Les Crimes



Le condamné à mort Dupuis de Villeret


J’ai trouvéle récit, écrit en un unique exemplaire, d’un témoin de l’époque. Je l’ai juste remis en bon français.

        Voici donc le jugement de la Cour d’Assises de l’Aube, qui condamne à la peine de mort le nommé Dupuis, « atteint et convaincu » d’avoir noyé sa femme.

        Dans la nuit du 31 août 1845, 2 bateliers tireurs de grève suivent, chacun dans son bateau, la rivière Voire. Auprès d’un saule, couché en travers du fil de l’eau, ils aperçoivent, en même temps, une main et l’avant-bras d’un corps, dont la tête est cachée sous les eaux. En un coup d’aviron ils s’approchent de cette main qui, ballottée par le courant, semble appeler à l’aide.

        Est-ce un meurtre ?

        Un suicide ?

        Un accident involontaire ?

        Les 2 bateliers, tout frissonnants d’une secrète terreur, amènent à eux le corps.

        C’est celui de la femme Dupuis, de Villeret.

        Le cadavre, raide et glacé, est entièrement vêtu, mais le bonnet a disparu. Les cheveux de la morte, déroulés, tombent sur ses épaules et sur son visage. La barque, dont la femme Dupuis se sert souvent, est trouvée immergée, auprès du grand pont.

        Tout laisse à supposer que c’est un crime.

        La justice, appelée sur les lieux, apprend que la nuit du samedi, les enfants de la femme Dupuis ont entendu leur mère causer avec un homme dans le voisinage du bâtiment.

        Un nommé Simon Gruat, en rentrant chez lui, vers minuit environ, en passant devant la maison qu’habite la femme Dupuis, saisi le bruit de la conversation de 2 personnes qui causent à voix basse, dans le jardin, à quelques pas de la rivière, et un cri : « Ah mon Dieu ! », provenant de la femme Dupuis qui vient d’être jetée à l’eau.

        Le public désigne immédiatement comme auteur de la mort de cette femme, son mari, qui vit en mauvaise intelligence avec elle.

        En effet, la femme Dupuis a dit un jour : « Si je ne reviens pas et que l’on me cherche, vous n’ignorerez pas où je serai : je serai noyée  ! ».

        Au cours des moissons, on plaisantait dans les champs sur les relations existant entre la fille Henriot et Dupuis, cette jeune fille ayant dit en riant : « Quand sa femme sera morte, nous nous marierons ensemble ». « Et, elle le sera bientôt », avait répliqué Dupuis.

        Tous ces faits paraissent suffisants à la justice, pour la mise en accusation de Dupuis, qui comparaît devant la Cour d’Assises de l’Aube, sous l’inculpation d’avoir volontairement et avec préméditation, commis un homicide sur la personne de sa femme Marie-Anne Guillemin.

Après le réquisitoire de M. le Procureur Général du roi et la réplique des avocats, le jury entre dans la salle des délibérations et revient quelques temps après, rapportant le verdict de culpabilité contre Dupuis.

La cour, fait application de la loi, et condamne Dupuis à la peine de mort. Entendant sa condamnation, Dupuis devient d’une pâleur extrême et paraît sur le point de défaillir. Les 2 gendarmes qui sont chargés de le placer dans la voiture destinée aux accusés, sont obligés de le soulever.

 

A ce sujet, celui qui a relaté ce récit, a écrit une complainte :

Devant des juges équitables,               

Et son crime bien prouvé,                

Ce monstre fut condamné               

Pour ce meurtre épouvantable,       

A avoir la tête tranchée                       

Sur la Place du Marché.                       

 

Contre sa femme légitime,               

Ainsi qu’un tigre en fureur,               

Sans faire attention aux pleurs       

De cette pauvre victime,                       

Très souvent la maltraita,               

Puis ensuite la noya.                       

 

Grand émoi dans les villages               

Des environs de Villeret !               

La justice fit désormais                       

Des perquisitions très sages :               

La conduite du meurtrier               

Suffit pour le désigner.                       

 

 

Accourez âmes sensibles,               

Ecouter la relation

Et la juste punition

D’un crime des plus horribles

Qui se soit jamais commis

De longtemps dans ce pays.

 

La providence permit

Que le corps de la victime

Fut vu par des bateliers,

Qui l’aperçurent surnager.

Quelques temps après ce crime,

Qui devait être puni,

 

Honorables pères et mères,

Arrêtez donc en passant,

Et voyez le châtiment

D’un libertin téméraire :

Il a réduit au tombeau

Sa femme en la jetant à l’eau.

 

« Grand Dieu ! Il faut que je meure,

De mon âme ayez pitié,

Vous qui savez pardonner.

Voici donc ma dernière heure,

J’appréhende le moment

D’un si juste châtiment. »

 

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