Les Crimes


Enregistrement d’une mise à mort



 

 

Le 27 juillet 2003, dans son château de Montaulin, Jean-Claude Boutiton, 52 ans et Fatira, sa compagne, 34 ans, dînent en tête à tête. Ensuite, Boutiton, s’enferme dans son bureau pour travailler, pendant que Fatira s’endort dans une chambre voisine. Vers 23 heures, 6 individus escaladent le mur d’enceinte du domaine et s’introduisent dans le château. Ils s’emparent du châtelain, le traînent à moitié assommé par des coups, et font irruption dans la chambre. Fatira se réveille en sursaut. Ils l’arrachent du lit, la jettent à terre et commencent à la massacrer à coups de poing et à coups de pied sous les yeux de son compagnon. C’est à ce moment que, dans la bousculade générale, le téléphone portable de la jeune femme, posé sur la table de nuit, tombe, et le portable se met en route sur la position magnétophone. Dès lors, il commence à enregistrer la scène d’épouvante qui se déroule dans la chambre. On entend le bruit des coups, les cris de Fatira, ses supplications, les hurlements aussi de Jean-Claude Boutiton, et, soudain, un prénom, lâché par ce dernier : " Youssef ! ". De qui s’agit-il ? D’un des agresseurs, ou de l’homme à tout faire du châtelain, qui se prénomme justement Youssef ? Nul ne le sait. Et les coups continuent. Et les cris. Et les gémissements de plus en plus faibles de Fatira. De toute évidence, les individus ont l’intention de la frapper jusqu’à la mort, sous les yeux de Jean-Claude Boutiton, Que veulent-ils ? La combinaison d’un coffre ? Mystère. Mais Jean-Claude ne cède pas. A un moment, l’un de ceux-ci, entre deux volées de coups, hurle : "Tu vas cracher ? " Mais Boutiton ne crache pas. Alors, dans une ultime tentative pour le faire craquer, l’un des bourreaux serre le cou de Fatira. Après l’avoir étranglée, ils entraînent Jean-Claude dans une autre pièce et recommencent à le torturer jusqu’à le laisser lui aussi pour mort. Il ne parlera pas. Le portable de la jeune femme enregistre la longue et cruelle agonie de celle-ci, jusqu’à ses derniers râles, jusqu’au silence.  

Il est minuit. Les six bourreaux quittent le château après y avoir tout saccagé et volé quelques objets. Ils font aussi main basse sur la Mercedes de Jean-Claude Boutiton. Dans la matinée du 28 juillet, les gendarmes de Rosières sont prévenus par le jardinier du château de Montaulin qu’un drame s’est produit pendant la nuit. Le châtelain, dans le coma, réanimé à grand-peine, ne peut plus s’exprimer. Il ne se souvient pas de la nuit d’horreur qu’il a vécue. Les gendarmes ne pourront jamais recueillir sa déposition. Parmi les pièces à conviction essentielles, il y a ce portable découvert par terre dans la chambre. Malgré leur écœurement, les enquêteurs écoutent et réécoutent l’enregistrement et l’analysent avec la plus grande minutie.

Qui s’est introduit, ce 27 juillet au soir, dans la propriété de M. Boutiton ? Les gendarmes commencent leurs investigations. Les personnalités de Jean-Claude et de sa compagne, Fatira Sbaghi, sont passées au crible. Jean-Claude Boutiton, ancien conseiller en placements financiers, a beaucoup travaillé aussi dans l’immobilier. Fatira, divorcée, d’origine marocaine, vit avec lui depuis trois ans. Jean-Claude Boutiton reçoit beaucoup et travaille sans arrêt. Sa société de "Support juridique de programmes", spécialisée aussi dans " l’Administration d’entreprises", a fait récemment faillite, mais il est sur le point de concrétiser un projet juteux : la réalisation d‘un aéroport de fret dans la région de Troyes.

 

Un an après le cauchemar, Jean-Claude est encore incapable d’évoquer ce qui s’est passé. Reste le téléphone portable de Fatira. Reste ce prénom crié par le châtelain :Youssef ! S’agit-il de l’homme à tout faire de Jean-Claude Boutiton ? Il ne semble pas. L’enquête va piétiner jusqu’à ce qu’en janvier 2004 surgisse un témoin surprise, une femme qui, pour des raisons de sécurité, dépose anonymement. Au matin du 28 juillet 2003 (donc quelques heures après le crime), elle part en voiture à son travail vers 6 heures du matin, quand elle voit quatre individus en train d’en poursuivre un cinquième, lequel, à un moment, se retourne et crie :" Je vais vous balancer ! ". Dans la rue, derrière des parkings, les gendarmes découvrent des cendres d’objets à demi calcinés, une paire de lunettes, un porte cartes… volés au château.

Sur un fichier de photos de suspects que lui présentent les gendarmes, la jeune femme qui dépose sous X, en reconnaît trois formellement : Kader, Mikaël, et Malik. Interpellés aussitôt à leurs domiciles et placés en garde à vue, les trois hommes protestent de leur innocence. Toutefois, la Mercedes volée au châtelain est retrouvée non loin du domicile de Kader. Par ailleurs, les gendarmes hésitent à remettre en liberté Mikaël, qui, pour la nuit du crime, dispose d’un alibi en béton. Selon cet individu, Kader aurait participé au crime, mais pas Malik. A la place de celui-ci, Mikaël désigne deux autres individus qui sont appréhendés. Tous ont des alibis. Mikaël parle aux gendarmes du " gang Bensliman " : " Tout le monde sait que c’est les gars de Bensliman qui ont fait le coup ", affirme-t-il. Cela ne l’empêche pas de continuer à croupir comme les autres à la maison d’arrêt de la rue Hennequin de Troyes. Les gendarmes procèdent à un nouveau coup de filet dans le " gang Bensliman " en juin 2004.

Cinq individus sont arrêtés et finissent par passer des aveux complets, mettant hors de cause les précédents suspects, mais ils refusent d’en dire les raisons.

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