Les crimes


Le noyé de la Barse


Le noyé de la Barse avait été poussé à l’eau par sa femme.

        Au matin du 19 juillet 1952, le conducteur d’un camion d’alimentation circulant sur la route Bar-sur-Aube – Troyes, s’arrêtait au pont de Pamery. Voulant mettre de l’eau dans le radiateur de son véhicule, le chauffeur descendait sur la rive de la Barse, où l’eau est profonde d’1 mètre.

C’est alors qu’il découvrait le cadavre d’un homme, que j’appellerai M. Jean, manœuvre dans une usine voisine. Les gendarmes furent aussitôt avisés ainsi que les pompiers qui tractèrent le corps sur la berge et le transportèrent dans le local des pompes. Les premières constatations firent d’abord penser à un suicide : M. Jean, quelques jours auparavant, avait nettement déclaré à plusieurs personnes « qu’il en avait assez de la vie ».  Il faut dire que jusqu’à présent, on n’avait guère prêté attention aux discours du manœuvre qui fréquentait plus ou moins la dive bouteille. Et l’on avait prêté plus d’attention lorsqu’il avait annoncé : « Je me suiciderai un jour ou l’autre ».

Qui, d’ailleurs en aurait voulu à M. Jean, personnage tout-à-fait inoffensif. « Cherchez la femme », dit l’adage. Les gendarmes qui ne voulaient négliger aucune hypothèse, la cherchèrent. Ils n’eurent pas à aller loin, puisque cette femme n’était autre que la propre épouse du noyé que je prénommerai Suzanne, âgée de 48 ans.

Mais comment les gendarmes furent-ils mis sur la piste ? Lorsque le samedi ils furent avertis de la macabre découverte, ils se rendirent au domicile de Suzanne qui habitait avec son mari chez sa mère. Suzanne n’était pas là. Elle était partie à Troyes, à la Préfecture, pour ; « demander la marche à suivre afin de retrouver un disparu », car Jean était disparu depuis le 14 juillet ! Suzanne n’en avait pas encore parlé. Puis, songeant que cette absence prolongée finirait par se remarquer, elle se rendit à la Préfecture pour signaler le fait, au lieu d’en parler aux gendarmes.

Jusque là, personne n’avait rien remarqué. Jean ne travaillait qu’épisodiquement et son absence était passée inaperçue. Le fait que la femme ait gardé le silence parut déjà quelque peu suspect. Voilà une femme dont le mari n’était pas reparu depuis le 14 juillet à son domicile, et qui ne s’en avisait que 5 jours plus tard ! Suzanne, il est vrai, s’adonnait elle aussi à la boisson. Les soupçons des enquêteurs allaient d’ailleurs se renforcer.

Au cours de leurs investigations, les gendarmes devaient, en effet, recueillir de précieux témoignages, ainsi une personne affirma avoir rencontré le 14 juillet, peu après 20 h, M. Jean, sur la route à proximité du pont. Il était à pied. Derrière, à quelque distance, suivait sa femme à bicyclette. Le témoin était affirmatif, les choses se gâtaient pour Suzanne qui, sans aucun doute, en savait plus long qu’elle n’en avait dit. Sous des apparences tout-à-fait anodines, Suzanne était une maîtresse femme. Pendant 3 heures, devant les gendarmes, elle garda un profond mutisme, lâchant par instants, quelques phrases sans importance. Puis, soudain, elle passa aux premiers aveux... Mais Suzanne a donné tant de versions différentes du meurtre de son mari que l’on peut se demander où est la vérité. Tout d’abord, elle déclara avoir trouvé son mari sur la berge : « Nous nous sommes querellés, et il est tombé ». Une reconstitution eut lieu vers 1 h, dans la nuit de dimanche à lundi, en présence du substitut et du juge d’instruction. Et déjà, on se rendit compte que Suzanne avait menti. Les choses n’avaient pu se dérouler comme elle l’avait déclaré, pour la bonne raison qu’à cet endroit, il n’y avait pas d’eau !

Suzanne reconnut alors qu’elle s’était disputée sur le pont. Son mari, d’une assez forte corpulence, était assis sur le parapet, elle le saisit par les jambes et le fit basculer par-dessus le parapet. « Je l’ai vu se noyer, et puis je suis partie ». Cette thèse était plausible, et on l’enregistra comme telle.

Pourtant, pour les gendarmes, il restait encore un point à éclaircir : lorsque M. Jean fut retrouvé, son porte-monnaie manquait. « Il venait de toucher 7.500 F reconnut Suzanne qui avait soulagé la somme de 1.000 F. Mais, où était le porte-monnaie ? « Je ne sais pas. Je l’ai pris puis brulé. Il a été perdu... Je l’ai donné ».

Telles sont les versions que Suzanne donna successivement aux gendarmes au cours de longs et difficiles interrogatoires. Elle décrit les scènes de violence qui se déroulaient au foyer conjugal. Suzanne avoua ainsi qu’ils s’étaient querellés dimanche, puis bagarrés : « Il était ivre comme d’habitude, et venait sur moi. Je me suis défendue en lui portant des petits coups de couteau au côté ». On devait en effet retrouver des trous de coups aux endroits indiqués. Suzanne ajouta encore : « J’allais me résoudre à demander la séparation de corps ».

Suzanne a été placée sous mandat de dépôt et transférée à Troyes.         

 

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