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Albert Néret


 

Le Conseil municipal de Troyes du 7 octobre 1985, donne le nom d’Albert Néret au Sentier du Paradis, qui traverse la nouvelle Vienne, et part de la rue du Paradis pour aboutir à la rue Benoit Malon, à la lisière de Saint-André-les-Vergers et de Sainte-Savine.

 

         Qui est Albert Néret ? Un bonnetier et un poète. Il nous reste de lui un ouvrage publié après sa mort : « Les Damnations ».

 

         Son grand-père, Edme-Barthélemy (né en 1793), demeurant rue de Nervaux à Troyes, est bonnetier, métier transmis depuis plusieurs générations. Son père, né en 1822, se marie en 1849 avec la fille d’un fabricant de bas.

 

Albert naît le 9 août 1857.

 

Dans l’Almanach du Commerce de Troyes de 1865, on trouve trace de l’entreprise Néret et Gervais, rue de Nervaux, fabricant de bords-côtes de tricot. En 1867, les Néret sont boulevard Victor Hugo, en 1872, faubourg Croncels, en 1878, rue Courtalon.

 

Un souvenir traumatisant pour Albert, alors qu’il a 13 ans, l’occupation des troupes prussiennes qui occupent Troyes de novembre 1870, à août 1871.

 

Dans « Le Petit Troyen » du 5 avril 1900, Charles Gros, lui aussi poète, écrit : «Le voilà donc ce malheureux et vaillant Néret, prenant conscience vers sa seizième année et de sa vocation poétique et de l’insuffisance de son instruction. Le jour, c’est le pain à gagner, c’est dans un local malsain, la mise en mouvement d’un de ces métiers circulaires, si bien faits pour achever de rompre une poitrine déjà malade. La nuit, un autre travail ardent et fiévreux, pour la conquête d’une intellectualité plus complète. Et se greffant là-dessus, les tracasseries d’un père qui ne veut ou ne peut rien comprendre à ces sublimes efforts de l’esprit pour se dégager de sa gangue, pour prendre vol toujours plus haut ».

 

Il écrit des poèmes patriotiques dès l’âge de 16 ans, puis des chants révolutionnaires, datés selon le calendrier républicain : Frimaire an 85, à 20 ans.

 

Il se lie d’amitié avec Tony Révillon (1832-1898), de 25 ans son aîné, écrivain, journaliste et homme politique radical, militant et luttant pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et pour le droit de grève, qui sera élu député contre Gambetta en 1881. Ils se donnent rendez-vous à l’hôtel du Mulet (emplacement de l’école Jean Jaurès, rue Guivet), «  avec ses arcades Tapissées de vigne vierge et ses galeries à balustrades de bois où le soleil mettait ses lueurs ».

 

Dans sa Préface aux Damnations, Tony Révillon dit de son compagnon : «… impression de douceur et de tristesse ressentie à l’aspect de ce jeune homme maigre, la poitrine un peu rentrée, le visage pâle… Pour faire visiter la ville, le poète commença  par m’en faire sortir. Les canaux bordés de grands arbres, les petites rivières étroites comme des fossés, s’élargissant aux coudes comme des mares, tous ces filets d’eau : tout ce fouillis de verdure et de feuilles qui fait une ceinture aux quartiers ouvriers, toute cette banlieue aux maisons basses et de jardins ne fait-elle  pas partie de la physionomie de la ville comme les grandes rues irrégulières, les ruelles noires, les places éclairées et les églises aux magnifiques vitraux ».

 

         Albert Néret aime sa ville et ses faubourgs, une « ville à la campagne ».

 

         Un après-midi, Révillon fait une conférence au Cirque Municipal. Charles Gros écrit : « Ne savez-vous pas qu’il existe une élite ouvrière honnête, laborieuse, et qui s’est instruite elle-même, que le monopole, le privilège, l’exercice exclusif du pouvoir n’a pas encore corrompu ?..». Pour conclure, Révillon invite Néret à dire tout haut un de ses chants révolutionnaires. « Il récita d’une voix qui tremblait un peu, encouragé par des applaudissements de ses compatriotes, des vers dans lesquels il parlait de la Révolution et de la France :

 

         Je suis du peuple, et j’ai dans mon esprit qui saigne

 

         Ces façons de parler que le malheur enseigne.

 

         Le soir, en quittant Troyes, j’emportais la certitude que j’y laissais un poète ».

 

En 1879, Néret adhère au parti ouvrier fondé à Marseille sous le nom de « Fédération du parti des travailleurs socialistes de France », doté d’un programme résolument révolutionnaire.

 

Mais, notre poète est rapidement atteint par la maladie : « Vint la pâle phtisie, qui lentement désorganise les meilleures constitutions en laissant à l’esprit, jusqu’au bout, toute sa lucidité ». « Le Petit Troyen » d’avril 1900 nous informe que le Docteur Paul Lutel, auteur des « Petits poèmes de l’âge d’or » et de « La légende de Champagne », a soigné Néret mourant.

 

Tony Révillon déclare, dans sa Préface aux Damnations «  qu’il y avait à Troyes, la grande ville ouvrière, un poète de 20 ans que le travail a tué ». 

 

Pierre Vallot, ami du poète et journaliste écrit à Tony Révillon : « Pendant 3 ans, il n’écrivit plus rien. Puis, malade, secoué par les frissons et la fièvre, il produisit ces sonnets étranges, qu’il a intitulé Les Damnations… la maladie et la pauvreté entrèrent ainsi dans la maison… ».

 

Le matin du 11 mars 1881, Louis Eugène Albert Néret rend son dernier soupir.

 

Bien qu’oublié aujourd’hui, en juillet 1997, un spectacle musical a été donné dans la cour du Musée de l’outil et de la pensée ouvrière, avec les textes des chants révolutionnaires, Poèmes fugitifs et Damnations.  

 

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