Les Crimes


1 au cimetière, 2 en prison, le dernier à l’hôpital


" Chez Rolland ", un café de la rue de Preize à Troyes. Pour Claudine Dechoz y va souvent boire un verre. Le 21 avril 1983, quand elle y pénètre, Hadj Benazis, son concubin depuis 4 ans est là. C’est alors qu’Armand Burg, 23 ans surgit dans le bar. Burg, un brave type, sans profession et sans domicile fixe, a été hébergé par Claudine alors qu’Hadj était absent. Hadj se dirige vers les lavabos dans l’arrière cour. Armand Burg lui emboîte le pas, le rattrape et l’étend d’un brutal coup de poing. Hadj Benazis a soudain très peur. Sa main plonge dans la poche de sa veste et en ressort armée d’un couteau. Il frappe, Burg s’écroule. Il est conduit à l’hôpital de Troyes dans un état critique. La police arrête le criminel chez lui. Il reconnaît les faits, mais précise : " Je me suis senti menacé ! D’ailleurs, depuis que Burg est devenu l’amant de ma femme, je n’étais plus en sécurité ". Claudine Dechoz ne nie pas la rivalité des deux hommes. Mais, à deux reprises déjà, à 3 ans d’intervalle, Claudine a été l’enjeu d’un règlement de compte entre les deux hommes qui se sont disputés ses faveurs. La première fois, en novembre 1980. Elle était alors la compagne de Maaloum, d’origine algérienne, tout en étant la maîtresse de Jacques Epailly, le gérant du café Gambetta. Maaloum avait été abattu par Epailly d’une balle de fusil à pompes. L’affaire venait à peine de passer devant les tribunaux, le 16 mars 1983, qu’il en éclatait une seconde, entre Benazis et Armand Burg. Claudine Dechoz raconte : " Les journaux ont parlé de moi comme d’une ex-prostituée et pourtant, je n’ai fait ça que huit mois, pour survivre et nourrir mon enfant. Je suis née en 1951. J’avais 24 ans quand mon père est mort. A 14 ans, j’ai surpris ma mère dans les bras d’un autre homme. Ca fait un choc, et quand il faut fuir les avances de celui qui passe ses nuits dans le lit de ma mère, c’est encore plus dur. Je suis entrée dans une école de sténo-dactylo-comptabilité. A 16 ans, j’ai rencontré un garçon de 25 ans qui est devenu mon premier flirt. Un jour, cet homme m’entraîne chez un ami sous le prétexte qu’il avait quelque chose à y prendre. Quatre garçons étaient là, ils m’attendaient. Ils se sont tous jetés sur moi, celui que j’aimais aussi. Ils m’ont violée, m’ont fait subir tous les outrages pendant des heures et quand ils m’ont enfin libérée, j’avais tellement honte que je me suis bien gardée d’en parler à mes parents. La peur du scandale m’a empêchée d’aller voir la police. J’ai sombré dans un déséquilibre brutal. On m’a placée dans un foyer pour jeunes filles en détresse. J’ai fait des fugues et une trentaine de suicides, j’ai connu l’hôpital psychiatrique. Après un deuxième séjour au centre de Brienne-le-Château, j’ai fini par arriver à ma majorité. Il me fallait travailler. J’ai exercé divers emplois, vendeuse, employée de maison. Un jour, j’ai rencontré un garçon qui m’a parlé d’amour, qui m’a témoigné de l’affection. C’était la première fois qu’une chose pareille se produisait et nous avons décidé de nous marier. Le 15 janvier 1972, je suis devenue sa femme. Dans le courant de la même année, j’ai mis au monde mon premier enfant. Nous avions d’énormes problèmes d’argent. Mon mari était sans emploi et j’ai pris la décision de me prostituer. Cela a duré huit mois. Je me suis arrêtée avant la naissance de mon deuxième enfant. A partir de 1974, mon mari s’est laissé entraîner à commettre des petits cambriolages. Il a eu des ennuis avec la justice. Je me suis trouvée impliquée et mes enfants ont été placés à la DDASS. Un jour en rentrant chez moi, j’ai trouvé mon mari avec une autre femme et nous avons rompu. En 1976, je suis revenue m’installer à Troyes et c’est Maaloum qui m’a donné asile. Nous nous sommes mis en ménage. Il était travailleur, sérieux, mais de temps en temps buvait, et devenait bagarreur. En novembre1980, je fréquentais le café Gambetta, et Jacques Epailly (on l’appelait Jacky), qui en était le gérant, me faisait la cour. En novembre 1980, notre aventure a pris forme. Le 21, Maloum, fou de rage, a menacé Jacky de lui faire la peau s’il continuait de me voir. Le 22, une nouvelle querelle les a opposés, mais cette fois, Jacky avait son fusil à pompes, et Maaloum s’est fait tuer ". L’affaire a été jugée le 16 mars, Jacques Epailly a été condamné à 5 ans de prison, dont 3 fermes. Après la mort de Maaloum, j’ai connu Hadj Benazis. Il avait 47 ans, plâtrier, il m’a recueillie et nous coulions une existence heureuse. Mais il était jaloux. Entre janvier et mars 1963, il s’est absenté, pour des vacances dans sa famille. J’ai fait la connaissance d’Armand Burg. Il avait 23 ans, il cherchait du travail. J’ai voulu l’aider. Je l’ai logé et nourri pendant un moment, et nous sommes devenus des amants. Quand Hadj est revenu, il y a eu une explication ". Le 19 avril, Hadj se fâche, et donne une correction à Claudine. Burg s’interpose et se fait casser la figure. Claudine reprend : " le jeudi 21, quand je suis allée au café Chez Rolland, Hadj et Armand y étaient. Tout s’est passé très vite. Au bout d’un moment, nous avons vu Armand qui se traînait sur le trottoir de la rue de Preize. Hadj avait disparu ". Burg s’est retrouvé à l’hôpital dans un état très grave. Claudine est allée le voir : " Je ne vais pas le laisser tomber, ce qui s’est passé est à cause de moi ". Hadj Benazis a été inculpé de tentative de meurtre. Pour sa seule défense, il avance l’argument de la peur : " Je me suis senti menacé ! ". Certes, c’est Burg qui a porté le premier coup. Mais… à mains nues. Régler ses comptes avec les poings est une chose… utiliser une arme est beaucoup plus grave. Quant à Claudine, il ne lui restait plus qu’à espérer un avenir meilleur. Peut-être a-t-elle enfin compris qu’il ne faut jamais avoir deux amants à la fois !

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