Les Crimes


Comme un pantin que l’on déchire.


En juillet 1991, des hebdomadaires se font l’écho de la terrible histoire de Jean-Pierre Scal, martyrisé des mois durant par la famille qui l’a recueilli.

 

Il naît le 5 septembre 1970. A l’école, il est considéré comme un élève paresseux et turbulent. Chez lui, il passe son temps à se disputer avec son beau-père. Ils voient tous d’un très bon œil son départ pour le service militaire, 18 mois en Allemagne. Personne n’a compris que la seule chose que demande Jean-Pierre Scal, c’est un tout petit peu d’affection.

Cette affection que va lui prodiguer, dans un premier temps, la famille Titeux. Jacqueline, la mère, propose à Jean-Pierre, toujours militaire en Allemagne, de venir passer ses permissions dans son pavillon de la rue de Jousselin à Troyes. Là, il pourra aider au ménage, à la cuisine, et s’occuper de Grégory, le petit-fils de 3 ans. Durant une année entière, d’octobre 1988 à octobre 1989, les choses se passent le mieux du monde. Et c’est tout naturellement qu’à la fin de son service militaire, Jean-Pierre Scal s’installe chez les Titeux.

Mais bientôt, une accusation aussi injuste que terrible s’abat sur lui : Jacqueline Titeux prétend que Jean-Pierre s’est livré à des attouchements sur son petit Grégory ! Il doit payer. Valérie, la fille aînée, Isabelle, sa cadette, le concubin de celle-ci, François Dupain, et Alain Ponchant, un ami de la famille, vont le punir. Jean-Pierre va durant près d’un mois et demi subir un véritable calvaire. On l’enferme, on l’affame, on l’oblige à se promener à demi-nu, on le frappe, on l’asperge d’alcool à brûler, on lui fait manger du poivre… Le malheureux supplie qu’on le laisse en paix.

Le 14 juillet 1991, Jean-Pierre s’enfuit. En slip, pieds nus, il se réfugie chez l’un de ses rares amis, mais ayant peur que ses bourreaux le retrouvent, il prend le train pour Paris, et se met à mendier dans les couloirs du métro.

Jean-Pierre Scal ne se doute pas que les services de police ont appris son calvaire grâce au témoignage des voisins des Titeux, de la rue Jousselin. Un avis de recherche est lancé, la photo de ce jeune homme parait dans la plupart des journaux, à la rubrique Avis de recherche : " Jean-Pierre Scal a 21 ans. Il mesure 1 m 70, il est mince, a des yeux marron, et ses cheveux sont mi-longs et frisés. La dernière fois qu’il a été vu, il marchait pieds nus et portait un sweat-shirt rose et un bas de jogging de couleur foncée. Toute personne qui pense l’avoir vu est priée de contacter le commissariat central de police de Troyes ".

 

Après des mois d’enquête, il est enfin retrouvé sur son quai de métro, et il raconte son terrible calvaire : " C’est M. François Dupain, l’ami de Mlle Isabelle, qui a commencé. Un jour, il m’a mis un coup de poing, pour rien… ça a fait rire les autres, et ils s’y sont mis aussi. Mlle Isabelle m’a planté une fourchette dans la main, ensuite, Mlle Valérie a éteint sa cigarette sur mes doigts. Elles m’ont enfermé dans la cuisine…". C’est là que Jean-Pierre va désormais passer le plus clair de son temps. Vêtu seulement d’un slip – on ne veut pas qu’il s’échappe -, la tête rasée, il s’occupe des corvées ménagères... Aux claques, coups de poings et brûlures de cigarettes, succèdent les coups de nerf de bœuf ou de martinet. " Après, dit Jean-Pierre, elles ne m’ont plus rien donné à manger. Rien que de la pâtée pour chien, avec beaucoup de poivre et du piment de Cayenne. Ca m’arrachait la gorge, mais elles m’empêchaient de boire. Je n’avais droit qu’à de l’eau de vaisselle…Un jour, je leur ai dit que ça ne pouvait pas continuer. Alors, M. François, pour me punir d’avoir protesté, m’a aspergé avec de l’alcool à brûler, sur le ventre, le sexe et les mains. Et il y a mis le feu…". Jean-Pierre lève ses avant-bras, couverts de cicatrices et de boursouflures. " Ils m’on emmené à l’hôpital et on m’a soigné ". Mais, personne n’a posé la moindre question, et Jean-Pierre, guéri, retourne chez les Titeux. Le concubin d’Isabelle charge sa carabine à plombs avec du pain très dur et tire sur Jean-Pierre ! Les deux filles lui jettent de l’eau bouillante en plein visage, le frappent durant des heures avec des manches à balai ! " Le plus terrible, cela a été quand elles m’ont cassé mon disque préféré de Johnny Hallyday. Et puis aussi au mariage de Mlle Isabelle. Un invité m’avait donné un bout de gâteau, et Jacqueline me l’a repris de la bouche en disant : " Il est méchant, il n’y a pas droit ". C’est là que j’ai décidé de m’enfuir…".

Durant plus de cinq mois, Jean-Pierre va vivre dans le métro, dormir dans des foyers pour sans domicile fixe, avant de se décider à agir. Ayant repris contact avec sa mère et son beau-père, il se porte partie civile contre les Titeux.

Le tribunal correctionnel se prononce. Les inculpés nient en bloc tous les faits. Les coups de poings, les gifles ? " Jean-Pierre a dû rêver ". Le poivre, le piment ? " On lui en a donné, oui, mais pas souvent. " Les brûlures ? Silence dans le box des accusés…

 

A l’issue du procès, François Dupain a été condamné à 4 ans de prison, Isabelle Titeux à 3 ans et demi, sa sœur Valérie à 2 ans, Jacqueline, la mère, a pour sa part écopé de 2 ans dont 16 mois avec sursis. Et l’ami de la famille, Alain Ponchant, devra purger une peine de 3 ans.

 

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