Les Crimes


Hold-up à la banque


Peut-être que les plus anciens d’entre vous se souviennent en 1937, de la présence de l’ennemi public n° 1 dans notre ville. Déjà emprisonné à l'âge de seize ans pour des vols à la tire et détention d'arme, Emile Buisson collectionne des condamnations pendant 10 ans. En 1931, il s'exile à Shanghai, y passe cinq ans, ouvrant une " maison close ". De retour en France, Emile Buisson renoue avec le crime. Il compte à son actif un nombre incalculable de braquages, dont le légendaire hold-up de l'agence du Crédit Lyonnais de Troyes.

Le 29 décembre 1937, à 16 h 50, il fait presque noir, quand 3 encaisseurs du Crédit Lyonnais sortent de la Banque de France, où ils viennent de retirer un million 800.000 francs de l’époque. Ils traversent le boulevard Victor Hugo, en direction de la rue du Colonel Driant, quand 5 individus bondissent de la vespasienne en ciment qui était devant la Papeterie centrale. Revolver au poing, ils s’emparent de la sacoche et filent dans une Hochkiss noire qui se dirige vers le boulevard de Belgique, avec échange de coups de feu, qui ne blessent personne. Des barrages sont rapidement dressés sur la route de Paris. Le 20 décembre, Buisson avait loué un magasin et préparé son coup. L’argent est le soir même à Paris. Le commissaire Belin, le tombeur de Landru le coince en 1939, et il est incarcéré à Troyes, où il risque les travaux forcés à perpétuité. Lors de l’évacuation de juin 1940, il est transféré à Nevers, et profite d’un bombardement pour disparaître dans les bois. On le retrouve quelques mois plus tard lorsque deux encaisseurs du Crédit industriel et commercial sont victimes d'un hold-up. L'un des deux hommes est froidement abattu. Interpellé par la Gestapo, qui le livre à la police française, il est de nouveau interné à la prison de Troyes. Le 5 juillet 1942, il simule des douleurs à l’estomac, et plante le culot d’une bouteille dans le cou de son surveillant, qui hurle. L’évasion est ratée. Le 13 mai 1943, la cour d’Assises de l’Aube le condamne aux travaux forcés à perpétuité, et il est conduit à Clairvaux, avant de gagner en novembre 1946, la prison de la Santé, d’où il s’échappe à nouveau, durant un transfert. Le tueur multiplie les coups, et devient l'ennemi public n°1, le plus recherché de France. Il devient membre du " gang des Tractions Avant ". Arrêté lors d’un contrôle d’identité, il est enfermé à Clairvaux, puis à la Santé. Interné à l'hôpital de Villejuif, son frère le fait s'évader, en 1947, avec un autre détenu, René Girier, dit "René la Canne". Le patron de la Sûreté nationale convoque l'inspecteur Borniche, et le somme de retrouver le fugitif, Borniche consulte le dossier de l'intéressé : Émile Buisson 45 ans, petit, les yeux et les cheveux très noirs : spécialité : l'attaque de convoyeurs de fonds. Les flics le prennent en chasse. Six jours plus tard, Monsieur Émile avec quatre complices, braque la clientèle de l'un des restaurants les plus huppés des environs de la place de l'Étoile, l'Auberge d'Arbois. Dans leur fuite, la Traction des truands heurte un barrage de police. Buisson vide son P. 38 sur un motard, veut en achever un autre à coup de mitraillette, mais, par chance pour ce dernier, oublie d'armer sa Sten. À l'aube, les malfaiteurs fêtent leur coup dans un bar de Montmartre. Buisson s'aperçoit qu'une bague a disparu. Il soupçonne Henri Russac de l'avoir empochée. Plus tard, ce dernier est retrouvé dans un bois, une balle dans la nuque. Borniche suit le tueur à la trace. Localisé : " Police, ouvrez !" Deux de ses complices sont arrêtés. Émile s'enfuit et disparaît. Le 10 mai 1948, deux employés de la Sécurité sociale de Draveil sont délestés de 70 000 francs. Le chef de bande est Emile. Quelques jours plus tard, effectuant une descente dans un pavillon de banlieue, deux officiers de police échangent des coups de feu avec deux malfaiteurs qui s'enfuient, ignorant qu'il s'agit de Buisson. Le fugitif dîne à la Rôtisserie périgourdine, en face du Quai des Orfèvres, puis se rend au Palais des sports pour assister à un match de boxe. Le ministre de l'Intérieur fulmine. Deux bijoutiers sont braqués à Boulogne. Un Corse, à qui Émile reproche d'avoir voulu le doubler, est retrouvé la langue arrachée, une balle dans la nuque. Le 12 juillet 1949, Buisson prend une chambre à l'Auberge des Oiseaux, sur les bords de la Marne. La guerre des polices continue à faire rage. Pour prendre de vitesse ses collègues, le commissaire Chenevrier lance un vaste coup de filet. Borniche perd son lièvre. Buisson, insaisissable, aligne les agressions à main armée : vol de la paie des employés d'un garage municipal, d'un caissier de la Sécurité sociale, d'un buraliste, d'un agent payeur de la Caisse d'Allocations Familiales. A la Banque régionale d'escompte et de dépôt, à Champigny, le directeur reçoit une balle dans le ventre : quatre briques à partager. Le 17 février 1950, la bande attaque l'encaisseur de la Compagnie des tramways de Versailles, qui succombera une balle dans le foie. Borniche parvient à infiltrer un indic. Monsieur Émile a besoin d'argent, d'une planque, d'un flingue, d'une voiture. On les lui procure. Avec la bénédiction de la police, l'ennemi public numéro un trouve refuge à l'Auberge de la Mère Odue, près d'Évreux. Samedi 10 juin, accompagné d'un subordonné et de sa compagne, Marlyse, Borniche arrive à l'Auberge de la Mère Odue, pour déjeuner. Soudain, Borniche se lève, et s'approche de la cuisine : " Je voudrais téléphoner à Deauville », lance-t-il à la patronne. Il demande le 432, soit-disant sa clinique. Le policier se fait passer pour un médecin. À l'autre bout du fil, une voix excédée lui répond qu'il est au cimetière. Borniche raccroche, Buisson lui tourne le dos. Il bondit sur lui. Le ceinture. Le soulève : " Tu es fait, Émile ". L'autre se débat. Marlyse surgit avec les menottes. C'est fini. Buisson retrouve son calme : " Buvez un coup, dit-il à son vainqueur, ça vous remontera "

Condamné à la perpétuité, puis à mort, Emile Buisson sera guillotiné le 28 février 1956.




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