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Monseigneur de Vauréal


 

Y a-t-il un aubois qui connaisse cet évêque ?

 

Louis Guy Guérapin de Vauréal naît le 3 janvier 1688. Sa mère est descendante d’une famille auboise de simples laboureurs.

 

Cette famille est, dès le XVI° siècle, fixée à Brienne-la-Vieille. Son grand-père, Antoine Guérapin, né en 1604, est le fils du greffier-tabellion de ce bailliage, à l’origine de l’importante fortune de sa famille. Il quitte tout jeune le pays natal pour Paris, se ménageant la puissante protection des comtes de Brienne, étant rapidement nommé secrétaire d’ambassade, chargé des affaires de France près les Cours étrangères, intendant des armées, conseiller d’Etat en 1636, chevalier de l’Ordre de Saint-Michel, puis en 1645, maître ordinaire en la Chambre des Comptes de Paris.

 

Les attaques dont Vauréal est l’objet, trouvent leurs sources dans les commérages d’après lesquels le jeune et spirituel « petit collet » est, sous la Régence et au début du règne de Louis XV, non seulement le plus bel homme de son temps et le plus adulé, mais encore le plus entreprenant, car il passe pour un maître imbattable dans le domaine de l’intrigue, de toutes les intrigues, au point que, le jour où il reçoit sa mitre, on prétend qu’il l’a obtenue par les femmes : « Ravissantes comme elles l’étaient en grande majorité, à la Cour du Bien-Aimé, il fallait un cœur d’airain pour leur résister ». Vauréal ne résiste pas… « Va-t-on lui en vouloir et surtout s’étonner quand on se rappelle quel est au XVIII° siècle, le comportement des abbés de Cour ».

 

L’adolescence et les premières années de jeunesse du futur prélat de Vauréal, ne présentent rien de particulier. Les préférences du jeune homme l’orientent vers la carrière militaire, mais comme c’est alors la coutume dans la noblesse et la haute bourgeoisie, sa qualité de cadet lui fait une obligation d’embrasser l’état ecclésiastique. A 18 ans, il est nommé prieur à Champcouelle, il est ensuite dicteur en théologie et prêtre à 25 ans, puis vicaire général aux côtés du cardinal de Bissy, évêque de Meaux.  Ses dons exceptionnels de prédicateur ne tardent pas à le mettre en vedette au sein de la hiérarchie de l’Eglise, et il devient, en 1718, maître de l’Oratoire royal.

 

Ses contemporains se montrent très généreux quant au nombre flatteur des bonnes fortunes qu’ils lui prêtent. Il y en a une qui est sûre. Mathieu Marais, dans son Journal de mars 1725 : «A Marly, il est arrivé une aventure galante à une dame qui ne passait pas pour galante et qui était des plus grandes prudes de la Cour. Mme de Poitiers, veuve de 37 ans, dame du Palais de la duchesse d’Orléans, douairière, a été aperçue à travers une cloison, avec l’abbé de Vauréal, maître de l’Oratoire du roi, qui ne disait pas son bréviaire avec elle et qui faisait l’office du défunt. La nouvelle a été aussitôt portée au roi qui en a bien ri et à toute la Cour. Le prince de Conti affirma qu’il a vu et de ses yeux vu. Enfin, l’affaire a si bien tourné pour l’abbé qu’on lui a donné, à Marly, un logement qu’on lui avait refusé quelques jours auparavant et cela pour conserver son honneur et celui de la dame. Le mari de cette marquise était de la même famille que Diane de Poitiers, qui se livra à François 1er, pour sauver la tête de son père, et qui fut depuis, maîtresse de ce roi et de Henri, son second fils, sous le nom de duchesse de Valentinois. Bon chien chasse de race ». Dans ses Mémoires, le comte de Maurepas, ministre de la Marine décrit l’incident : « Cette aventure fut rendue publique. Le prince de Conti vit cet abbé par le trou de la serrure avec madame la comtesse de Poitiers, dans une situation fort peu convenable à un prêtre et à une dame aussi laide. Il rendit sur-le-champ, cette aventure si publique dans le salon de Marly, que l’abbé de Vauréal fut se plaindre à lui de ce qu’il disait à son sujet, lui représentant qu’il était prêtre. Ce prince, lui répondit froidement : pourquoi le faites-vous et que ne dites-vous la messe au lieu de baiser madame de Poitiers ? Je ne dis la chose que parce que je l’ai vue !... Les aventures de cet évêque, depuis celle de madame de Poitiers ont eu pour objet la marquise de Villars, madame la duchesse de Gontault, madame la maréchale de Villars. Il s’attacha à la première et ensuite il l’abandonna pour la seconde. Ces deux dames, jalouses l’une de l’autre, se dirent alors toutes leurs vérités, en vers et en prose : madame de Villars, qui a été abandonnée la première se jeta la première aussi dans la dévotion et y persista pendant près de 3 ans ; madame de Gontault vient de prendre le même parti : cette dernière a donné des marques de sa jalousie contre la maréchale de Villars, ce fut elle qui fit la chanson suivante à Fontainebleau, dans le mois d’octobre 1731, sur l’air : en vérité, vous avez bien de la bonté :

Si Villars avait les attraits

De cette tante aimable

Je dirais : ne changez jamais

Sa chaîne est adorable ;

Mais, sans aucune volupté,

Aller lorgner un vieux visage,

Quel radotage !

 Abbé, en vérité,

J’ai pitié de votre bonté.

 

La maréchale d’Estrées, tante de madame de Gontault, était cette tante aimable dont il est parlé ».

 

L’existence peu édifiante menée par l’abbé, n’a pas été de nature à entraver le développement de sa carrière ecclésiastique et à lui barrer la route que doit suivre un futur prince de l’Eglise : « la nomination de monsieur l’abbé de Vauréal, maître de l’Oratoire du roi, a surpris tout le monde, M. le cardinal de Fleury ayant assuré qu’il ne serait jamais évêque tant qu’il serait chargé du ministère, à cause de l’aventure qu’il lui était arrivée à Marly et qui avait éclaté ». Le cardinal de Bissy emmène l’abbé à Rome comme son docteur en théologie, à l’occasion de l’élection de Clément XII, en 1730. « L’abbé de Vauréal donna toutes les promesses que l’on voulut de lui, mais les meilleures furent celles de monsieur le garde des sceaux, et il a obtenu l’évêché de Rennes, le 6 mai1732 ». Dans son diocèse, Vauréal a à cœur de ne rien faire qui pût offusquer son troupeau… « à moins que ce ne fut loin de lui et hors de sa vue ». Il s’acquitte de sa tâche à la satisfaction du cardinal de Fleury et du roi, qui reconnaissent sa puissante influence.

 

Monseigneur de Vauréal faillit être nommé Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, grâce à l’intervention de Mademoiselle de Charolais.

 

Le 8 mars 1741, Louis XV nomme Monseigneur ambassadeur en Espagne. Il y marie en 1744, l’Infante d’Espagne avec Monsieur le Dauphin. Pendant tout son séjour à Madrid, l’ambassadeur ne s’attire que des éloges, autant de la part des dirigeants espagnols que de celle des gouvernants de Versailles. Le roi Philippe V le nomme Grand d’Espagne de première classe, lors de son départ en 1749. Le roi, par le crédit du duc de Richelieu, le nomme à l’Académie française. L’évêque retrouve son diocèse. Commendataire d’un groupe d’abbayes, leurs revenus plus ceux du siège épiscopal, s’ajoutent à ses revenus personnels, et sa fortune atteint un total considérable, mais il sait « en faire un noble usage », distribuant abondamment des aumônes autour de lui. Pendant 9 ans, il gouverne avec bonheur, s’attache les cœurs de ses fidèles, et sa bonté incomparable dont il multiplie sans relâche les marques, sont citées partout en exemple.

 

Malade, il donne sa démission en 1758, et décède subitement, au retour d’une cure à Vichy,  le 17 juin 1760.  

 

 

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