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Jean Cordonnier


Collégiale de Six-Fours
Collégiale de Six-Fours

 

Le touriste pressé de gagner quelque plage entre Toulon et Sanary, aura-t-il le courage de faire un léger crochet quand, à l’entrée de Six-Fours, il apercevra le panneau des Monuments Historiques lui indiquant : « Collégiale du XII° siècle » ? Rien ne la signale de loin, écrasée qu’elle est par un fort de la marine. Elle est dédiée à saint Pierre, patron des marins.

 

         En entrant, l’œil est aussitôt attiré, dans la première chapelle de gauche, par un imposant polyptique, rayonnant de ses ors et de ses fraîches couleurs.

 

         La surprise, c’est que c’est un peintre troyen du début du XVI° siècle, Jean Cordonnier, dit « Jean de Troyes ».

 

         Ces « Cordonniers » sont toute une dynastie d’artistes troyens : Cordonnier Denys, peintre à Troyes, et Cordonnier Etienne, sculpteur à Troyes  au XVI° siècle, Cordonnier Jacques I, sculpteur à Troyes, Cordonnier Jacques II, sculpteur et peintre, au XV° siècle, Cordonnier Jacquinot, sculpteur et peintre, aux XV° et XVI° siècles, enfin Cordonnier Jean, dit « Jean de Troyes », né à Troyes au début du XVI° siècle, élève de Ludovic Bréa, célèbre peintre niçois.

 

         C’est lui l’auteur du « Polyptique de Six-Fours ». Il travailla surtout à Marseille entre 1516 et 1545, mais aussi en Ligurie et à Nice.

 

         Suivront encore 7 autres « Cordonnier », peintres, sculpteurs ou verriers.

 

         Jean est très connu, comme « Jean de Troyes, habitant Marseille, pour son chef-d’œuvre : le « Polyptique de Six-Fours ». A la date du 30 août 1520, on a retrouvé « le prix fait entre ce peintre, le syndic de Six-Fours et le frère Hermite de l’église Saint Jean des Grottes, cette église se trouvant à l’Est de Six-fours ».

 

         Ce chef-d’œuvre fut donc peint vers 1520, pour le maître-autel de cette église Saint-Jean-Baptiste, disparue à la Révolution. Il fut alors transporté à la collégiale Saint-Pierre et mis, tant bien que mal, dans un retable du XVII° siècle, trop petit pour lui. Il y resta jusqu’en 1937, où il fut présenté à l’Exposition Internationale de Paris, après avoir été dégagé et restauré. Il avait été classé Monument Historique en 1898.

 

         Un Polyptique est un retable à plusieurs panneaux. Celui-ci comprend deux registres inégaux de cinq panneaux chacun, ceux du centre étant plus larges et plus ornés.

 

         Ceux du bas sa terminent en arcades trilobées finement ciselées et dorées. Au centre, une Vierge à l’enfant assise. L’enfant Jésus joue avec un chardonneret tandis que sa mère baisse les yeux sur un livre largement ouvert, posé sur son genou gauche. Harmonie grave, de tons assez foncés : rouge lie de vin, vert bleuté, brun violacé.

 

A sa droite, un resplendissant saint Pierre, patron des pêcheurs et de la collégiale. Manteau bien drapé, d’un jaune chaud et doré, un livre fermé, la tranche en haut, dans la main gauche, les 2 clefs dans la droite, beau visage de vieillard au regard pénétrant, barbe et cheveux blancs.

 

A l’extrême gauche du retable, le patron de l’église pour qui l’œuvre fut exécutée, saint Jean-Baptiste : manteau rouge sur une tunique de peau de chameau très largement ouverte sur la poitrine, visage basané. Il tient à plat, en le soutenant de la main gauche, un livre scellé de 2 fermoirs. Ce livre porte un « Agneau de Dieu » nimbé, serrant un étendard blanc patté d’une croix rouge. C’est le Christ, victime du sacrifice rédempteur, mais victorieux et vivant, tel que nous le présente l’Apocalypse. De l’index droit, le Précurseur le désigne : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ! ».

 

A gauche de la Vierge, une des plus belles figures du polyptique : un évêque avec mitre et crosse bénissant d’une main gantée de blanc. Il s’agit de saint Honorat, le célèbre évêque d’Arles.

 

A l’extrême droite, la figure de saint Benoît, le capuce ramené sur la tête, avec un visage jeune, grave, ascétique.

 

Le second étage est d’une architecture différente : 5 niches plus étroites, couronnées de gâbles triangulaires à crochets, accostés de fins clochetons gothiques.

 

Au centre, au-dessus de la Vierge à l’enfant, un calvaire. Le christ en croix, entre sa mère et saint Jean, se détache sur un paysage délicat.

 

Dans 3 des 4 panneaux qui encadrent ce calvaire, le peintre, pour s’adapter à leur format, a coupé les jambes de ses personnages qui sont de gauche à droite : saint Martin, saint Victor, saint Sébastien et sainte Marguerite.

 

Saint Sébastien, l’évêque le plus populaire de la Gaule, avait une chapelle sur la paroisse de Six-Fours.

 

Lui succède un soldat cuirassé de fer dans le manteau rouge des légionnaires Romains. C’est saint Victor qui fut martyrisé à Marseille et donna son nom à la plus célèbre abbaye de la ville, dont les abbés étaient seigneurs de Six-Fours. Le visage est jeune et viril, encadré d’une chevelure bouclée.

 

A gauche, un autre soldat martyr, saint Sébastien invoqué universellement contre la peste, dont la région ne connaissait que trop bien ce fléau. Cette figure est l’une des plus belles du retable, toute de gravité et de tendresse, beau corps juvénile, les bras liés derrière le dos, visage d’adolescent, méditatif, serein, nimbé de longs cheveux.

 

A l’extrémité droite enfin, est figurée sainte Marguerite. Agenouillée sur une « tarasque » à la langue flamboyante, elle prie, mains jointes, le visage recueilli, avec de longues tresses blondes.

 

Beaucoup d’œuvres du troyen Jean Cordonnier ont dû disparaître, et c’est grand dommage, car la qualité du polyptique de Six-Fours nous laisse à penser que nous avons beaucoup perdu.

 

Dommage également que ce troyen transfuge n’ait laissé aucune œuvre dans sa ville natale.

 

Il représente bien les qualités de « l’Ecole troyenne » en ce début du XVI° siècle.

 

POLYPTIQUE
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