 14 coups de poignard, mais ses jours ne sont pas en danger. Inculpé de coups et blessures volontaires, Abdelkrim ne nie pas, et jure de retrouver un jour son innocente proie.

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