Aubois très célèbres


Mgr Matthias Poncet de la Rivière


Château des évêques de Dijon
Château des évêques de Dijon

 

Mgr Poncet, né en 1707, est le fils de Pierre Poncet de la Rivière, président de la 5° chambre des enquêtes à Paris, et de Jeanne Severt, fille d’un conseiller de la grande chambre.

Son oncle, Michel Poncet de la Rivière, évêque d’Angers, le fait chanoine de son église, lorsqu’il n’a encore que 14 ans. Ensuite, il est archidiacre et grand-vicaire de Seez, et enfin évêque de Troyes. Il est sacré par M. Languet, archevêque de Sens, le 2 septembre, au noviciat des Jésuites, « sans beaucoup d’appareil », et le 11, il prête serment et fidélité. Mais, retenu à Paris pour cause de maladie, il ne peut venir lui-même prendre possession de son évêché. Il charge de la procuration M. l’abbé Gouault, alors chantre à Saint-Etienne, à qui il donne, en même temps, le mandat de grand-vicaire.

Il n’arrive à Troyes que le 3 novembre, et le 5, il prend possession personnelle et est installé suivant l’usage, par le grand-archidiacre de Sens. Il ne prête pas à l’abbesse de Notre-Dame-aux-Nonnains le serment ordinaire, mais après avoir dit la messe à l’abbaye, il se rend à la grille, où il dit à l’abbesse que les titres qu’elle lui a communiqués sont à Paris, entre les mains d’arbitres qui n’ont pas encore décidé, mais qu’après leur réponse, il se conformera à ces titres et ferait ce que ses derniers prédécesseurs avaient fait en pareille occasion. Alors, il remonte en carrosse et se rend à la cathédrale, où il est attendu par le chapitre et par l’archidiacre de Sens.

Bientôt, les pouvoirs sont retirés à plusieurs prêtres du diocèse, notamment aux Oratoriens, le curé de Saint-Jean est relégué à l’abbaye de Barbeaux. Malgré l’interdit dont ils sont frappés, les prêtres opposants continuent de confesser leurs pénitents. Mgr Poncet recommande alors aux prêtres des paroisses d’exiger des personnes qui réclament les sacrements, qu’elles fassent connaître le nom de leur confesseur. Quiconque ne peut justifier d’un billet de confession, délivré par un prêtre constitutionnaire, est privé des sacrements. Le bailliage entame des poursuites contre les prêtres du diocèse pour refus de sacrements. 3 curés, 4 vicaires, 2 chanoines de la Cathédrale, 1 de Saint-Etienne, sont « décrétés de prise de corps » comme réfractaires. On arrête le dernier, on l’emprisonne à Troyes, on le conduit même à la Conciergerie de Paris. Les autres se retirent en différentes provinces ou passent à l’étranger. A la suite de ces événements, la paroisse de Sainte-Madeleine se trouve sans pasteur. L’évêque fait alors savoir qu’il la desservira en personne. Sur ces entrefaites, le tailleur Jorry, dont la femme est morte privée de viatique, tombe malade. Le prélat, ne peut lui arracher le nom de son confesseur, et le laisse trépasser sans sacrements. Là-dessus, arrêt du bailliage : Matthias Poncet est frappé d’une amende de 3.000 livres qu’il refuse de payer. Pour l’y contraindre, le bailliage fait saisir et vendre à la Belle Croix, ses meubles jusqu’à la concurrence de la somme (décembre 1754).

Quelques jours après (le 27 décembre), Poncet renouvelle dans un mandement ses instructions sur l’administration des sacrements. Le procureur du roi interjette appel de ce mandement,  mais l’évêque riposte par un second mandement. Le roi se fâche et le 7 janvier 1755, il est exilé à Méry-sur-Seine.

Dans les premiers mois de 1756, paraît une « Instruction pastorale de Mgr l’évêque de Troyes sur le schisme ». C’est une nouvelle infraction. Dénoncée au Parlement, l’instruction est condamnée « à être lacérée et brûlée par la main du bourreau », ce qui est exécuté le lendemain même (13 avril 1756).

L’intention du roi est de nommer Mgr Poncet à l’évêché d’Aire, en remettant celui de Troyes entre les mains de Sa Majesté. Le prélat se voyant dans la nécessité d’obéir, se rend à Paris et supplie le roi de trouver bon qu’il n’accepte pas l’évêché d’Aire. Pour le dédommager, le roi lui donne l’abbaye de Charlieu. Le 2 août, Poncet reçoit l’ordre de se rendre à l’abbaye de Murbach en Alsace. Mais, rien ne peut réduire au silence le belliqueux prélat. De Murbach, il lance de nouvelles lettres pastorales auxquelles le Parlement riposte par de nouveaux arrêts. Louis XV force Mathias Poncet à se démettre de son bel évêché de Troyes, et lui offre en échange celui de l’Aire. Mais ce n’est pas une compensation suffisante : le prélat refuse. Il consent toutefois à accepter l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon.

Ce prélat est très regretté par les diocésains de Troyes. Son talent pour la chaire le font considérer comme un grand orateur, les académies d’Angers, de Nancy et de Dijon le mettent au nombre de leurs membres, et se font une gloire « de le posséder en cette qualité ». Le clergé de France le charge du sermon d’ouverture de l’assemblée générale, le 13 janvier 1745. Il s’en acquitte d’une manière si éclatante qu’il en est encore chargé par les assemblées de 1747 et 1748, où il reçoit « autant d’applaudissements qu’à la première fois ».

Il réussit surtout dans le genre de l’oraison funèbre, pour lequel « les esprits cultivés de son temps le proclament sans rival ! ». Aussi, est-il l’orateur privilégié de le Cour et des Grands personnages, et « les accents de sa voix éloquente retentit autour des cercueils des princes et des princesses du sang royal.

En 1746, il est choisi pour faire l’oraison funèbre de Madame la Dauphine, infante d’Espagne, dans l’église de Saint-Denis, qualifiée de « souffle suprême ; d’ineffaçable empreinte du génie… voilà ce qui une fois entré dans la mémoire n’en sort jamais…». L’année suivante, il prononce celle de la reine de Pologne, Catherine Opinlinska, épouse du roi Stanislas I, duc de Lorraine et de Bar, dans l’église de Notre-Dame de Paris. En 1752, il fait à Saint-Denis celle de Monsieur le Dauphin et de toute la cour : celle de madame Elisabeth de France, infante d’Espagne, duchesse de Parme à Notre-Dame de Paris, en 1766. Enfin, le 27 septembre 1774, il prononce encore l’oraison funèbre de Louis XV, dans la chapelle de l’école royale militaire. On cite comme son chef d’œuvre, le sermon qu’il prêche pour la prise d’habit de Marie-Louise de France, fille de Louis XV, aux Carmélites de Saint-Denis : « c’est un spectacle rare, en effet… le clergé accourt en foule.. 24 archevêques ou évêques assistent à cette pieuse cérémonie ». Le sermon est traduit en espagnol.

Mgr Poncet décède le 5 août 1780 et est inhumé à Saint-Marcel.

M. Poncet fut grand maître de la chapelle du roi Stanislas de Pologne, doyen de l’église de Saint-Marcel à Paris et commandeur ecclésiastique des ordres royaux de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem.

La paix rentre peu à peu dans le diocèse sous l’épiscopat de son successeur Champion de Cicé .

Mgr Poncet de la Rivière « a charmé ses contemporains, et de notre temps, tiendrait encore un rang distingué parmi les orateurs sacrés. C’est à juste titre que l’Eglise de Troyes se glorifie de son nom ».

 

 

 

 

  

 

 

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