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Bourgeois de Jessaint


Claude Laurent Bourgeois, vicomte de Jessaint, né le 26 avril 1764 à Jessains, a toujours été appelé Bourgeois de Jessaint, et a la particularité d’avoir été préfet de la Marne pendant 38 ans. Pour durer aussi longtemps, il fallait de l’habileté, mais aussi des qualités. Napoléon a généralement choisi pour administrer les départements des hommes en vue par leur carrière antérieure. Mais Bourgeois de Jessaint était sans passé. Il n’avait que 36 ans en 1800, appartenait à une petite noblesse qui ne remontait pas loin, avait été élève de l’Ecole de Brienne et maire de Bar-sur-Aube de l’an III à l’an V. C’est tout. En fait, il doit sa promotion à Beugnot, qui avait été son adjoint à la mairie de Bar-sur-Aube et qui, depuis, était devenu le bras droit de Lucien Bonaparte, ministre de l’Intérieur. Il arrive inconnu à Châlons-sur-Marne et il s’installe dans l’ancien Hôtel de l’Intendance, sérieusement malmené durant la période révolutionnaire.  C’était un modéré, d’esprit assez « Feuillant », très soucieux de ses devoirs, catholique sincère, ce qui est rare pour un administrateur napoléonien. Il n’avait pas l’âme d’un despote, mais suffisamment de finesse pour faire passer des actes despotiques en donnant à ses administrés l’illusion qu’ils ne les acceptaient pas de bon gré.

         Voyons avant de continuer la carrière de Bourgeois de Jessaint, quelles sont ses origines.

         Claude Bourgeois vécut sous les règnes d’Henri IV et de Louis XIII. Il était domicilié à Eclance (sa maison était devant l’église) dès 1612, élu Syndic de la Communauté en 1617, et y était marchand en 1628. Eclance est un nom d’origine gauloise signifiant «  clairière au milieu des bois ». Le site est habité depuis l’époque franque ‘on y a découvert des cercueils de pierre). En 856, le village s’appelait Saint-Brice. Une famille chevaleresque portant le nom d’Eclance est attestée aux XII° et XIII° siècles et le fief relevait de celui de Jaucourt. Il appartint  aux XIV° et XV° siècles aux Choiseul-Aigremont, puis passa par les femmes à Jean d’Anneville, bailli de Bar-le-Duc, qui, en octobre 1512, obtint de Louis XII des lettres patentes l’autorisant à fortifier son château d’Eclance. Depuis le XIII° siècle, la spécialité locale était (jusqu’en 1980) le fromage. La comtesse de Champagne renvoyait les fromages d’Eclance à l cour de Philippe Auguste en 1217.  Il y a 2 châteaux à Eclance. Claude Bourgeois eut 1 fils appelé aussi Claude, qui fut Procureur en la Justice de Jessaint (1655-1660), où il décéda en 1672. De leurs 8 enfants, tous nés à Jessains, Jacques fut curé d’Aulany, Anne épousa Nicolas Bridon, notaire royal à Jessains. Un autre Claude naît à Jessains en 1663. D’abord praticien, puis écuyer, gendarme de la Reine, il devint seigneur en partie de Jeaasins. Parmi ses 9 enfants, le quatrième, Claude, né en 1702 à Jessains, fut lieutenant de louveterie à Bar-sur-Aube, cadet au Régiment royal d’Artillerie, seigneur en partie de Jessains, décédé à 92 ans. A 58 ans, il épouse Jeanne Barbe de Creney 42 ans, et en 1764 naît Claude Laurent, qui se marie à 18 ans. Il a 2 enfants : Anne-Lise née à Bar-sur-Aube en 1783, mariée en 1805 à Alexandre, Claude, Henri Bourlon de Sarty, et Adrien, Sébastien né à Bar-sur-Aube en 1788, qui débuta comme sous-préfet à Troyes.

         Revenons à notre préfet. Il remet en ordre son département, que le Directoire a laissé dans le chaos : impôt non perçus, fonctionnaires non payés, routes impraticables, commerce ralenti, enseignement anéanti, paysans ne cultivant plus guère que pour eux-mêmes et pour alimenter le marché noir… Il y a du brigandage, la souscription se fait mal et les forêts sont pleines de réfractaires… La politique religieuse a abouti à une impasse totale. Bourgeois de Jessains ne cache pas longtemps ses sentiments. Il supprime « Le journal départemental de la Marne », feuille gauchiste qui avait plaisanté au sujet de sa présence à la messe. Il étouffe la secte théophilanthropique qui correspondait à la même tendance. Il apporte rapidement son aide au clergé et même aux émigrés rentrés pour qui il obtient des radiations de la liste officielle, le brigandage est réprimé. Pour la désignation des divers fonctionnaires, tout s’est fait par relations ou amitiés, et le rôle essentiel a été joué par un groupe troyen, dans lequel on voit figurer Beugnot, Beurnonville Et les choix n’ont jamais été mauvais. Dans les questions de l’impôt, le préfet Bourgeois de Jessaint a souvent été du côté des contribuables contre l’Etat. Le Gouvernement a souvent jugé un Préfet sur la manière dont il assurait le recrutement de l’armée. Bourgeois de Jessaint a été félicité, car il a été énergique en matière militaire. : en 1810, il n’y a que 163 déserteurs et en 1813, seulement 44. C’est le problème religieux qui trouble le plus d’esprits à la fin du Directoire. Le préfet, catholique, applaudit au Concordat. Il est un ami de l’évêque concordataire de Meaux, Mgr de Barral, ancien évêque de Troyes, avant 1789. Il entretient des rapports très cordiaux avec les provicaires généraux, chargés de mettre en place l’Eglise Concordataire. Le préfet étouffe quelques rapports de ses subordonnés. Enseignement : la situation est lamentable en 1800. Les instituteurs sont ignares et dans la misère. Les écoles ne fonctionnent que l’hiver. Il y a des communes sans écoles et des classes de 80 élèves. Il y a quelques institutions meilleures en ville où d’anciens religieux ont ouvert des écoles, même certaines avec un programme secondaire. Le Préfet insiste pour que l’instituteur rural soit secrétaire de Mairie et que son logement soit décent. Mais, vers 1807, les progrès sont encore minces. Le Préfet ne voit de solution que dans le rétablissement des Congrégations enseignantes. L’école doit enseigner des rudiments, mais surtout une morale à base religieuse et l’obéissance au Souverain. Les Congrégations reparaissent en de nombreux endroits. L’Ecole des Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne doit son existence à Bourgeois de Jessaint. Il lui faut beaucoup de persévérance pour obtenir l’autorisation de créer en 1809 à Reims un Embryon d’une Ecole de médecine. Il est une forme d’assistance sur laquelle se penche spécialement Bourgeois de Jessaint, c’est l’aide aux victimes d’incendies : les toitures de chaume disparaissent, dès 1804, il fait reparaître une institution ecclésiastique antérieure à la Révolution et l’officialise : la Caisse des Incendies alimentée par des quêtes dans toutes les communes apporterait des secours, voire une indemnisation partielle aux victimes d’incendies. Contrôlée directement par la Préfecture, cette institution est à l’origine d’une société mutuelle départementale toujours florissante. L’agriculture est le domaine de l’action préfectorale la plus effective et la plus efficace. Bourgeois de Jessaint est lui-même propriétaire terrien et éleveur et se rend fréquemment à sa ferme de Beaulieu à Jessains dans l’Aube. Le Préfet fait aussi de son « Journal du Département de la Marne » un organe de diffusion des nouvelles techniques, comme la mise en valeur des zones incultes, la possibilité de drainer les marécages, les essais d’amendements pour la craie stérile, la plantation d’arbres  (à une époque où le combustible manque gravement) qui est entreprise systématiquement, la culture de la pomme de terre qui empêche alors la disette consécutive à l’invasion de se transformer en famine, la culture de la betterave à sucre… Bourgeois de Jessaint montre l’exemple, en étant dans sa ferme de Beaulieu un éleveur renommé de moutons. En conclusion, Bourgeois de Jessaint présente le cas d’un préfet napoléonien devenu l’homme de son département. Cet Aubois est en plein accord avec les forces politiques douées d’influence, le clergé, les hobereaux et les bourgeois pourvus de terre. Sa bienveillance et son affabilité ont fait le reste. Il sait toujours se faire estimer de l’opposition, ainsi il noue des rapports cordiaux avec les gens qu’on met dans son département en résidence surveillée, comme Madame Récamier ou le cardinal Consalvi. Il pourra crier alternativement : « Vive le Roi » et « Vive l’Empereur » de 1814 à 1815 sans dommage pour sa carrière. Et Louis XVIII l’appellera « le préfet légitime de la Marne ». Bourgeois de Jessaint décède dans sa ferme de Beaulieu le 9 janvier 1853. Il était Grand officier de la Légion d’honneur, chevalier de l’ordre de Sainte-Anne. Sa statue fut érigée à Châlons. 

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