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Albert Mérat


On trouve encore sur les quais de Seine et chez de vieux bouquinistes spécialisés dans la poésie parnassienne et symboliste les recueils de poèmes d’Albert Mérat.

Albert Mérat nait à Troyes le 23 mars 1840, 55, rue des Lorgnes (aujourd’hui, 12, rue Charbonnet). Fils et petit fils d’avocat (originaires de Piney), il fait de solides études. Il les commence au Collège de Troyes, et va à Paris, où sa mère, devenue veuve, s’est retirée. Il fait son Droit, mais préfère vite les Lettres.

Comme il faut vivre, il entre à la Préfecture de la Seine. Il déjeune régulièrement au « Café du gaz », avec de jeunes collègues, attirés par l’art et la littérature. C’est ainsi que vivent à la même époque, Paul Verlaine et Léon Valade. Il est inséparable de ce dernier, et ils poussent leur amitié jusqu’à la caricature. L’un est petit et porte un collier de barbe noire, l’autre est grand et porte moustache et barbe blondes. Dans le milieu de la bohème qui ne manque pas d’humour, on les appelle « Malade et Vérat ». Ensemble, ils publient un recueil de poésies « Avril, Mai, Juin » (1863). En commun également, ils traduisent « Intermezzo » de Heine. Ils donnent de nouveaux poèmes au « Parnasse contemporain », le premier, celui de 1866, sous le patronage de Théophile Gauthier et de Leconte de Lisle. La même année, Sainte-Beuve loue « les Chimères » d’Albert Mérat, qui reçoit le prix de l’Académie, et le classement d’emblée parmi les poètes les plus brillants du Parnasse. On voit Albert Mérat et Léon Valade dans le salon de Nina de Villard (la fameuse « Dame aux éventails » de Manet) où se rendent aussi Villiers de L’Isle Adam, Germain Nouveau, Stéphane Mallarmé, Sarah Bernhardt, Anatole France et Charles Cros. Paul Verlaine (qui lui dédia son poème « Jadis ») devient son ami et Arthur Rimbaud le voyant le considère comme l’un des poètes les plus importants de son temps.  

On est hostile au Second Empire, qui a interdit leur revue, « Le Hanneton, journal des toqués ». On fait un chahut du diable lors de la reprise d’« Hernani », pendant l’Exposition Universelle de 1867, alors que Victor Hugo est toujours en exil sur son île de Guernesey. C’est la grande époque des cafés, des dîners en ville et des expéditions nocturnes. Mérat est partout, il passe son temps au « Café Voltaire », place de l’Odéon, où vient se déssoiffer Georges Moineaux qui choisira de s’appeler Courteline, et le Méridional Paul Arène, nègre d’Alphonse Daudet et véritable auteur de nombreuses « Lettres de mon moulin ». Il rend visite aux maîtres de la poésie parnassienne, Leconte de Lisle, José-maria de Heredia, Théodore de Banville. On le voit aussi au « Chat noir », ce haut lieu fin-de-siècle. Son fondateur, Rodolphe Salis, a ouvert son cabinet de poste du boulevard Rochechouart. Valade et Mérat viennent y entendre Debussy au piano. Ils y récitent leurs poèmes. Ils bavardent avec Alphonse Allais, Léon Bloy et les dessinateurs Caran d’Ache, Steinlen, André Gill, celui-là même que la maréchaussée retrouvera errant et sans mémoire du côté de Bar-sur-Aube. Albert Mérat est alors une figure centrale de la jeune littérature. Mallarmé, qui vient de quitter Sens, lui écrit.

La représentation du 14 janvier 1869 de la pièce de François Coppée, « Le Passant » remporta un vif succès, soutenue par une claque peut-être trop visible, que Victor Cochinat, chroniqueur du journal satirique « Le Nain jaune », commenta en écrivant : « Ah ! C’était une belle réunion composée de bien vilains bonshommes ! ». Saisissant l'occasion, le groupe visé s'appropria l'expression par dérision et revendiqua le titre de Vilains Bonshommes.

Le groupe se retrouvait lors de dîners qui se tenaient périodiquement en différents lieux. Le passage de Rimbaud dans cette assemblée en 1871 et 1872 a donné aux Vilains Bonshommes une grande renommée.

À la suite d'une dispute avec Rimbaud, lors d'un dîner chez les Vilains Bonshommes, Mérat refuse de poser pour Fantin-Latour et son fameux tableau «  Un coin de table ».

         Vers 1875, il devient attaché à la présidence du Sénat au Luxembourg. Tandis qu’il poursuit une carrière administrative qu’il achèvera en qualité de bibliothécaire du Sénat, il publie une douzaine de recueils en vers d’une forme soignée, exacte et variée dans la description, ou discrètement personnels. Ainsi, « L’Idole » est consacrée à la beauté féminine. Après quoi viennent « Les Souvenirs », aux inspirations très diverses. « Les Villes de marbre » chantent les architectures et les œuvres d’art de l’Italie du Nord. « Au fil de l’eau » (1877) et « Poèmes de Paris » (1880), où Mérat se montre l’observateur passionné et le peintre original de la vie de la grande ville.

         Puis, Albert Mérat se tait pendant 20 ans ! Découragement ? Difficultés avec l’éditeur habituel des Parnassiens ?  Toujours est-il qu’il publie lui-même de 1900 à 1903, ses derniers recueils : « Vers le soir », « Triolets des Parisiennes de Paris », « La Rance et la mer ». Nouveau silence jusqu’à sa mort.

Albert Mérat décède le 16 janvier 1909. 

Son nom ainsi que son œuvre semblent restés, et restent encore, méconnus du grand public.

Il était  chevalier de la Légion d'honneur. Henri- Léopold Lévy fit son portrait.

Le Conseil Municipal de Troyes du 10 janvier 1910, propose de donner   le nom d’Albert Mérat à une rue de Troyes. Renvoyé en commission, ce projet ne se réalisera que le 10 janvier 1922. Le nom de notre Troyen est donné à la petite rue joignant la rue Simart à la Place Saint-Nizier.

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