Aubois très célèbres




Corrard de Breban


              Le 16 août 1871 s’éteignait à Troyes, honoré des regrets de tous, « une des personnalités les plus considérables de la cité : M. Corrard de Breban, président honoraire du tribunal civil de Troyes, correspondant du Ministère de l’Instruction publique pour les travaux historiques, membre résident et ancien président de la Société Académique de l’Aube, ancien membre du Conseil Général du département, officier de la Légion d’honneur…à l’âge de 79 ans ».

 

         Antoine-Henri-François Corrard de Breban naît à Troyes, le 18 janvier 1792. Il est le fils de Simon-Henry Corrard de Breban, ancien conseiller au bailliage de Troyes et de Marie-Antoinette-Charlotte Lecoq. Son père, Simon-Henri Corrard de Breban était le fils de Jacques Corrard de Breban, conseiller au bailliage de Troyes. Sa mère, Marie-Antoinette Lecoq, était fille  d’Antoine Lecoq, chirurgien major au château royal de la Bastille. Elle épousa en secondes noces M. Antoine Dereims, officier au régiment de la Sarre, qui était le fils de Nicolas-François Dereims, lieutenant criminel au bailliage de Troyes et maire de cette ville en 17669.

 

         M. Corrard de Breban fait ses études à Troyes, tant à l’Ecole Centrale qu’à l’Ecole secondaire communale. Son intelligence et ses heureuses dispositions pour le travail, engagent ses parents à lui faire donner une instruction plus solide que celle que pouvait lui offrir sa ville natale. Il entre au Lycée Charlemagne à Paris, où il se signale par ses succès. Il obtient aux concours généraux des lycées, en 1808 et- 1809, plusieurs nominations, et notamment à chacun de ces concours le premier prix de version latine. Fils et petit-fils de magistrat, il ne peut hésiter sur le choix de sa carrière. Il se livre à l’étude du Droit, suit les cours de la Faculté de Paris, obtient son grade de licencié en 1814, et prête immédiatement serment comme avocat, mais préfère la magistrature assise, bien qu’il ait fait son stage judiciaire au parquet de la Cour d’Appel de Paris. M. Bellart, alors Procureur-Général, y avait distingué le jeune stagiaire. Appréciant ses grandes aptitudes, il le fait nommer en 1816, avec dispense d’âge, juge en titre près le tribunal civil d’Arcis-sur-Aube. Deux ans après, il est appelé au même titre au siège de Troyes. En 1836, il est chargé des fonctions de Juge d’instruction qu’il conserve jusqu’en 1850, époque à laquelle il est nommé Président de Tribunal civil de Troyes. M. Corrard conservera ses fonctions de président jusqu’en 1860.

 

         A aucune époque de sa vie, M. Corrard ne fut un homme politique. Bien que ses opinions monarchiques aient été profondément arrêtées chez lui, il se tint constamment éloigné des luttes des partis. Lors des premières années de l’Empire, il est élu dans le deuxième arrondissement cantonal de Troyes, où il apporte ses lumières de jurisconsulte dans l’examen de toute question.

 

         Le 12 mars 1822, M. Corrard se marie à Troyes avec Mlle Baebe-Françoise Huez, appartenant elle-même à une des familles les plus considérables de la cité et qui y avait occupé des fonctions importantes dans la magistrature. Mlle Huez était fille de M. Nicolas Huez de Pouilly, ancien conseiller maître à la Chambre des Comptes de Paris et juge près le tribunal civil de Troyes. Son père était lui-même fils de Bonaventure-Nicolas Huez, seigneur de Vermoise, Pouilly, Villebarot, La Charme…. Par ce mariage, M. Corrard était devenu le petit-neveu de Claude Huez, de ce courageux magistrat que ses vertus avaient, en 1789, désigné comme première victime aux fureurs de la Révolution à Troyes. Par ce mariage encore, il était devenu l’arrière-petit-neveu de Grosley, notre spirituel et savant historien.

 

         Le commencement de sa vie littéraire date de 1822, au jour où il est admis membre résident de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts du département de l’Aube. C’est principalement à son intelligence et à son dévouement que cette société est arrivée jusqu’à nos jours.

Château de Breban (10 St Phal)
Château de Breban (10 St Phal)

Dans les Mémoires » de la Société, il publie un travail intitulé « Liste de quelques plantes observées aux environs de Troyes ». Aux connaissances acquises en littérature et en histoire, notre académicien joignait celle de la botanique, faisant de longues promenades avec son épouse autour de Breban, Château dépendant de la commune de Saint-Germain-près-Troyes, appartenant à la famille Corrard depuis plus de 200 ans.

 

C’est en 1830, sous la présidence de Corrard qu’à l’ancien titre de la Société : « Société d’Agriculture, Sciences et Arts », on substitua un nouveau titre : « Société d’Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres ».

 

         C’est en 1831 qu’il publie son premier travail historique d’une certaine importance : « Dissertation sur l’emplacement de l’Agendicum, ancienne ville du peuple Senonnais ». En 1832, il publie une « Notice sur les monuments celtiques qui existent dans le département de l’Aube », où, selon lui, les divers monuments druidiques reconnus comme tels : « Monticules, mottes tumuli, pierres brutes, dolmens, pierres levées ou menhirs, pierres couvertes, hautes bornes… ».

 

         On lui doit a création du Musée. En 1829, on avait placé dans une des salles de la Préfecture des échantillons de minéralogie et de la géologie et quelques objets d’histoire naturelle. Ces collections devenues plus importantes furent, en 1831, transportées dans les salles du rez-de-chaussée de l’ancienne abbaye de Saint-Loup. Elles furent divisées en sections ; « Beaux-Arts, Antiquités ou Archéologie, Histoire naturelle ou Zoologie, Minéralogie, Géologie, Botanique », qui furent les premiers éléments de notre Musée.

 

M. Corrard a consacré une grande partie de son existence à ce Musée, avec de très nombreux travaux sur ces objets, publiés sous le titre d’ « Archéologie départementale ». En 1833, il publie : « Notice de l’œuvre de François Girardon de Troyes, sculpteur ordinaire du Roi, avec un précis de sa vie et des notes historiques et critiques », puis « Souvenirs d’une visite aux ruines d’Alise et au château de Bussy-Rabutin ».

 

Après 1834, ses travaux sont publiés  dans l’ « Annuaire administratif du département de l’Aube », sur « Les sculptures, tableaux et objets d’art qui existent dans les églises de Troyes ». Dans les « Mémoires académiques » de 1836, il publie « Deuxième supplément des plantes observées dans notre département ».

 

En 1839, il publie « Recherches sur l’établissement et l’exercice de l’imprimerie à Troyes », contenant la nomenclature des imprimeurs de cette ville depuis la fin du XV° siècle jusqu’en 1789, et des notions sur leurs productions. En 1849, Corrard écrit « Tribulations de Grosley, à l’occasion des bustes dont il a doté la ville de Troyes ». En 1854, il publie « Mémoire sur les diverses enceintes de la ville de Troyes », en 1857 : « Les rues de Troyes anciennes et modernes… avec un plan », en 1857, 1858 et 1860, des études sur les « Inscriptions gauloises et romaines du département », en 1861 « Les Abbesses du Paraclet », présentées dans l’ordre chronologique avec notes, en 1864, « Recherches sur quelques œuvres de Jacques Carrey », peintre troyen », en 1868 sur « Les graveurs troyens, recherches sur leur vie et leurs œuvres ». 

 

         A son décès, il y avait des manuscrits concernant notamment : « Grosley », « Les dernières éditions des lettres de Mme de Sévigné », « L’ancien collège de Troyes avant la Révolution », les « Généalogies de plusieurs familles de Troyes »…

 

         Corrard de Breban a publié des écrits dont la valeur encore aujourd’hui ne saurait être contestée, d’abord par les écrits qu’il a publiés, par l’action qu’il a exercée sur ses contemporains, par la restauration à Troyes, des études littéraires, pour assurer à son pays, par le culte des Belles-Lettres et des Beaux-Arts, l’instruction, l’illustration, et par suite l’honneur de l’esprit humain, couronnement de toute civilisation, sans lequel une réelle et complète prospérité ne saurait exister pour une cité. La pensée suprême de M. Corrard fut la réalisation de cette pensée, née du plus pur patriotisme, qu’il a dévoué pendant 50 années de sa vie, lors des loisirs que lui avaient laissé ses fonctions de magistrat.  

 

Corrard de Breban eut beaucoup d’épreuves : en 1852, sa fille aînée décède, en 1864 c’est au tour du mari de son autre fille et son épouse en 1866. Ce dernier coup le brisa tout entier au souvenir du passé, « sa plume s’échappa de ses mains, laissant inachevés plusieurs travaux commencés ».

 

Il avait aussi beaucoup souffert pendant l’invasion de voir « sa patrie bien-aimée vaincue, humiliée, démembrée et mise en rançon ! ». 

 

          Il décède le 16 août 1871.

 

Il fut nommé chevalier, puis officier de la Légion d’Honneur.

Par délibération du Conseil Municipal de Troyes, du 14 avril 1982, une rue porte son nom (quartier de la Moline).

 

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