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Docteur Jean-Baptiste-Etienne Pigeotte


 

En 1808, le Président de la Société médicale de l’Aube déclare : «…on peut affirmer que la profession n’a point connu d’existence aussi longuement et aussi exceptionnellement médicale que celle de M le Dr Pigeotte, et l’on peut ajouter que bien du temps s’écoulera avant qu’il se présente un second exemple d’une carrière active de plus de 75 ans ! ».          

 

Jean-Baptiste-Etienne Pigeotte naît à Troyes, le 6 novembre 1774. Son père, Jean-Baptiste Pigeotte, maître en chirurgie, est membre de la Communauté des Chirurgiens de la ville de Troyes en 1755. Les chirurgiens en province, et même à Paris, font alors la barbe et tiennent « boutiques de barbier ». Jean-Baptiste Pigeotte est le premier des chirurgiens de Troyes qui ferme la boutique de barbier pour se livrer exclusivement à l’exercice de la chirurgie. Il est nommé, en 1768, chirurgien-adjoint de l’Hôtel-Dieu-le-Comte, magnifique création des Comtes de Champagne, et il en a exercé les fonctions gratuitement pendant 20 ans. Nommé ensuite chirurgien en chef, il garde ce poste jusqu’au moment de sa mort en 1803, avec un traitement ou plutôt une indemnité des plus modiques. Pendant nombre d’années, les produits de la clientèle avaient été médiocres, la famine avait à diverses reprises désolé la France, et les honoraires du médecin venaient assez irrégulièrement. La maison de J-B. Pigeotte appartenait tout entière à la médecine, madame Pigeotte exerçant de son côté la profession de sage-femme.   

 

Son fils Jean-Baptiste entre comme pensionnaire au Petit-Séminaire de Troyes (rue Boucherat), où on le trouve élève de sixième en 1784. Sa vive et précoce intelligence, et une grande ardeur pour le travail, le font remarquer et attirent sur lui l’attention d’amis de sa famille, protecteurs puissants, qui désirent le voir revêtir la soutane. Il est tonsuré clerc en 1786, et on parle déjà de lui obtenir rapidement « un bénéfice », lorsque la Révolution éclate. Les églises étant fermées en 1790, M. Pigeotte renonce à la carrière ecclésiastique, et entre comme élève en chirurgie à l’Hôtel-Dieu, sous la direction de son père. Il se livre avec ardeur à l’étude de l’anatomie et aux dissections. Il suit en même temps les visites faites aux malades civils traités à l’Hôtel-Dieu, et aussi aux militaires recueillis dans les salles de l’Evêché, converti alors en hôpital temporaire. En janvier 1793, il obtient une commission provisoire de chirurgien militaire de troisième classe (il avait 19 ans !), pour l’hôpital de Châlons-sur-Marne, encombré de blessés et de malades que l’entrée du roi de Prusse en Champagne y a fait rassembler. Au mois de mars, le jeune élève se trouve attaché à l’hôpital militaire d’Amiens. L’hôpital est alors encombré de blessés et le typhus y règne, faisant chaque jour de nombreuses victimes, non seulement parmi les militaires, mais aussi à tout le personnel soignant. 5 à 6 élèves succombent, lorsque M. Pigeotte est lui-même atteint en mai 1794. Il est du petit nombre des officiers de santé qui survécurent. En 1797, les salles des malades militaires de l’évêché de Troyes sont déclarées « hôpital militaire ». M. Pigeote y revient, puis sollicite son licenciement, pour se rendre pendant un an à Paris, suivre des cours de médecine et de chirurgie. De retour à Troyes, il pratique sous les yeux de son père, les grandes opérations de la chirurgie, et la Commission administrative lui confère le titre de chirurgien-adjoint. Les réceptions de docteur en médecine et en chirurgie étaient suspendues depuis 1792, il n’y avait qu’à Montpellier (grâce au professeur Chaptal, ancien professeur dans cette école et alors ministre de l’intérieur) qu’elles pouvaient avoir lieu. M. Pigeotte s’y rend et obtient en 1799, le grade de docteur en médecin, et revient à Troyes reprendre ses fonctions à l’Hôtel-Dieu. En 1800, il fait un cours d’accouchement pour l’instruction des sages-femmes. En 1803, il épouse Madeleine-Julie Patris, fille du bâtonnier du barreau de Troyes. De 1804 à 1809, il est membre du jury médical, médecin des épidémies, des prisons… En 1808, il professe à l’usage des officiers de santé, un cours de médecine élémentaire. Dès 1813, le typhus envahit les hôpitaux de Troyes, qui sont vite insuffisants. On prend comme succursales des maisons particulières, des églises, dont la collégiale Saint-Urbain. Une mortalité effroyable sévit. Les employés des hôpitaux, médecins, infirmiers, sœurs hospitalières, prêtres… comptent un grand nombre de victimes. De 1816 à 1846, il est médecin-juré aux tribunaux. Il a laissé de nombreux rapports de médecine légale, et lors d’affaires criminelles de la plus haute gravité. En 1827, l’Académie royale de médecine le nomme membre correspondant, en 1830, il fait partie du Conseil d’hygiène institué par M. Payn, maire de Troyes. En 1832, lors de l’épidémie de choléra, il ne cesse de prodiguer les meilleurs soins aux malheureux cholériques, et aussi en 1849, lors de la seconde apparition de ce fléau.

 

En 1852, M. Pigeotte donne 2 fois sa démission du titre et des fonctions de médecin des hospices. Celle-ci n’est pas acceptée, mais on lui confie un service moins pénible, celui des vieillards et des orphelins de l’hospice Saint-Nicolas. En 1857, il abandonne le service des prisons, et en 1863, il prend sa retraite.

  

M. Pigeotte a laissé une énorme quantité de rapports sur des questions de médecine légale, sur les services hospitaliers, les épidémies et l’hygiène     

 

 Il reçoit la médaille de Sainte-Hélène, pour sa conduite héroïque lors des épidémies de typhus, et en 1814, le comte d’Artois (Charles X), le décore de sa main de la croix de chevalier de la Légion d’Honneur, lui disant : « J’acquitte envers vous la dette de vos concitoyens ».

 

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