Les Comtes de Champagne


Thibaud III (1198-1201)


Le roi d’Angleterre, le roi de France, se croisent en 1188, avec le comte de Champagne Henri II. Avant son départ en Syrie, Henri II fait jurer à, ses barons que s’il ne revenait pas, ils reconnaîtraient pour comte de Champagne, son jeune frère Thibaud III.

La nouvelle de la mort d’Henri II frappe douloureusement la comtesse Marie. Depuis que ce fils, dont elle était fière, s’était mis au service de la Terre Sainte, elle lui avait apporté sans compter le soutien financier nécessaire, dépouillant la Champagne pour le royaume de Jérusalem, se dépouillant elle-même jusqu’au dénuement et à l’endettement.

Le roi Philippe Auguste fait chevalier Thibaud III en 1198, sans attendre qu’il eût 21 ans. Le jeune comte a trouvé lui aussi, en 1199, une épouse de sang royal de l’autre côté des Pyrénées, elle s’appelle Blanche. Fille de Sanche VI le Sage roi de Navarre, elle a pour frère Sanche VII le Fort, qui a succédé sur le trône à son père en 1194, et pour sœur Bérengère, l’épouse qu’Aliénor a choisie pour son fils Richard Cœur de Lion.

Thibaud III charge un prédicateur d’exhorter les chevaliers à faire pénitence par le Pèlerinage en Terre Sainte, et annonce que le pape a promis le pardon de leurs péchés à ceux qui se croiseraient et se mettraient pendant un an au service de Dieu et de son armée. Les barons de Champagne s’engagent derrière leur comte, sans hésiter ni mettre en balance les biens et les terres qu’il faut vendre pour s’équiper, le beau château qu’il faut abandonner, les parents, les amis, l’amie dont il faut se séparer… Le premier est l’évêque de Troyes Garnier de Traînel, puis, représentant l’orgueilleuse maison de Brienne, le comte Gauthier « vaillant chevalier et preux et de grand cœur et bien apparenté », auquel le pape a offert la main de la fille du défunt roi de Tancrède de Sicile, héritière de la principauté de tarente, le sénéchal de Champagne, Geoffroy V de Joinville, le maréchal Geoffroi de Villehardouin, mais aussi Guy et Clarembaud de Chappes… « c’est une grande partie de la noblesse de Champagne » qui se porte au service du Christ.

Mais, la situation à Troyes est inquiétante. Après avoir mené à bien la préparation de la croisade, collecté les fonds nécessaires à l’expédition, notamment en imposant ses Juifs, purgé ses terres, comme il est de règle, de quelques hérétiques qui les infestaient, obtenu la protection pontificale pour la Champagne, le comte est tombé malade, saisi d’une fièvre qui, après une courte rémission due à la joie que lui procurent la bonnes nouvelles apportées par ses ambassadeurs de Venise, l’emporte le 21 mai 1201.

Le coup est dur pour la croisade, car c’est au jeune comte de Champagne que le conseil des barons, le considérant comme l’âme de ce pèlerinage l’en avait nommé chef.

 

Régence de Blanche de Navarre (1201-1222)

Le comte Thibaud III laisse derrière lui une jeune veuve de 21 ans, déjà mère d’une petite marie, et à la veille d’un second accouchement. Blanche, un peu étrangère dans cette terre de Champagne qu’elle connaît seulement depuis 2 ans, inquiète pour l’avenir de ses enfants, n’espère qu’un seul soutien, celui du roi de France, le beau-père de sa cousine de Castille. Comme il tient justement sa cour à Sens, à une journée de Troyes, elle s’y rend le lendemain même des obsèques de son époux, afin de lui présenter l’hommage qui lui assurera sa protection en même temps que la transmission du fief de Champagne à l’enfant qu’elle porte. Philippe Auguste n’est pas roi à laisser passer si bonne occasion d’appesantir sa main sur une principauté jusqu’à présent trop jalouse de son indépendance. Avant qu’il la reçoive en hommage, la comtesse de Champagne devra prêter serment de ne pas se remarier ni de marier sa fille sans le consentement du roi. Elle s’engagera en outre si son enfant est un garçon, à le remettre à la garde du roi, dès qu’il sera en âge de raison.

Aussitôt après son retour à Troyes, Blanche met au monde un garçon auquel elle donne le nom de Thibaud IV, qui sera appelé le Posthume. Blanche veut aussi se donner une protection supplémentaire : celle du pape Innocent III, qui l’accorde de grand cœur à la veuve d’un prince qui a tant fait pour la Terre Sainte. Blanche obtient de Philippe Auguste, moyennant l’envoi immédiat de son fils à la cour et le versement d’une nouvelle indemnité de 15.000 livres, la promesse de recevoir Thibaud en hommage de sa majorité de 21 ans et de différer, aussi longtemps qu’il restera mineur, l’examen de toute contestation au sujet des fiefs tenus par son père. Cette convention reçoit l’approbation des autres suzerains du comte de Champagne. Pour défendre son comté, pendant cinq années, envers entre autres Jean de Brienne qui s’est marié avec Marie de Montferrat, est devenu roi de Jérusalem, et que Erard de Brienne son cousin, qui a sollicité du roi l’autorisation d’épouser la fille d’Henri II de Champagne, la comtesse mène contre sur le terrain militaire comme sur le terrain juridique, une guerre qui déborde la cadre champenois. « Elle le fera en vrai preuse, avec un courage, une persévérance, une énergie dignes de ses ancêtres navarrais ». Il est vrai qu’elle a près d’elle le jeune Thibaud, que le roi a accepté de lui rendre, non sans exiger d’elle un nouveau versement de 20.000 livres, le 2 février 1214.  

Jusqu’à cette date, Thibaud a grandi à la cour royale. L’éducation qu’il a reçue est celle des jeunes princes de son temps. Initié aux arts de la chevalerie comme aux arts libéraux, il en gardera le goût de la chasse et des armes en même temps qu’une profonde culture classique qui nourrira son œuvre poétique. Ce qui pourtant marquera le plus profondément ce jeune garçon rêveur et sensible, c’est la tutelle de sa jeune tante Blanche et l’air de poésie qu’elle introduit en contrebande de sa Castille natale. Les trouvères qu’elle attire autour d’elle, n’ont pas d’auditeur plus attentif que le petit fils de Marie de Champagne. S’est-il essayé, dès le temps de son adolescence à la cour de France, à l’art de la chanson ? S’est-il donné, comme le veut l’inspiration du trouvère, une Dame inaccessible par sa grâce et son rang ? Quelle autre aurait-ce pu être sinon Blanche de Castille, dont l’image l’accompagnera toute sa vie ? :

« Dame quand devant vous je fus

Et je vous vis premièrement, 

Mon cœur allait si tressaillant

Qu’il resta quand je partis… ».

 

Après avoir rendu Thibaud à sa mère, Philippe Auguste se trouve en mauvaise posture, sous la menace d’une coalition qui se noue autour du roi d’Angleterre. La comtesse de Champagne répondant à son appel, a envoyé un fort contingent : 200 chevaliers, leurs écuyers, des sergents à pied, en tout plus d’un millier d’hommes derrière la bannière de Champagne qu’elle a confiée à son maréchal Odart d’Aulnay. Elle lui confie aussi son jeune fils Thibaud, pour qu’il complète son apprentissage et manifeste, à la tête des Champenois, ses droits à la succession de Champagne. Thibaud peut voir les chevaliers champenois fidèles à leur cri de guerre : «  Passe avant le Meillor » ( repris au siècle dernier par les Scouts de France de Troyes), monter en première ligne et se battre avec acharnement contre les Flamands « tirant leurs épées quand leurs lances sont brisées ». Dès le lendemain de Bouvines, en août 1214, le roi Philippe Auguste invite Thibaud à lui faire hommage. Le texte de ce serment de fidélité servira longtemps de modèle en raison de la clarté avec lequel il expose les devoirs du vassal et du roi seigneur : « Je servirai le roi bien et fidèlement contre tous les hommes et femmes qui peuvent vivre et mourir, et je ne le dépriverai d’un bon et loyal service pour autant que lui-même me fasse droit en sa cour par le jugement de ceux qui me peuvent et doivent juger ».

Dès son retour en 1216, Erard de Brienne déclare la guerre à la Comtesse de Champagne, avec de petites bandes de mercenaires qu’il lance sur le territoire champenois pour piller, brûler, tuer. L’insécurité qu’ils font régner en détroussant les marchands sur les routes des foires atteint la Champagne à la source de sa prospérité. Même si d’aventure la comtesse parvient à intercepter une de ces bandes et à pendre aux arbres quelques mercenaires. Lorsqu’elle décide d’envoyer une armée mettre le siège devant le château d’Erard, celui-ci demande une trêve, mais il recommence. La cour de Rome invite les évêques du royaume à prononcer l’excommunication de « tous ceux qui troubleraient Blanche et son fils dans la possession de leurs biens ». La trêve ne laisse pas la comtesse inactive. Elle s’emploie à détacher les alliés d’Erard en les achetant, car elle sait que les deniers ont souvent un plus grand pouvoir de persuasion que le bon droit.

Par traité du 2 novembre 1121, Erard et Philippine renoncent à toute prétention sur les comtés de Champagne, sauf au cas où Thibaud IV mourrait sans postérité. En compensation, Blanche et Thibaud les tiennent quittes des réparations auxquelles l’Eglise les a condamnés. Ainsi s’achève un conflit qui a occupé toute la régence de Blanche de Navarre.

 

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