Aubois très célèbres




Les Mesgrigny


Adrien-Charles-Marie de Mesgrigny
Adrien-Charles-Marie de Mesgrigny

 

Gabrielle Van Fraechem, passionnée par la vie de Jean IX de Mesgrigny, ne comprenant pas pourquoi ni la Société Académique, ni l’Office de Tourisme de Troyes n’avaient parlé de ce personnage, par exemple lors du jumelage de Troyes avec Tournay, s’est tournée vers moi, n’ayant rien vu non plus sur mon site. J’y avais fait allusion dans le chapitre sur le château de Villebertin, et c’était bien mon intention de parler de « leur Jean » comme ils le nomment. D’autant plus que j’ai connu Louis-Jean de Mesgrigny, dernier comte de Briel, né en 1844 et mort célibataire en 1931 à La Villeneuve-au-Chêne où je passais mes vacances, et dont la propriété était mitoyenne de celle de mon Grand Père.

 

Les Mesgrigny sont l’une des plus anciennes familles de la région troyenne. Depuis le XI° siècle, c’est un nom qui se répète sans interruption : Mesgrigny, commune située dans le canton de Méry-sur-Seine, où vécurent les plus lointains Mesgrigny. On trouve aussi ce nom : Villebertin-Mesgrigny (Château et ferme, commune de Moussey), La Villeneuve-Mesgrigny (du canton de Vendeuvre), La Loge-Mesgrigny (commune de la Loge-aux-Chèvres), Le Grand-Etang de Mesgrigny ou du Parc (commune de La Villeneuve-au-Chêne), Le Petit-Etang de Mesgrigny ou la Renouillère (commune de La Villeneuve-au-Chêne, où mon Grand Père allait chasser), Mesgrigny (lieudit, commune de Paisy-Cosdon).

 

Dans l’histoire de Troyes et de la Champagne méridionale, on rencontre les Mesgrigny aux premiers rangs des charges et des honneurs. Il y a ainsi les Mesgrigny vivant noblement de leur place dans les affaires commerçantes de Troyes, il y eut les chevaliers bannerets Claude, Pierre et Jean, sires de Mesgrigny, vaillants soutiens de la couronne de France avec ceux de Troyes, nobles et roturiers, riches et pauvres. La maison de France de Charles VII à Louis XII trouve dans la ligne troyenne des Mesgrigny de valeureux soldats courageux à la guerre, mais aussi habiles pacificateurs dans les traités et les accalmies des combats. Ainsi, ce fut par la ténacité patriotique d’Eustache de Mesgrigny, que ceux de Troyes chassèrent les Guise, et dispersèrent la Ligue de Troyes, capitale de la Champagne, ouvrant nos portes au roi Henri IV. L’Eglise de France possède aussi, comme le royaume et la nation, ses Mesgrigny : des clercs, chanoines de Troyes et de Bar-sur-Aube comme Malnet de Mesgrigny en 1487 et Henri de Mesgrigny au début du XVI° siècle ;  des moines, Louis de Mesgrigny abbé de Saint-Jacques de Provins,  en 1580, Mathieu de Mesgrigny abbé de Quincy, puis de Pontigny en 1643 ; des prélats et des évêques : René de Mesgrigny aumônier du roi Louis XIII en 1633, Nicolas II de Mesgrigny, évêque nommé de Troyes, décédé en 1624 victime d’une maladie contractée pendant la peste, Joseph-Ignace de Mesgrigny évêque de Grasse en 1711-1726 ; des moniales du XV° au XX° siècles, dans les abbayes, couvents de femmes de notre région, des Mesgrigny qui prirent le voile à Notre-Dame-aux-Nonnains, Foicy-les-Troyes, Sainte-Scholastique-les-Troyes, Notre-Dame des-Prés… Il y a aussi Marie-de-Mesgrigny, mère de Jacques Vignier, évêque désigné pour Troyes, en 1621, co-fondatrice avec le cardinal de Bérulles, en 1620, des Carmélites de Troyes. Charlotte-Catherine de Mesgrigny 1842-1865,  religieuse du Tiers-Ordre de Saint-François sous le nom de Soeur Marie du Sacré-Cœur… En 1560, le président du bailliage et présidial de Troyes, était Jean V de Mesgrigny. Son fils Eustache de Mesgrigny (1544-1594) lui succéda dans cette charge. De 1704 à 1720, Jean de Mesgrigny, seigneur de Marcilly-le-Hayer, de Souleaux et de Saint-Pouange est Grand Bailli d’épée de Troyes. Son neveu, Jacques-Louis de Mesgrigny, comte de Villebertin et d’Aunay lui succéda de 1720 à 1728. En 1767, cette charge de Grand Bailli d’épée revenait à Pierre-François de Mesgrigny, chevalier, vicomte de Troyes, baron de Villebertin et Moussey, seigneur de Savoye, Saint-Pouange, Bouilly, Briel, Saint-Benoit-sur-Seine, Fontvannes, bailli de Troyes et commissaire pour le roi à la répartition de la noblesse du bailliage de Troyes. Il fut maire royal de Troyes, choisi par le roi pour 3 ans, en tête de la liste élue le 22 août 1765, installé et mis en fonction le 28 janvier 1766, jusqu’au 12 juin 1769. Il était né à Chevillèle en 1704, décédé au château de Briel en 1795, et enterré au cimetière de Briel-sur-Barse. Le premier numérotage des rues de Troyes établi sur le plan Coluel eut lieu pendant son mandat. Il succédait dans la charge de Grand Bailli d’épée à son beau-père, Nicolas Le Febvre de Saint-Benoit.

 

Pendant des générations, nos compatriotes ont connu l’hôtel de Mesgrigny dénommé à tort Hôtel de Vauluisant (voir ce chapitre). Aujourd’hui encore, dans le quartier des Chartreux, proche l’église Saint-Bruno, une rue s’appelle « Rue de Mesgrigny » (dénomination du Conseil Municipal en date du 25-X-1932).

 

Le 3 novembre 1445, le roi accordait à Jean II de Mesgrigny, la tierce partie de la vicomté de Troyes. Les Mesgrigny, au cours des siècles, réunirent entre leurs mains, une grande partie des droits et des revenus attachés à ce titre, et répartis entre plusieurs familles champenoises, le roi, le chapitre de Saint-Etienne et la ville de Troyes. Louis-Marie de Mesgrigny, comte de Villebertin, qui devait mourir à Troyes, en 1822, en son hôtel face Saint-Pantaléon, voyait ce titre vieux de 8 siècles, disparaître alors qu’il en était détenteur. Dans le plan de la ville de Troyes de 1697, on lit cette légende : « Ruines du château  de la Vicomté appartenant à Mrs de Mesgrigny et sur lesquelles avait été bâti le beffroi, qui fut brûlé avec 3.000 maisons et 7 églises en 1524 ». 

 

Des lettres patentes d’octobre 1646 érigèrent en faveur de Jean VIII de Mesgrigny (1604-1678), premier Président au Parlement de Provence, et de son père Jean VII de Mesgrigny (1573-1650), le marquisat de La Villeneuve-Mesgrigny (aujourd’hui La Villeneuve-au-Chêne), en y réunissant la baronnie de Vendeuvre, que Jean VII possédait depuis 1638. Son fils Jean-François de Mesgrigny (1635-1685), grand écuyer tranchant et porte-cornette blanche, était qualifié dès 1656, de marquis de Vendeuvre, et son père marquis de La Villeneuve-Mesgrigny. Cette branche aînée de la famille de Mesgrigny, dite branche des marquis de La Villeneuve-Mesgrigny et de Vendeuvre, s’est éteinte en la personne de Gabrielle de Mesgrigny, marquise de La Villeneuve-Mesgrigny, fille de Jean-François de Mesgrigny, décédée, sans alliance, le 20 octobre 1741. Des lettres patentes d’octobre 1746, rétablirent le titre de marquis sous le nom de Mesgrigny, en faveur de Pierre-François de Mesgrigny (1704-1795), comte de Villebertin et comte de Briel par substitution, grand bailli d’épée en 1767 et maire de Troyes (1765-1769). Ses titres furent transmis à son fils aîné, Louis-Marie de Mesgrigny (1744-1822). Ce dernier avait érigé en 1813, un majorat au titre de Comte, parce que sous l’Empire le titre de marquis n’était pas reconnu. L’investiture du majorat à son fils Marie-Pierre-François (1772-1857), marquis de Mesgrigny en juin 1823, puis l’investiture de son fils aîné, Edmond-Edme-Bruno (1803-1876), marquis de Mesgrigny en février 1858. Par arrêté du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Cultes du 23 octobre 1876, Claude-François-Auguste de Mesgrigny fut investi du titre héréditaire de ses aïeux. Claude-François-Auguste de Mesgrigny, artiste peintre et aquarelliste de talent, sous le nom de Franck de Mesgrigny, né en 1836, décédé célibataire en 1884, fut le dernier marquis de Mesgrigny. Jean VIII de Mesgrigny fut Intendant d’Auvergne et du Bourbonnais de 1635 à 1638. Par contre, Jean IX de Mesgrigny, ne porta jamais ce titre d’Intendant en ces provinces, car il n’est pas le fils aîné de Jean VIII, mais le fils de Jérôme de Mesgrigny et de Marguerite Coiffart, dame de Saint-Pouange. Il fut Directeur des fortifications de Flandre, Gouverneur de la Citadelle de Tournai (notre ville jumelle), une des meilleures d’Europe, redoutable par ses contre-mines, ouvrage de Jean IX de Mesgrigny. Lors du siège de Tournai, la chamade fut battue le 28 juillet 1709 et le 29 au matin la ville capitulait. Jean IX de Mesgrigny, enfermé dans son imprenable citadelle, tint encore 37 jours ! Le 3 septembre, suivant les conventions établies avec l’ennemi par Jean IX de Mesgrigny, la garnison quittait la citadelle, avec armes et bagages, escortée jusqu’à Condé. Il fut gardé comme otage comme ayant tenu tête à l’artillerie la plus formidable qu’on eût alors vue en Europe. A cette époque, une pièce en argent carrée fut frappée, elle porte d’un côté l’effigie de Jean de Mesgrigny. En 1697, un graveur, nommé Parisot, dressait un « Plan de la ville, faubourgs et dépendances de Troyes, capitale de la Champagne », dédié à Jean IX de Mesgrigny, grand Bailli d’épée de Troyes. Le blason de ce dernier se trouve dans son cartouche gauche. Jean VIII de Mesgrigny épousa en 1634, Huberte-Renée de Bussy dont il eut 5 enfants : Jean-François 1er (1635-1685), Joseph-Ignace, évêque de Grasse (1663-1726), Marie, morte jeune religieuse à Foicy-les-Troyes, Renée, religieuse bénédictine, morte abbesse en 1698, Marie-Françoise, religieuse bénédictine dans le diocèse de Bourges. La branche des Mesgrigny qui habita le château de Briel, de 1816 aux environs de 1930, descendait de la branche d’Adrien-Charles de Mesgrigny, comte de Briel (1778-1849). Il fut membre du Conseil Général de l’Aube de 1812 à 1814, puis député de l’Aube de 1834 à 1848. Il avait épousé Marie-Eléonore Barthelot de Rambuteau (1784-1828) qui repose dans le cimetière de Briel. Elle était la sœur de Claude-Philibert Barthelot, marquis de Rambuteau (1781-1869), Chambellan de l’Empereur, successivement préfet du Simplon, de la Loire, de l’Aude, du Tarn-et-Garonne et de la Seine, député et pair de France. Emmanuel-Antoine de Mesgrigny, second fils de Marie-Pierre-François épousa la fille du préfet de Rambuteau dont il n’eut pas d’enfant. Adrien-Charles de Mesgrigny, comte de Briel, eut un fils, Gaston-Edme-Claude de Mesgrigny, né en 1804, décédé et inhumé à Briel en 1876, qui avait épousé en 1826, Eugénie de Baussancourt. Il eut 6 filles et 1 fils Louis-Jean de Mesgrigny, dernier comte de Briel, né en 1844, et mort célibataire à La Villeneuve-au-Chêne, en 1931.

 

La ville de Troyes connut pendant le XV° et une partie du XVI° siècle, un hôtel de Mesgrigny situé proche de l’église de Saint-Jean-au-Marché. Cet hôtel de Mesgrigny recouvrait, partiellement, l’actuel emplacement de notre hôtel de Ville. Il appartenait, lors de son achat par l’échevinage, à Jeanne de Mesgrigny, veuve de Jean Molé et à sa sœur, Edmonne de Mesgrigny, dame de Fontaine-les-Bar-sur-Aube, de Mesgrigny épouse de Simon Briveau. Cet hôtel leur venait de leur père, Jean II de Mesgrigny, damoiseau, seigneur de Mesgrigny, Fontaine-les-Bar-sur-Aube, Villy-le-Maréchal… ancien receveur des Aides à Troyes. Dès 1480, l’échevinage eut le dessein d’acheter cette maison. Mais l’acquisition ne fut réalisée que dans le cours de l’année 1494, et la prise de possession en 1495. L’actuel hôtel de ville fut élevé, après démolition de l’hôtel de Mesgrigny, sur une période de 46 ans, entre 1624 et 1670.

 

Regardez notre chapitre « La Saint-Lambert », où Eustache de Mesgrigny (1544-1594), de la branche des seigneurs de Villebertin, président au siège présidial de Troyes, ayant succédé à son père dans la charge de Lieutenant-Général fut le premier des 16 proscrits que le duc de Mayenne bannit de la ville comme suspect, fidèle au roi, tolérant avec les protestants. Ses biens et immeubles de Troyes, Villebertin, La Villeneuve, Briel, furent distribués entre les partisans de la Sainte Ligue. Eustache de Mesgrigny entreprit de rendre sa ville natale à son destin royal. Le 17 septembre 1590, Eustache fut un des premiers à franchir le pont-levis de la Porte Saint-Jacques.

 

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